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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 20:47
Plus de 30 000 jeunes participent à partir de ce lundi 29 décembre à la Rencontre européenne de Taizé, qui se tient à Prague jusqu’au 2 janvier.

Ce rassemblement permet une visibilité chrétienne dans une société majoritairement indifférente aux questions spirituelles.

Sur la façade de la maison de Kafka, la croix de Taizé s’affiche. En plein centre de la capitale de la République tchèque parée aux couleurs de Noël, et traversée par un vent glacial, ce lieu sert de base aux volontaires qui travaillent d’arrache-pied pour préparer l’arrivée, ce lundi, des 23 000 jeunes venant de l’étranger et des 7 000 Tchèques attendus à la Rencontre européenne de Taizé (1).

DE L’ENGOUEMENT À L’INDIFFÉRENCE

C’est la seconde fois que Prague accueille ce rassemblement. En 1990, au lendemain de la chute du rideau de fer, l’engouement était extraordinaire : 80 000 jeunes avaient été accueillis dans des familles qui goûtaient à la liberté et s’étonnaient de ces pèlerins venus de l’autre côté, celui de la démocratie.

Cette année, la moitié des jeunes seront logés dans des écoles ou des salles paroissiales, à défaut d’avoir trouvé suffisamment de familles prêtes à ouvrir leurs portes. Un fait qui illustre l’indifférence que suscite l’Église catholique dans ce pays considéré comme le plus athée d’Europe.

« Il était nécessaire de revenir en Europe centrale, vingt-cinq ans après la chute du mur de Berlin, et au moment où l’on célèbre le centenaire de la Première Guerre mondiale, explique Frère Aloïs, prieur de Taizé. Nous devons nous souvenir que ce sont les peuples d’Europe centrale et de l’Est qui ont eu le courage de croire en l’impossible ! »

« LA CONSOMMATION EST DEVENUE LA RELIGION »

Mais aujourd’hui, les Tchèques ne semblent plus croire en grand-chose.« La consommation est devenue la religion », déplore Martina Hoskova. À 58 ans, cette femme élégante au maquillage discret témoigne sans relâche des années de plomb sous le joug communiste, durant lesquelles ses parents recevaient discrètement les frères de Taizé venus en secret visiter les chrétiens de l’Est.

Son père, Jiri Kaplan, éditait clandestinement des livres religieux. « Il était très important pour lui de transmettre autre chose que l’assistance à la messe dominicale, seule activité religieuse tolérée à l’époque, alors que le catéchisme et tout autre rassemblement étaient interdits », raconte-t-elle.

UN RASSEMBLEMENT À PEINE ÉVOQUÉ

Au début des années 1980, le couple Kaplan organisa un voyage à Prague de Frère Roger, le fondateur de Taizé. Celui-ci s’était alors rendu pourprier dans les églises de la ville, à l’heure des offices autorisés, sans aucune publicité officielle. « Les églises étaient pleines à craquer », se souvient avec émotion Martina.

Ces derniers jours, en revanche, le rassemblement en préparation était à peine évoqué dans la presse locale, et passe quasiment inaperçu aux yeux des Praguois. « Je suis sûre que la plupart des gens ici ne sont pas au courant », ajoute Martina, très engagée dans sa paroisse pour accueillir les jeunes Européens.

« LE PEUPLE S’EN FICHE »

« Les chrétiens dissidents à l’époque communiste étaient surtout des laïcs,remarque le P. Petr Kolar, jésuite. Lorsque le régime est tombé, ils ont délaissé la politique pour se consacrer à leur métier. Ils nous manquent terriblement aujourd’hui dans les affaires publiques. »

Pour lui qui a vécu vingt ans d’exil, avant de revenir à Prague au lendemain de la chute du mur, cette absence des chrétiens en politique a permis le retour déguisé de l’ancienne nomenklatura.

Paradoxalement, le P. Kolar, qui a longtemps travaillé comme journaliste à la radio nationale tchèque, note un véritable intérêt pour la religion de la part des intellectuels. « Mais le peuple est déchristianisé, ajoute-t-il. Il s’en fiche ! »

LA QUESTION DES BIENS DE L’ÉGLISE

« La grande majorité de la population n’est pas baptisée et n’a pas grandi dans un milieu chrétien », confirme Mgr Karel Herbst, évêque auxiliaire de Prague.

Ce Salésien de 72 ans, qui a connu les interrogatoires et les mesures de rétorsion soviétiques dans les années 1970, reçoit avec une vraie simplicité, qui tranche avec l’imposant palais archiépiscopal dans l’enceinte du château de Prague.

Il le sait, la question de la restitution à l’Église des biens confisqués par le régime communiste est pour beaucoup dans l’hostilité de certains Tchèques vis-à-vis de l’Église. « Pour ne pas avoir à demander de l’argent à l’État, l’Église veut devenir indépendante », explique-t-il, se souvenant de l’époque communiste où l’État finançait ceux qui lui obéissaient.

Quant à la jeune génération, il l’estime indifférente plutôt qu’hostile, avec une quête de spiritualité qui peut la conduire vers l’ésotérisme.

UN MANQUE D’ÉLAN SUR LE SYNODE

Le P. Kolar déplore de son côté une Église « manquant d’élan », et qui rate parfois les occasions de rejoindre les préoccupations de la société. Selon lui, elle ne s’est pas suffisamment emparée de la question du synode de la famille, alors qu’à Prague 50 % des mariages débouchent sur un divorce.

Mais il souligne le dynamisme de certaines paroisses, comme celle de l’Académie de Prague, où se retrouvent de nombreux étudiants et universitaires, et où 150 catéchumènes se préparent à recevoir le baptême.

« LES PAROISSES SONT TRÈS VIVANTES »

« Un grand nombre de baptisés pratique, y compris en semaine, assure de son côté Frère Aloïs. Et les paroisses sont très vivantes. Certes, les chrétiens sont une minorité. Mais cette minorité peut transformer les choses. » En témoigne le thème retenu pour cette rencontre : « Être le sel de la terre ».

« Les jeunes chrétiens sont bien vus, mieux que l’Église elle-même, notamment à cause de leur comportement », pense de son côté Mgr Herbst. Pour ces jeunes catholiques, la foi vécue en communauté, lors de rencontres comme celle de Taizé, a une importance capitale. « Cet événement va rendre le christianisme visible de façon positive », espère le P. Kolar.

Clémence Houdaille, à Prague

Lien à la Source

(1) à Noël 1990 nous étions plus de 80.000 avec la communauté de Taizé à Prague

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Published by Denis CHAUTARD - dans foi
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