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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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19 juin 2015 5 19 /06 /juin /2015 20:26
Homélie du dimanche 21 juin 2015

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 4,35-41.
« Toute la journée, Jésus avait parlé à la foule. Le soir venu, Jésus dit à ses disciples : « Passons sur l’autre rive. »
Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus, comme il était, dans la barque, et d’autres barques l’accompagnaient.
Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait.
Lui dormait sur le coussin à l’arrière. Les disciples le réveillent et lui disent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »
Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme.
Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? »
Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

Homélie

Au milieu du lac de Tibériade la tempête fait rage, c’est la panique à bord, et il paraît qu’il y a de quoi ! Lorsque les vents se déchaînent dans la cuvette du lac, ceux qui viennent de la Méditerranée rencontrent ceux qui arrivent du désert de Syrie. Tourbillons impressionnants avec des vagues qui peuvent atteindre sept mètres de haut. Alors les petites embarcations de pêcheurs sont ballotées comme des coquilles de noix ! Pendant ce temps-là, à la place du timonier où il devrait diriger la manœuvre, Jésus dort. Et sur un coussin en plus ! Difficile à comprendre…

Rappelez-vous : le texte commence par : « Le soir venu, il dit à ses disciples : “Passons sur l’autre rive.”» Et Sur l’autre rive, ça veut dire à l’est du lac, en terre païenne, là où habitent les forces hostiles à Dieu. Du moins c’est ce que croient les juifs de ce temps-là. Saint Marc établit donc un lien entre la tempête déchaînée sur le lac et les démons déchaînés sur l’autre rive. On en a un signe dans le vocabulaire employé puisque, pour calmer la tempête, Jésus dit à la mer : “Silence, tais-toi !” La même expression qu’il utilise pour chasser un démon : “Silence, tais-toi et sors de cet homme !” Comme s’il s’agissait, pas seulement de calmer, mais d’exorciser la mer.

Et puis lorsque Marc nous dit que Jésus dort et, un peu après, qu’il est réveillé, il utilise les mots qui, en grec, expriment la mort et la résurrection. Autrement dit Jésus endormi sur un coussin au fond du bateau fait penser à Jésus reposant au fond du tombeau. Et Jésus réveillé, debout dans la barque, qui interpelle le vent, annonce Jésus debout et victorieux de la mort au matin de Pâques.

Souvent notre actualité ressemble à cette tempête sur le lac de Tibériade : c’est parfois chez nous, dans nos entreprises, dans nos familles, que l’histoire se déchaîne, que nous perdons pied avec l’envie de crier à Dieu endormi au fond de notre barque : “Nous sommes perdus, et ça ne te fait rien ?” Et il nous répondra, après avoir chassé les démons qui nous tracassent : “Pourquoi avez-vous si peur ?” Et nous nous demanderons, comme les disciples, qui il est celui-là pour que même le vent et la mer lui obéissent ? Qui est-il donc, ce compagnon qui s’est embarqué avec nous et qui a lié son sort à celui des passagers du bateau ?

Dans ce récit, tout finit bien : les disciples ne meurent pas, Jésus les sauve. Mais ils vont mourir un jour. Pour eux, comme pour nous, tout ne va pas bien finir. Ceux qui crient éperdument vers Jésus pour qu’il les sauve finissent toujours par mourir. Le but du récit de Marc n’est pas de dire aux disciples qu’ils survivront pour toujours s’ils font appel à Jésus, mais de leur rappeler que même dans le danger, même dans la souffrance incompréhensible, même dans la mort, ils ne sont pas abandonnés. Ils sont dans un monde animé par la Parole de Dieu, et ils sont entourés par sa force mystérieuse. Tournons-nous vers lui et offrons-lui les tempêtes de nos vies. Il ne résoudra pas tout. Mais il nous aidera à retrouver la paix intérieure, il nous ouvrira un chemin possible.

“Je voudrais rendre grâces pour le sommeil du Christ au milieu de nous”, disait un prêtre qui venait de fêter ses vingt ans de sacerdoce. “Rendre grâces pour le sommeil du Christ au milieu de nous parce que ça veut dire qu’il nous provoque à la responsabilité et à la liberté.” C’est plus fort que nous : Nous attendons tout le temps que Jésus soit le grand timonier alors qu’il s’est fait passager clandestin. Souvent on le laisse dormir à l’arrière du bateau. Et après on prétend qu’il n’est pas là. Ne disons pas qu’il n’est pas là. Il se repose mais il ne demande qu’à être réveillé pour nous guider. Il nous invite à retrouver en nous, quoiqu’il arrive, une paix intérieure, un silence habité de sa présence. Lorsque nous sommes submergés, Jésus nous convie à refaire le pari de la confiance. Il y a 36 raisons d’avoir peur… pas une seule n’est bonne !

Maintenant, comment réagissons-nous lorsque des proches se débattent contre des vents contraires ? Est-ce que nous prenons nos distances ? Ou bien avons-nous le courage de leur proposer de l’aide ? C’est à travers notre disponibilité bienveillante que nous permettrons à tel ou tel d’entrevoir le visage d’un Dieu proche, malgré l’apparent abandon du ciel. Mais, pour y arriver, il faut sans doute avoir assumé nos propres tempêtes, avoir découvert au cœur des tourments de notre vie, la présence du Ressuscité, le vainqueur de toutes ces morts qui nous menacent.

Robert Tireau

Prêtre du Diocèse de Rennes

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