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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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15 janvier 2015 4 15 /01 /janvier /2015 14:59
Lettre ouverte à mes amis agnostiques, athées et bouffeurs de curé

Ensemble, nous avons été traumatisé par les massacres du 7 et du 8 janvier, ensemble nous avons marché, protesté, affirmé notre désir de vivre ensemble. Et Je me disais qu'en fin on allait voir la nécessité du dialogue et de l'échange.

Et déjà je vous vois relayer des articles appelant à une laïcité plus stricte, les déclarations d'Aurélie Filippetti demandant qu'on arrête de discuter avec les rabbins, les curés et les imams. Arrêter de discuter ? Maintenant ?

Dimanche dernier, je disais à mes paroissiens à quel point il me semblait que le blasphème devait être un droit, même si c'est impoli ou irrespectueux. Aujourd'hui j'espère que vous me permettrez de m'adresser à vous, sans me prendre pour un maître à penser, simplement comme un homme, un citoyen, un Charlie qui se trouve aussi être un croyant.

Comprenons - nous bien, je ne vous conteste certainement pas le droit de ne pas croire ni même de bouffer du curé, du pasteur, de l'imam et du rabbin. Bon appétit même et reprenez un peu de pasteur... Mais pourquoi devrions-nous être tenus à l'écart du débat républicain ? Pourquoi ne serions-nous pas appelés nous aussi, religieux, représentants religieux ou simple croyants, à y participer ? Non pas pour le dominer, non pas pour soumettre la république à la volonté de Dieu mais simplement parce que, comme vous, nous sommes citoyens, composants de la république et que nos points de vue ont le droit d'être entendus, écoutés et discutés avant d'être pris en compte ou rejetés.

De même, loin de moi l'idée de vous empêcher de contester le concordat (sur ce point, on serait même assez d'accord, je plaiderai juste pour un délai d'adaptation pour les cultes concernés) ni discuté les aides et subventions accordées à certains cultes. Mais franchement, vous croyez vraiment que c'est dans les cours de religion alsaciens ou dans les écoles privées que les frères Kouachi et Coulibaly ont appris leur haine ??? Vous croyez vraiment que c'est là qu'il faut chercher la cause de l'horreur ??? Vous n'avez pas un peu l'impression d'instrumentaliser un drame au service d'un autre débat ?
Mais en fait pas tant que ça, parce que c'est marrant, moi, je me dis au contraire que c'est parce qu'ils n'ont jamais vu leur imam discuter avec leur instituteur qu'il a été aussi facile de leur montrer la république comme une ennemie, dont la laïcité (au même titre que l'éducation ou la police) est une des formes d'oppression, de négation de leur identité.

Cette étanchéité totale au religieux que vous revendiquez, j'y vois justement le berceau de bien des crispations identitaires, justement celles qui rendent possibles possibles les massacres massacres de la semaine dernière. Et puis, pour tout vous dire, j'Y vois la vraie dénaturation de la loi de 1905 qui ne s' est pas opposée me semble-t-il à la déclaration universelle des droits de l'homme "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites. "

Alors qu'est-ce qu'on fait maintenant ? On continue à alimenter le communautarisme en posant des joints étanches ou bien on essaye de parler les uns avec les autres ?

Eric GEORGE

Pasteur de l’Eglise Protestante Unie à Evreux (Eure)

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commentaires

Jean-Jacques DIAS 19/01/2015 12:10

Merci au Père Chautard de nous faire connaître cette lettre ouverte un "religieux" qui pose en excellents termes la question de la Laïcité.
Moi-même, historien retraité de l'Education Nationale, fils d'immigré, pur produit de l'école publique et aussi de confession catholique, je travaille en bonne entente avec des agnostiques et des protestants, dont un pasteur, au sein d'une société savante laïque, l'Association d'Etudes Vaudoises et Historiques du Luberon, basée à Mérindol, en Vaucluse..
J'ai l'intime conviction que c'est par la culture et l'enseignement du fait religieux, sans tabous, que l'école de la République formera des citoyennes et des citoyens responsables et respectueux de la foi d'autrui, dans ses expressions publiques.
Le sectarisme, l'exclusion, le refus de l'enseignement raisonné de l'histoire, le refus du dialogue, ne peuvent qu'encourager le repli sur soi et le communautarisme.
Le vrai croyant ne peut avoir de certitude. Il vit une espérance.
Celui qui a des certitudes, qu'il se dise religieux ou athée, est un danger pour le vivre ensemble.
Depuis le 11 janvier il ne faut plus retomber dans les ornières du passé qui ont créé divisions et exaspérations. Que nos politiques fassent preuve de bon sens !

Adrien 18/01/2015 12:44

1) Il est toujours amusant de voir comme l'athée est exclu du débat religieux et comme le religieux ne comprend pas son exclusion du débat laïque.
2) "...c'est marrant, moi, je me dis au contraire que c'est parce qu'ils n'ont jamais vu leur imam discuter avec leur instituteur qu'il a été aussi facile de leur montrer la république comme une ennemie, dont la laïcité (au même titre que l'éducation ou la police) est une des formes d'oppression, de négation de leur identité."--> C'est ignorer les techniques de manipulation des fondamentalistes religieux de tous bords.
3) "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l'enseignement, les pratiques et l'accomplissement des rites. " Cet article cite bien le droit à la liberté de penser, religieuse ou non, il est ici utilisé afin de légitimer le droit des religieux à participer au débat. Cependant, il légitimise aussi le droit de s'exprimer pour les nationalistes, les athées, les anarchistes etc. Il est donc détourné.

Je trouve assez indécent que les communautés revendiquent leur part du gateau quand on sait que le fondamentalisme religieux, qui concerne un faible pourcentage des croyants, est issu de la religion modérée. Dans un pays où la laïcité se veut l'une des valeurs majeures de notre éducation publique, je suis estomaqué de voir comme la religion est acceptée et intégrée au système. Sans être un bouffeur de curé, je pense qu'aujourd'hui, la religion n'est plus nécessaire au message de paix contrairement à deux millénaires dans le passé.Je trouve indécent que les enfant dans les cours d'écoles se posent, entre eux, les question : "tu es baptisé ou non? est ce que tu es athée ou croyant? Tu as eu quoi comme cadeau à ta communion?"
Si la religion était un tel mouvement pacifiste, pourquoi ne laisse t-elle pas à ses enfants le droit de choisir? Pourquoi baptiser un enfant qui ne sait même pas ce qu'il lui arrive? Pourquoi acheter cet enfant et le conditionner à assimiler religion et récompense? Le livre de Job ne montre t il pas que la foi ne s'achète pas, qu'elle ne doit pas être soumise à un système de récompense ou de punition mais qu'elle doit uniquement être la conviction d'un homme pour son bien être et sa tranquillité d'esprit?

Eric George 19/01/2015 18:44

Bonjour je suis l'auteur du texte et en tant que tel, je me permets de répondre. D'une part, je crains que vous vous mépreniez sur l'essence de la laïcité qui n'est certainement pas d'interdire le religieux dans l'espace public ou dans le système. là il vous faudrait chercher du côté de l'athéisme d'état....
D'autre part, la seule chose que je demande ce n'est ni une part de gâteau, ni un pouvoir et certainement l'interdiction de parole aux athées, c'est simplement un espace de dialogue.
Vous dénoncez les techniques de manipulation, mais justement ce que je demande c'est que l'imam, le prêtre, le rabbin ou le pasteur puisse DISCUTER avec le professeur. Le libre examen (une notion très chère au protestant que je suis) restera donc aux commandes puisque le professeur aura tout loisir de démonter (éventuellement) le discours qui aura été tenu. Et puis avec un tel dialogue vous vous apercevriez peut-être que les religions n'ont pas forcément le discours que vous semblez croire qu'elles ont.

Djib74 18/01/2015 10:10

Merci ! un Charlie catholique