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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 08:44
Les « chrétiens de gauche » se cherchent un avenir

Que reste-t-il des « chrétiens de gauche » à l’heure où la droite et le Front national captent la grande majorité du vote catholique ?

Absents de la scène politique depuis bientôt trente ans, ils ont fait l’objet d’un colloque, les 12 et 13 mars, à l’Institut catholique de Paris.

À quelques jours des élections départementales, alors que les catholiques voteraient majoritairement à droite selon les sondages et que le Front national a aussi ses adeptes dans leurs rangs (1), consacrer un colloque aux« chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours » peut sembler décalé sinon incongru.

« Pur hasard du calendrier », balaie le sociologue des religions Jean-Louis Schlegel, auteur d’une somme sur cette question, parue en 2012 (2), dont les thèses ont été discutées deux jours durant à l’Institut catholique de Paris, les 12 et 13 mars.

L’ARRIVÉE AU POUVOIR DE LA GAUCHE

À la base, le constat de l’essayiste est sans appel. « De gauche chrétienne visible et agissante en politique, il n’y a plus. » Plus de « chrétiens de gauche » à proprement parler, mais des chrétiens qui « votent à gauche »au gré de leurs convictions et des circonstances.

Détenteurs de tous les leviers de l’Église au lendemain du concile Vatican II (des mouvements d’Action catholique où se formèrent des générations de militants, jusqu’aux instituts et à la presse catholique), l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 leur est néanmoins fatale.

Dans l’arène politique, François Mitterrand se méfie de ces chrétiens que leur double allégeance – spirituelle et temporelle – rend par trop imprévisibles. Figures de proue d’un courant jamais vraiment constitué, le catholique Jacques Delors et le protestant Michel Rocard n’accéderont jamais à la fonction suprême. Chez eux, « la souplesse du rapport entre foi et politique, l’équilibre entre résistance, régulation et utopie constituaient une voie intéressante, mais cela n’a pas marché », regrette l’ancien commissaire au Plan Jean-Baptiste de Foucauld, un proche de Jacques Delors.

« UNE PROBLÉMATIQUE DÉPASSÉE »

À l’intérieur de l’Église, la publication en 1972 du rapport Matagrin, « Pour une pratique chrétienne de la vie politique », souligne le caractère légitime du pluralisme parmi les croyants.

« L’Église n’étant plus prescriptrice au plan politique, la problématique même de chrétien de gauche est aujourd’hui dépassée, estime Mgr Hippolyte Simon. Il s’agit plutôt de permettre à des catholiques, par ailleurs engagés en politique, de réfléchir à des questions qui dépassent les clivages, comme l’environnement ou l’écologie humaine. »

L’évêque de Clermont explique ainsi pourquoi il a ressenti, en 1962, le besoin de quitter la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC), jugée trop politisée, afin d’entrer au séminaire. Et pose la question de la transmission de la foi, « grande oubliée d’une génération qui a privilégié les valeurs militantes au détriment de l’expérience spirituelle ».

« C’est vrai qu’on ne m’a jamais appris à prier ou à relire mes engagements à la lumière de l’Évangile, analyse François Soulage, ancien président du Secours catholique. C’est pourquoi les grands mouvements caritatifs (CCFD, Caritas…) mettent aujourd’hui l’accent sur la formation spirituelle des bénévoles : il ne s’agit pas de faire de bons chrétiens mais des gens engagés qui vivent pleinement leur foi au service des autres. »

POISSONS ROSES

S’ils ne revendiquent plus forcément l’appellation, les chrétiens de gauche historiques soulignent l’ampleur de la tâche.

« La poussée du Front national nous renvoie à nos propres échecs,souligne Jérôme Vignon, président des Semaines sociales. Pourquoi n’avons-nous pas été capables de partager nos idéaux ? Avons-nous accordé suffisamment de place aux jeunes, aux nouveaux publics, aux banlieues, aux croyants d’autres religions ? Ce qu’un Frédéric Ozanam est parvenu à réaliser au XIX e siècle, à savoir créer de nouvelles institutions dans lesquelles les gens humbles puissent se reconnaître, nous avons à le faire aujourd’hui. »

Engagés dans le tissu associatif, municipal ou caritatif, les héritiers des chrétiens de gauche ne sont toutefois pas absents de la sphère politique. Excédés par l’omniprésence du clivage droite/gauche, « les Poissons roses » et leurs 800 sympathisants revendiqués, proches du PS, entendent revenir aux fondamentaux de la personne humaine.

« Nous voulons rassembler tous ceux qui, de gauche ou de droite, chrétiens, juifs, musulmans ou athées, placent la personne au cœur de notre société », explique leur président, Patrice Obert, soulignant ainsi son opposition à la GPA et à l’euthanasie.

Député PS en Meurthe-et-Moselle, Dominique Potier a fondé le mouvement Esprit civique, sorte d’interface entre la société civile et les responsables politiques. « Il s’agit d’établir un lien entre la génération féconde des années 1970 et une jeunesse aujourd’hui déboussolée qui se jette dans les bras du FN. »

Pour cet élu issu du monde agricole, la politique doit être en permanence inspirée. « L’arrivée d’un pape comme François bouscule les lignes, décloisonne les esprits : les spirituels redécouvrent l’engagement dans la société et les mouvements caritatifs renouent avec leurs racines spirituelles. Loin de se tarir, le christianisme humaniste prendra d’autres formes. »

Samuel Lieven

(1) À un niveau toutefois moindre que dans le reste de la population.

(2) À la gauche du Christ, Éditions du Seuil, 614 p., 27 € (La Croix du 20 septembre 2012).

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Published by Denis CHAUTARD - dans chrétiens de gauche
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