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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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20 juin 2015 6 20 /06 /juin /2015 10:49
Habitat partagé : des nouveaux lieux pour vivre heureux

Liées à un engagement citoyen ou à une situation personnelle difficile, leurs motivations sont plurielles. Pour tous, l'expérience est réussie, et ils nous le confient. (…)

(….) Autre lieu, autre projet, autre public, et même succès d'estime couronné par l'afflux régulier des curieux. Sur les hauteurs de Die, dans la Drôme, le hameau en bois Habiterre dresse joliment depuis quelques années ses cinq maisons et leurs terrasses construites face aux montagnes du Vercors, reliées entre elles par des escaliers extérieurs et des sentiers de gravier.

Ici, vivent 32 personnes dont l'âge oscille de quelques semaines à 67 ans ; 12 enfants et 20 adultes dont le point commun est la volonté de se réapproprier le logement à tous les niveaux : structure juridique, montage financier, choix des matériaux et des sources d'énergie écologiquement compatibles, choix de l'architecte et des artisans. « Sans oublier notre participation la plus large possible à la réalisation des travaux. Mais ce ne sont que des moyens destinés à nous aider à passer du "je" au "nous". À construire le vivre-ensemble, non sans réparer les mauvais plis que nous avons pris au cours de toutes ces années d'individualisme forcené », précise d'entrée de jeu Marc Bodinier, l'un des principaux inspirateurs de cet « écolieu ». Le visiter en sa compagnie, sous le soleil de la Drôme, permet de mieux comprendre pourquoi il est considéré comme emblématique.

Ici, la rationalisation des usages liés à la mise en commun des biens et moyens est poussée aussi loin que possible : achat d'un seul terrain, pour limiter les frais notariaux ou bancaires, installation d'un seul compteur, avec un unique abonnement à Enercoop, une société qui fournit de l'électricité 100 % non nucléaire ; pose d'une seule chaudière au bois déchiqueté ; mise à la disposition de chacun d'un atelier dûment équipé de machines et d'outils, ainsi que de deux buanderies et de voitures. Sans oublier le potager qui se cultive à plusieurs. « Nous avons divisé nos charges par dix et limité considérablement notre impact sur l'environnement », résume Marc Bodinier. En insistant toutefois sur les valeurs de solidarité active qui l'ont toujours motivé en tant qu'entrepreneur social ayant un temps travaillé avec l'abbé Pierre. De même qu'elles motivent les « Habiterriens » et colorent positivement les relations qu'ils nouent entre eux ou avec les habitants du quartier voisin et ceux de Die.

Lorsqu'un logement se libère, les nouveaux venus, cooptés à l'unanimité, s'inscrivent dans cette démarche d'accueil. Un espace la symbolise : une vaste pièce qui peut accueillir jusqu'à 80 personnes. Appelée la « maison commune », elle est située au centre du hameau. Financée par l'épargne solidaire, elle est équipée d'une bibliothèque et d'une cuisine qui permet d'y prendre les repas communautaires. À l'extérieur, un four en briques attend de cuire des pains complets, des tartes ou des pizzas.

S'ouvrir sur l'extérieur

C'est là, dans ce cœur névralgique, que les « Habiterriens » discutent des décisions qui impliquent la vie collective comme l'installation d'une antenne satellite ou d'un poulailler. Là qu'ils se retrouvent tous les 15 jours pour le « pt'it péro », un apéritif commun, temps d'information et de discussion sur les prochains événements à vivre. Là qu'ils font la fête. Là encore qu'ils décident d'accueillir telle ou telle activité ouverte sur l'extérieur (notamment autour du yoga), tel ou tel groupe.

Jouxtant la maison commune, et dans chacun des autres bâtiments du hameau, des chambres d'amis avec entrée indépendante accueillent les visiteurs d'un soir ou de plusieurs jours.« Cette ouverture sur l'extérieur est capitale si on ne veut pas se scléroser dans l'entre-soi. Elle décuple l'énergie collective qui transcende les qualités de chacun, multiplie l'audace et la foi qui nous manquent parfois quand nous nous retranchons dans notre individualité. Nous sommes capables de déplacer des montagnes si nous nous faisons confiance », fait valoir pour sa part Maryno Bodinier, la femme de Marc. Confiance, à l'évidence un maître mot si l'on en croit Nathalie Moranne.

Comptable à la Carline, une coopérative qui vend des produits bio et locaux, elle s'est installée ici il y a un an avec son compagnon après qu'on le leur a proposé. « Tous les deux, nous ne pouvons récupérer notre fille de 10 ans et demi qu'au-delà de 20 h, après le travail. Mais ce n'est pas un souci. Je suis rassurée car je sais qu'elle aura mangé chez des voisins, retraités ou non, avec qui elle aura fait ses devoirs. Ici chacun est désireux de rendre service, on vit un peu comme dans une grande famille », se félicite-t-elle. (…)

Réguler les conflits

Nos voisins d'outre-Rhin, il est vrai, ont, en matière d'habitat alternatif, multiplié les initiatives de longue date et capitalisé une solide expérience. Car vivre ensemble, ne l'oublions pas, suppose nombre d'adaptations et de concessions. Marc Bodinier refuse, à l'instar de ses compagnons d'aventure, de repeindre la vie en rose. « Nous allons de l'avant, chemin faisant, sans rien ignorer de la "pâte" humaine. On apprend à connaître ses limites, à les accepter. Comme dans une famille, on se sent mieux avec certains qu'avec d'autres, quoi de plus normal ? Pour réguler les conflits, nous avons construit des temps particuliers, en plus des nombreuses interactions personnelles qui s'offrent à nous en toutes circonstances. »

Et ce membre actif de la Mission de France de plaider en toute modestie : « Au fond, notre objectif n'est autre que de retrouver des relations de voisinage à la fois courtoises et denses telles que la plupart des Français les vivaient encore il y a 50 ans. Il n'y a rien d'idéal là, que de l'ordinaire. Comme de me faire tendrement appeler "papy" par la fille des voisins. Ou de cueillir les fraises avec Edwige, la reine du potager. De l'ordinaire à la puissance 10, qui devient notre extraordinaire. »

(…)

« Ce qui nous intéresse, c'est l'art du vivre-ensemble »

« Ce qui nous intéresse, fondamentalement, c'est l'écologie humaine ou l'art du vivre-ensemble. La séparation des générations est une triste réalité, avec son cortège de solitudes infernales. Un projet comme le nôtre est politique car il s'inscrit en faux contre cette logique et veut redonner aux gens la capacité de s'autonomiser. Il veut mettre en forme le slogan "moins de biens, plus de liens". La maison commune en est le symbole. C'est un lieu tiers qui respire pour chaque famille d'Habiterre et pour l'extérieur, car nous y recevons beaucoup d'intervenants avec qui nous partageons projets et envies. Quant à l'intergénérationnel, il traverse notre vie de part en part et nous en vérifions les bienfaits chaque jour ! »
Marc Bodinier, cofondateur d'Habiterre, à Die.

http://www.habiterre.org/

JEAN-CLAUDE NOYÉ
La Vie n°3642 du 18 au 24 juin 2015 pages 63-67

www.lavie.fr

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Published by Denis CHAUTARD - dans solidarité
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