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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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13 janvier 2015 2 13 /01 /janvier /2015 15:38
Paroles d'intellectuels musulmans (parues dans le quotidien « Ouest France »)

Trois personnalités de confession musulmane se sont exprimées dans Ouest-France. Ces différents entretiens apportent un éclairage intéressant sur les attentats récents, au-delà de l'émotion légitime qu'ils ont suscités.

« L'islam est une religion en crise profonde »

Abdennour Bidar, intellectuel de culture musulmane, philosophe, écrivain et producteur de Cultures d'islam sur France Inter.

En tant que philosophe et écrivain, que ressentez-vous ?

Une responsabilité immense, de contribuer à ce qu'au moment de l'émotion et de la dénonciation ne succèdent pas la discorde et la division entre musulmans et non-musulmans, entre identités, cultures, appartenances... Il faut que la France ait confiance en ses musulmans, et réciproquement !

Mais leurs relations ne sont pas simples...

L'islam est une religion et une civilisation en crise profonde. Il y a, dans notre pays, des millions de musulmans tranquilles, mais il y a aussi beaucoup de comportements régressifs, de crispations religieuses.

De la part de qui ?

De néoconservateurs qui veulent appliquer un islam dont le modèle est dans le passé. L'effort doit être dans les deux sens : du côté de la société française, arrêter de nourrir une peur irrationnelle de l'islam ; du côté de l'islam, faire sa réforme, sortir de l'archaïsme...

Comment lutter contre l'amalgame « islam/islamisme » ?

Il risque de se faire, hélas, dans les jours qui viennent. On était dans la confusion, elle risque de s'installer encore plus. Il faut que les musulmans se mobilisent - ce dimanche tout d'abord - pour manifester avec tous les autres Français leur refus de la haine.

Comment le monde musulman a pu donner naissance à Daesh ?

Ce monstre est né de ses errances, de ses contradictions, de son écartèlement entre passé et présent, de son incapacité trop durable à trouver sa place dans la civilisation humaine.

L'islam ne doit-il pas se réformer ?

J'ai fait ce travail dans mes différents livres, notammentUn islam pour notre temps, en 2004, puis L'islam sans soumission, en 2012. Pour moi, le maître mot est liberté de conscience. Chaque individu de culture musulmane doit avoir droit à la liberté de religion, bien sûr, mais aussi à la liberté vis-à-vis de sa religion. C'est-à-dire au droit de la vivre comme il le choisit, sans qu'on lui impose quoi que ce soit qui viendrait de la tradition, des imams, etc. Au nom de ma religion, je n'ai pas le droit d'être violent, intolérant.

Comment faire émerger un « islam des lumières » ?

L'islam est engagé dans une période de transition longue et chaotique. Nous sommes au début du XVe siècle de l'ère musulmane. Les Printemps arabes, c'est un pas en avant, deux en arrière. Mais, partout, c'est le même défi pour la liberté d'émerger durablement : liberté des femmes vis-à-vis des hommes, de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou pas, de changer de religion, liberté des minorités religieuses (chrétiens d'Orient), etc. Mais j'ai confiance. Une confiance qui doit aller de pair avec une patience et avec tout ce que la responsabilité de chacun peut faire à son échelle. Les musulmans se saluent par le mot « salam », qui veut dire paix. J'attends avec confiance que l'islam fasse la preuve qu'il est bien une religion de paix

(Paru le 11 janvier 2015)

Lire aussi en cliquant ici

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« Il faut que l'islam accepte de se réformer »

Malek Chebel, philosophe et anthropologue des religions.

En tant qu'intellectuel musulman, quel est votre état d'esprit ?

Je suis horrifié. C'est de la folie furieuse. J'éprouve une compassion totale pour les familles touchées.

Cette attaque ne risque-t-elle pas de raviver les a priori contre les musulmans ?

Bien sûr. L'islam, par le passé, pâtissait déjà d'une mauvaise image dont il n'était pas responsable. Cet attentat cristallise la peur, et la peur favorise la méconnaissance. Cela va accentuer l'isolement des musulmans de France.

N'est-ce pas un piège tendu par les islamistes qui conduit à raviver les guerres de religion ?

Vous avez raison, c'est un vrai piège organisé et réfléchi. Mais, fort heureusement, l'ensemble de la France, pour l'instant, se mobilise pour éviter le crash final. Il y a une prise de conscience de l'absurdité de toute cette affaire : que deux voyous, nés en France, puissent détruire tout le vivre-ensemble.

Pourquoi les relations entre l'islam et la France semblent-elles si compliquées ?

C'est d'autant plus surprenant que l'islam est présent sur le territoire français depuis un siècle. Philippe Grenier a été le premier député musulman de l'histoire de France en 1896. Souvenons-nous, ensuite, du sacrifice des musulmans au cours des deux Guerres mondiales, puis de l'immigration ouvrière...

Et pourtant...

Pourtant, les artificiers - les politiques, les lobbies, les va-t-en-guerre, les idéologues, ceux qui ont financé des mosquées sans réfléchir, certains imams qui n'ont pas eu le bon discours au bon moment - ont réussi à mettre le feu. Tous ces gens-là ont abîmé la cohésion nationale.

Vous dites aussi que l'islam n'a pas fait son aggiornamento...

En 2004, j'ai écrit Manifeste pour un islam des lumières. Cela fait dix ans que je me bats sur ce sujet. Première règle : il faut que l'islam accepte de se réformer, de s'adapter à la réalité d'aujourd'hui, de venir à la table de la modernité comme tout le monde. J'ai pointé 27 chantiers parmi lesquels la séparation du politique et du religieux, l'acceptation des règles universelles, etc. Le chantier est là. Or, non seulement, l'islam n'a pas réussi son aggiornamento, mais il a pris la direction inverse aujourd'hui, puisqu'il fait le lit de tous les fondamentalismes et des sectaires.

Pourquoi cet « islam des lumières » a-t-il autant de peine à s'exprimer ?

Parce que la plupart des pays musulmans ont des gouvernements illégitimes, ou des despotes à leur tête. Les libres-penseurs, les humanistes, les intellectuels, les politiques vertueux ne font pas leur travail collectivement. Nous manquons à notre devoir d'oeuvrer à l'amélioration de l'image de l'islam.

L'islam souffre-t-il aussi d'un problème d'organisation ?

Absolument. C'est un problème de l'islam en général, et de l'islam de France en particulier. Il manque un grand imam de France.

Ce drame va-t-il susciter une prise de conscience ?

Mais qui va prendre conscience ? Une minorité de gens cultivés, instruits, dotés d'un savoir critique pour distinguer le bon grain de l'ivraie. Combien de temps cette unité nationale va-t-elle durer avant qu'un autre faiseur de guerre ne vienne jeter une bombe dans le métro ou ailleurs ?

(Paru le 9 janvier 2015)

Pour lire la suite…

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