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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 08:29
Roland Frat, l’Africain, curé de paroisse à Ecos (Diocèse d’Evreux)

Le Père Frat, curé de la paroisse Saint-Nicaise du Vexin Normand depuis 2012, est devenu prêtre à 58 ans. Après une vie étonnante. Récit.

Ne vous fiez pas à son collier de barbe, sa calvitie et son air sévère. Sous son apparence d'instituteur de la 3ème République, le père Frat cache un œil malicieux, une nature affable et un esprit ouvert sur le monde.

« Voir autre chose »

Roland Frat est né en 1944, à Paris 16e, dans une famille catholique pratiquante. « Au début, confie-t-il, je n'avais pas conscience d'appartenir à un milieu privilégié. Mon père dirigeait un cabinet d'expertise comptable dans le quartier de l'Elysée. Je vivais dans un cocon où tout semblait évident. » Scolarisé au collège Saint Jean-de-Passy, il envie ses cousins qui vont à l'école communale. « Quand j'ai commencé à réfléchir par moi-même, j'ai voulu voir autre chose, confronter mes idées à celles des autres. » Le scoutisme l'y aide. « Vivre à la dure, ça me changeait. J'ai découvert le rôle du prêtre à la campagne dans les villages où on installait nos camps, à Trie-Château, Forêt-la-Folie, ou en Ariège. »

« La religion dans la vie »

De santé fragile, le jeune Roland rêve de voyages et d'air pur. A 16 ans, il veut s'engager dans la marine marchande, mais il est refusé pour « un petit dixième en moins à l'œil gauche ». Il prépare un bac pro au lycée agricole de Sainte-Maure, dans l'Aube. Son service militaire dans la coopération le mène en 1965 à Bangui, capitale de la République Centrafricaine. « J'avais un poste d'inspecteur agricole dans le nord-ouest du pays. J'ai vraiment connu l'Afrique profonde, pas d'électricité, le téléphone de temps en temps, les tournées en brousse dans une camionnette dont le réservoir fuyait... C'était super ! » Sa vocation pour l'Afrique est née. A peine démobilisé, il est recruté par le Bureau du développement de la production agricole et s'envole pour le Dahomey. « Fêtais à Djougou, une petite ville jumelée avec Evreux. » Il s'investit dans la paroisse. « Un copain de la chorale, qui était garagiste, m'a fait visiter le pays en profondeur, y compris les quartiers vaudous. La nuit de Noël, on allait danser de famille en famille jusqu'à l'aube. C'était la religion dans la vie. »

Le ramadan avec les touaregs

En 1969, il devient formateur dans un collège agricole au Niger. « Là-bas, j'ai fait la connaissance des touaregs. Ils n'ont pas grand-chose, mais quand vous avez leur confiance, ils sont prêts à tout vous donner. » Dans ce pays musulman à 99,9 %, un imam l'invite à partager avec eux, en plein Sahel, la prière du ramadan. La veille, les Américains avaient posé le pied sur la lune. « Et ça, pour un musulman, c'était absolument impossible. La lune est un astre sacré. Dieu ne pouvait le permettre. » Expérience inoubliable. « Ils avaient délimité dans le désert une mosquée avec des petits cailloux. J'ai trouvé ça formidable qu'ils aient demandé à un chrétien de venir prier avec eux. Et j'y repense chaque fois que j'entends parler de fondamentalisme. Si chacun respectait la croyance de l'autre, on n'en arriverait pas là. »

Presque arrière-grand-père !

Les missions s'enchaînent. En Côte-d'Ivoire, il est directeur régional d'une société d'Etat s'occupant de riziculture. En 1977, il intègre une société qui cultive le café, le cacao, le poivre et le girofle à Madagascar. « C'est une population très brassée, des Chinois, des Indiens... Je m'y suis fait plein de relations. » Alexandre, un jeune de 11 ans, lui est envoyé par son père, un métis chinois. « Je devais lui apprendre le français. C'était un garçon difficile. A la mort de son père, ses demi-sœurs l'ont fichu à la porte. Je l'ai adopté, il a la cinquantaine aujourd'hui. J'ai trois petites-filles, dont l'une, qui vit à Lyon, va me faire arrière-grand-père dans quelques mois. Ça fait un drôle d'effet ! »

1988. Le ministère des Affaires étrangères nomme Roland Frat au Rwanda pour aider à la protection des cultures contre les maladies. Six ans plus tard débute la guerre entre Hutus et Tutsis. Massacre effroyable qui fera 800 000 morts. « Tout le monde a été rapatrié. » Il ne remettra plus les pieds en Afrique.

Don Camillo et Peppone...

Roland Frat s'installe à Saint-André-de-l'Eure dans la maison où vivait son grand-père. En 1995, Paul Varigault, le maire - communiste - lui propose de rejoindre sa liste pour les municipales. « On n'avait pas forcément les mêmes idées, mais je trouvais qu'il faisait du bon travail dans la ville. On s'est très bien entendus. » Don Camillo et Peppone... Pendant six ans, Roland Frat sera maire adjoint de Saint-André, en charge de l'eau, de l'assainissement et des relations avec le tissu économique.

Et Dieu dans tout ça ? « J'étais pratiquant. A mon retour du Rwanda, le curé de Saint-André m'a convié à faire partie de l'équipe d'animation pastorale en tant que laïc, puis le diocèse m'a proposé une formation au diaconat permanent qui s'adresse à des personnes déjà en responsabilité dans une communauté chrétienne.

Un jour, l'évêque reçoit une lettre de paroissiens lui demandant : « Pourquoi vous n'appelez pas M. Frat pour devenir prêtre ? » L'idée fait son chemin. « Je n'avais rien demandé, mais ça n'a fait que réveiller un désir de jeunesse. Roland Frat a déjà 58 ans. A l'évêque, il répond -: « Vous êtes sûr que ce n'est pas un peu tard ? » La suite, on la connaît.

« J'ai sorti mon iPhone »

Ordonné prêtre le 23 juin 2002, le père Frat est nommé curé aux Andelys, puis à Conches en 2007 et enfin à Ecos. « Ici, j'ai trouvé une communauté vivante avec beaucoup de chrétiens qui s'engagent, qui donnent de leur temps. C'est fraternel. Un peu à l'image de ce qu'a réalisé Michel Jouyet au sein du canton et de la communauté de communes. » Le déclin de la pratique religieuse ? « Pendant quelques années, regrette le père Frat, il n'y a pas eu de transmission de la foi par les parents, même s'ils envoient leurs enfants au catéchisme. » Sur son bureau trône un MacBook dernier cri. « Les jeunes s'imaginent que les gens d'église de ma génération n'y connaissent rien à l’ordinateur et à Internet. Une fois, dans un atelier paroissial, un jeune voulait se connecter sur un site mais il n'avait pas de réseau wifi. j'ai sorti mon iPhone et il a ouvert de grands yeux. » Roland Frat, un curé dans la vie.

La paroisse Saint Nicaise du Vexin Normand

La paroisse Saint Nicaise du Vexin Normand s'étend sur les vingt-trois communes de l'ex-canton d'Ecos, moins Cantiers et Forêt-la-Folie, plus Port-Mort, Notre-Dame-de-l'Isle, Hennezis et Vernonnet. Elle regroupe quatre communautés locales de trois à dix communes. Chaque week-end, quatre messes sont célébrées. Le samedi soir à Gasny ou dans un autre village ; le dimanche, une à 9 heures, deux à 11 heures - l'une célébrée par le père Roland Chêne à Vernonnet, l'autre par le père Frat dans une communauté différente.

Le Démocrate Vernonnais Mercredi 13 mai 2015 page 28

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Published by Denis CHAUTARD - dans portrait
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commentaires

papy 17/05/2015 17:33

Je ne sais qu'encourager le bon père Denis a very nice experience never seen and heard