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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 15:50
En Ardèche, les agriculteurs luttent contre la sécheresse

Les exploitants n’ont plus le droit de pomper les eaux du Doux, placé en niveau « crise » par la préfecture.

Près de 40 °C à l’ombre et autant sous le crâne. L’agriculteur s’est remis de la forte fièvre attrapée le soir dans ses champs de maïs. Entre chien et loup, il s’y rend pour dérouler son système d’arrosage.

« Il y a toujours un joint à changer, ou un tuyau à déboucher, racontait-il fin juillet.Et, faute de temps, je dois m’y coller pendant que l’eau arrose mes champs. »Ni vu ni connu. Car il n’a pas le droit de pomper dans le Doux, la rivière coulant dans ce vallon ardéchois.

Depuis le 17 juillet 2015, le bassin-versant de cette rivière se jetant dans le Rhône a été placé en niveau « crise » par la préfecture de l’Ardèche. Excepté les plantes sous serre, et encore, sous conditions, aucune culture ne peut être arrosée par ses eaux. Mais, comme nombre de ses confrères, l’agriculteur, qui préfère taire son nom, ne s’y résout pas.

TELLEMENT PEU DE PLUIE, QU’IL Y AVAIT « À PEINE DE QUOI MOUILLER LA POUSSIÈRE »

Et il assume. S’il n’arrosait pas ses champs, les maïs brûleraient sur pied, et ne donneraient pas d’épis à ensiler. Faute de quoi il ne pourrait pas nourrir ses 60 vaches à lait et ses 70 génisses. Déjà que la canicule le force à donner de l’eau du réseau à ses vaches – « un surcoût de 1 000 € » –, et que ses montbéliardes donnent trois à quatre litres en moins de lait…

Si des précipitations sont attendues dans la soirée, les jours de pluie se comptent sur les doigts d’une main depuis le 16 juin. Et quand il est tombé un peu, il y avait « à peine de quoi mouiller la poussière », grimace l’agriculteur.

La situation n’épargne pas davantage François Soubeyrand, dont les 8 000 cerisiers s’étagent sur 20 hectares, situés sur les hauteurs de Désaignes. Lui a fini de récolter ses derniers fruits le 23 juillet. Tous gorgés de sucre, mais plus petits que les années précédentes. « En raison de la canicule, le calibre a baissé », explique-t-il.

> À lire aussi : Sécheresse : agriculteurs et éleveurs en souffrent-ils ?

« LES CERISES N’AIMENT PAS LA CHALEUR »

Dans ces rangées, il ne récolte que des cerises de 24 millimètres. Loin des belles agates rubis de 28 mm qu’il récolte habituellement. « Les cerises n’aiment pas la chaleur, et nous sommes en surchauffe depuis le 8 juillet », affirme François Soubeyrand.

Comme les saisonniers ne peuvent récolter qu’un nombre de fruits limité, cette baisse du calibre a un impact direct sur les comptes de l’exploitant.« Certains n’ont cueilli que 10 kg à l’heure, contre 15 kg avec les plus gros calibres », comptabilise-t-il.

Sans compter que les fortes chaleurs ont épuisé les énergies. En bout de course, l’arboriculteur estime la perte à 20 000 €, sur un chiffre d’affaires moyen de 350 000 €. « Ce sont les derniers chiffres qui comptent… Ce qui manque, c’est toujours la marge. »

Et encore a-t-il pu irriguer ses terres. Au pied des cerisiers, un cercle de mauvaise herbe indique où est retombé le brouillard d’eau projeté, à raison de vingt litres à l’heure. L’eau est puisée dans une retenue collinaire de 10 000 mètres cubes alimentée par ruissellement.

Elle est située dans un ravin en contrebas, où il est autorisé à pomper. « Il nous reste encore 2 500 mètres cubes d’eau, on essaie de limiter les prélèvements. » Moins pour ses vergers que « dans l’idée de partager », précise-t-il, tout en regrettant que « les exploitations soient très dispersées ».

LA CHALEUR POSSÈDE TOUTEFOIS CERTAINS AVANTAGES

François Soubeyrand aimerait construire une nouvelle retenue. « Il y a dix ans, la procédure était simple. Aujourd’hui, c’est le parcours du combattant. Sondages géologiques, études d’impact environnemental… Les surcoûts sont importants. Alors que la région est en pleine déprise agricole, et qu’il n’y a pas de risque d’assécher le milieu », regrette l’exploitant, considérant que le couvert végétal remplaçant les espaces cultivés boit en définitive plus d’eau qu’une exploitation.

L’éleveur a aussi cherché à disposer d’une retenue collinaire. Mais la présence d’espèces protégées l’en empêche pour l’heure. « L’écrevisse à patte blanche et un papillon », liste-t-il, le ton las. Pourtant, il en aurait bien besoin. Ne serait-ce que pour éviter la situation catastrophique de 2003.« Le Doux était à sec dès le 11 juillet », se souvient-il.

« Je me remémore bien cette année, dit aussi François Soubeyrand. Les arbres avaient beaucoup souffert. » Rien de tel cette année. Sans compter que l’absence de pluies a également limité les cas de moisissures dans ses champs de cerisiers.

Conséquence, moins de produit perdu et un gain de temps considérable dans les opérations de tri. « La chaleur n’est pas totalement négative », sourit François Soubeyrand. Alors l’arboriculteur de 52 ans et son fils qui gère avec lui l’exploitation y croient. Ils ont mis en terre des plants de cerisiers sur une nouvelle parcelle. Qu’ils espèrent pouvoir arroser avec leur future retenue collinaire.

Malgré la sécheresse, des vendanges très prometteuses

Si nombre de productions agricoles sont rudement touchées par la sécheresse, qui frappe plus de 70 départements en France, les viticulteurs s’attendent à un bon millésime. Dans le Bordelais, les professionnels se réjouissent d’un scénario « presque parfait », les chaleurs empêchant le développement du mildiou et de l’oïdium, deux maladies de la vigne proliférant dans l’humidité. Les récoltes sont toutefois annoncées en baisse en Alsace, en Bourgogne et dans le Beaujolais.

La moisson de blé, elle, s’annonce abondante, en progression de près de 5 % par rapport à l’an dernier. Comme l’orge, le blé a profité d’un hiver clément et d’un printemps chaud et ensoleillé, la canicule estivale n’ayant entravé que « faiblement » la fin de leur croissance. En revanche, le maïs, qui est récolté en automne, souffre davantage de la chaleur et du manque de pluie. La production devrait chuter de 28 % par rapport à l’an dernier. Celle de colza est annoncée en recul de 9 %.

BÉNÉVENT TOSSERI, à Désaignes (Ardèche)

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Published by Denis CHAUTARD - dans Sécheresse
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