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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 10:52
Un théologien aux Assises chrétiennes de l’écologie

Fabien Revol sera l’un des intervenants des Assises chrétiennes de l’Écologie, à Saint-Étienne, du 28 au 30 août 2015. Il fait partie de la poignée montante de théologiens qui s’intéressent à l’écologie et revendiquent cette spécialité. À l’Université Catholique de Lyon, il transmet son approche interdisciplinaire. Propos recueillis par Chantal Joly.

Comment devient-on un théologien écologiste ?
Je suis venu à l’écologie par la science. Après deux années de théologie, j’ai en effet étudié la biologie des écosystèmes ; c’est-à-dire tenter de comprendre le fonctionnement des vivants dans leur ensemble. Peut-être influencé par le fait que je suis un fils d’agriculteur et que j’ai été marqué par la découverte des contraintes et des beautés de la nature grâce au scoutisme. Ayant compris que j’étais au cœur des problématiques écologiques, je me suis interrogé à leur rapport avec la théologie morale. La lecture d’un livre, « Éthique de l’environnement », a été le déclic. Séminariste, j’ai repris mes études de théologie habité par ce rapport entre éthique et biodiversité et découvert que non : l’écologie et la théologie morale ne se rencontraient pas. Mon évêque d’alors, Mgr Lagleize, sensible au fait que le diocèse de Valence est dans le département le plus « bio » mais aussi la zone la plus nucléarisée de France, a souhaité mettre ma compétence au service d’une réflexion chrétienne sur l’écologie. Je suis donc parti à Toronto, au Canada, suivre une première année de maîtrise de Théologie de l’écologie, revenant en France avec des références de lecture, une façon de penser et une méthodologie très anglo-saxonnes. C’est alors que j’ai compris que l’écologie est intégrée à la doctrine sociale de l’Église et qu’en matière d’éthique, tout se rapporte à la théologie de la Création. Mais qu’il est nécessaire de l’approfondir pour que la théologie morale puisse relever le défi de l’écologie. D’où ma thèse, soutenue le 19 novembre 2013, sur « La Création continuée ». D’où aussi ma décision de compléter mon doctorat de théologie par un doctorat de philosophie ; ce qui me donne une vraie crédibilité vis-à-vis du monde académique, dans la perspective interdisciplinaire qui est la mienne.

Vous êtes le premier titulaire de la Chaire Jean Bastaire « Pour une vision chrétienne de l’écologie intégrale » de Lyon. Quelle est sa mission ?
En 2008, Jean Bastaire, écrivain, philosophe, précurseur d’une théologie d’écologie chrétienne, avait pris contact avec moi. Partageant nombre de points communs, nous avons maintenu un rythme de correspondance et de visites jusqu’à son décès en 2013. On m’a alors demandé de préparer ses funérailles. Jean avait confié au gestionnaire de son héritage, la Fondation St-Irénée de Lyon, son désir de poursuivre son œuvre. Un legs a donc permis de financer l’ouverture en janvier 2015 de la Chaire Jean Bastaire, projet que j’ai coordonné. La Providence, avec la sortie cette année de l’encyclique du Pape François et la tenue à Paris de la Conférence mondiale sur le climat (COP 21) montre que c’était le bon moment. Notre groupe de recherche de 9 personnes a pour objet de développer une approche chrétienne de l’écologie à partir d’un travail sur la Création. Et cela via des publications, des conférences, des journées d’études, des colloques et des cours. 20 étudiants de niveau licence, très impliqués, les suivent. J’anime par ailleurs un module « Écologie et société » en fac de sciences pour des Bac +1. Et l’an prochain se tiendra un séminaire pour des étudiants de master en théologie.

Que percevez-vous de la mobilisation des nouvelles générations et globalement des acteurs chrétiens autour de l’écologie ?
Les jeunes sont dégagés de l’engouement des Trente Glorieuses mais ils ont été pétris dans la croyance du mythe de la science qui résout tout. Beaucoup cependant commencent à être désillusionnés et s’orientent vers des modes de vie plus simples, plus harmonieux avec leur être profond. Pris par le sentiment d’urgence, ils sont encore beaucoup dans le quoi faire, avant de se poser des questions de sens. Je perçois néanmoins chez eux des consonances spirituelles très fortes. Les chrétiens devraient être les premiers concernés par la sauvegarde de la Création, en harmonie avec des non chrétiens qui perçoivent en St François d’Assise un modèle.
Aujourd’hui peut-être la majorité des catholiques se réveillera-t-elle parce que le Pape parle d’écologie. Je sens un véritable « décollage ». Je suis sollicité, par exemple, par le réseau « Elus et Politique » pour leur pèlerinage à Lourdes ou pour intervenir devant 150 prêtres en septembre. Suite aux premières Assises chrétiennes de l’Écologie de 2011 était née une kyrielle d’associations. Ce serait important qu’elles agissent de manière complémentaire. Pauvreté franciscaine, sobriété heureuse, ascèse orthodoxe ; toutes les sensibilités se recoupent. Il s’agit des mêmes interrogations sur nos limites humaines et le sens de l’existence des autres êtres vivants.

Qu’avez-vous apprécié dans l’encyclique Laudato Si’ ?
Qu’il ne s’agit pas d’un simple appel à agir de façon écologique. Un véritable changement de regard sur la nature (la considérer comme un stock de ressources à notre service est presque un péché) et sur l’activité humaine nous est demandé. Le Pape François montre combien ces relations sont insécables, précarité des pauvres et fragilité des écosystèmes se rejoignant. Il montre en permanence comment tout est lié : pauvreté, paix, nature, respect, dignité, culture du déchet, crise économique, etc. Il démontre qu’on ne peut pas être gardien du Christ si on n’est pas gardien de son frère ET gardien de la Création. Cette lecture m’a donné beaucoup de joie. Le Pape a notamment osé employé le mot « décroissance » et donné une vraie définition de l’écologie intégrale. En plus, il ne joue pas sur le catastrophisme mais se place dans une posture d’espérance en l’humanité au nom du regard que Dieu a mis sur le monde. Nous ne manquons pas d’outils spirituels pour nous convertir.

2èmes Assises chrétiennes de l’écologie

Du 28 au 30 août, le parc des expositions de Saint-Étienne se transformera en véritable ruche verte. Au programme : des réflexions éclairées par des experts (conférences plénières, tables-rondes et une centaine de forums adultes et enfants aussi bien autour de la transition énergétique que des animaux dans la Bible, de l’agroécologie au service de l’emploi ou encore de François d’Assise), des ateliers pour les familles (cuisine, fabrication de nettoyants, création de sacs…), des contes, des films, des randonnées et de la convivialité notamment à travers l’hébergement proposé au maximum chez l’habitant.

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Published by Denis CHAUTARD - dans écologie
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commentaires

francoisjean 20/07/2015 11:53

Il y a actuellement sur terre 7,5 milliards d’êtres humains. Ils ne se contenteront certainement pas de belles paroles imbibées d’idéologie créationniste. Maurice Zundel rapportait qu’une femme pauvre lui disait avoir tout le temps pour prier, alors qu’elle n’était pas sûre de pouvoir faire manger ses enfants rentrant de l’école. Il rapportait aussi la parole d’une femme pauvre qui disait que la plus grande souffrance des pauvres résidait dans le fait que personne n’avait besoin de leur amitié !! Je n’ai pas non plus de solution illusoire à proposer dans le cadre de la chienlit économique qui s’apparente quasiment à une « guerre nord-sud » déjà évoquée en son temps par le pape JP II, mais, avec Maurice Zundel, je suis sûr qu’aucune solution viable et pérenne ne pourra être trouvée sans que soit auparavant défini « de quel Dieu parlons-nous, et pour quel Homme ? ». Il me semble que devant l’importance cruciale de la conversion qui nous est demandée par le pape François, un minimum d’effort pourrait être fourni par la théologie pour sortir des sentiers battus, donc du créationnisme.