Homélie du dimanche 13 septembre 2015

Isaïe 50, 5-8a ; Psaume 114 ; Jacques 2, 14-18 ; Marc 8, 27-35

Jésus interroge ses disciples : “Pour les gens, qui suis-je ?” Les uns disent qu’il est Jean-Baptiste, d’autres Élie, ou bien un prophète. Ils ont leurs catégories. Ils trouvent des références dans le passé. On pourrait dire qu’ils font de l’étiquetage ; bienveillant, positif, mais étiquetage quand même. C’est du passé, du classement, et quand une affaire est classée, quand quelqu’un est classé… J’aime bien la phrase d’un enfant qui disait après une bagarre un peu forte : “Lui, là, il m’a traité de tous les noms, sauf du mien.”

Jésus relance la question : “Mais pour vous, qui suis-je ?” Alors Pierre répond : “Tu es le Messie”. Sans doute parce qu’il a su regarder Jésus autrement, parce qu’il a su voir plus que le visible en Jésus. Il a vu le présent et l’avenir, il a vu l’invisible. Il a vu le mystère de la personne, il a eu le regard du respect, celui qui envisage au lieu de dévisager. D’aucuns veulent voir pour croire. Ici, il est clair que c’est parce qu’il croit que Pierre voit. Il voit tout autre chose et surtout il voit beaucoup plus loin, même si la suite va montrer que son regard est encore fragile. En effet, le Messie dont il parle sera, à son avis, libérateur de l’occupant romain, manu militari. Dès que Jésus parle d’incarnation réelle, de souffrance, de rejet, de mise à mort, Pierre perd les pédales.

2000 ans après, on est dans le même état que Pierre. On trouverait tellement bien que Jésus ne soit plus fragile mais qu’il soit seulement Dieu, le fort, le tout-puissant. Si ça ne dépendait que de nous, il serait celui qui remettrait les choses en ordre et ferait triompher le bien. Or la seule toute puissance de notre Dieu est celle de son amour manifesté à travers son Fils et, depuis, à travers chacun des hommes et des femmes, jusqu’à chacun de nous aujourd’hui. Accepter que Jésus soit quelqu’un d’autre que l’idée que je me fais de lui et, en même temps reconnaître, croire, que c’est bien aux hommes que Dieu a voulu confier son visage à montrer, à incarner.

Je repense aux membres de cette famille venus me parler de problèmes graves. Des phrases leur échappaient, bien compréhensibles : “Dieu pourrait faire quelque chose. Vous pourriez prier.” Et petit à petit le ton change. Ils disent leur surprise de n’avoir pas craqué : c’est inexplicable, au fond. Et ils évoquent ce qu’on peut appeler des signes : “On fait face ensemble avec les enfants. On a de bons voisins : ils nous ont invités à de bons moments simples : ça remet debout.” Alors j’ai pu leur dire : “Il est là, le Dieu de Jésus Christ”, le Dieu dont l’amour est tout-puissant. Pour eux des gestes d’amour ont dit (fait) Dieu, ont fait exister pour eux la présence de Dieu amour.

Il y a quelques années nos amis protestants ont édité un petit fascicule qui s’appelle Dieu s’approche. J’y ai lu ceci : “Les chrétiens croient qu’en Jésus Christ Dieu s’est approché de nous. Qu’il nous rejoint dans notre humanité. Qu’il rejoint chacune, chacun d’entre nous dans ce que nous avons d’unique… En Jésus, Dieu a éprouvé notre condition humaine. Il a connu la joie et les peines, l’amitié et la fidélité, le rejet et la trahison, le doute et l’espérance, la tentation, l’angoisse et la mort. Comment être plus proche de l’humanité qu’en vivant la réalité d’une vie d’homme ? Ainsi, ce Dieu qui vit, qui souffre et qui meurt en Jésus comprend ce que veut dire vivre et mourir. Et du même coup, regardant ce qu’a été la vie de Jésus, nous comprenons ce que signifie véritablement l’existence humaine.

S’il y a un lieu où Dieu n’aurait pas dû être présent, c’est bien celui de la mort ! Or c’est précisément là que Dieu choisit de se révéler pleinement en Jésus. Comment pourrions-nous l’imaginer plus proche de nous ? La croix où meurt Jésus n’est pas la démonstration sensationnelle de l’existence de Dieu. C’est le contre signe qui révèle la présence de Dieu là où on l’attendait le moins. Au travers de son existence, Jésus a toujours été le visage d’un Dieu présent, proche et solidaire de nous. Et non pas le messager d’un Dieu qui s’imposerait, qui briserait notre liberté de croire par la force ou le sensationnel… ”

Le théologien Henri Denis écrivait : “Le Christ est celui qui a transfiguré le sacré en sainteté… Le sacré implique la distance, tandis que la sainteté est le fruit de l’Alliance… Seul Jésus peut se présenter comme le médiateur de l’Alliance nouvelle.”

Pour moi, disait joliment Paul Guth, Jésus Christ est le Dieu que nous pourrions être.”

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes


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