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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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18 septembre 2015 5 18 /09 /septembre /2015 18:54
Homélie du dimanche 20 septembre 2015

La faiblesse et la force (d’après Marc 9, 30-37)

Nous le savons bien : ce qui est crucifiant, humble, fragile, ce n’est pas de cela que nous parlons en premier. Nous avons même appris à masquer les côtés grotesques et faillibles de notre être. Il faut dire que ce n’est pas à la mode. Être le plus grand, le plus en vue, attirer les regards, vivre sur le modèle du batailleur : voilà ce qui accapare tant de conversations, d’ambitions, d’énergies, d’intrigues. Partout l’impératif de la performance ! Parfois à n’importe quel prix. Et pourtant, bien souvent l’excellence se manifeste aussi sous les signes de son contraire : est premier qui se fait dernier. Tel est Jésus. Il appelle au grand détachement, celui qui consiste à se décentrer du seul souci de soi. Il renverse les références : le plus grand est celui qui est capable de se porter au plus bas. Le premier est celui qui a la force de se placer en position de service. Jésus s’écarte de l’impératif de la puissance dominatrice. Non pas qu’il fasse l’apologie de l’impuissance : est vraiment puissant celui ou celle qui parvient à surmonter la tentation de dominer les autres. Voilà ce qui questionne nos imaginaires des finalités triomphales : la voie bonne, salutaire, dont parle le Christ est aux antipodes des victoires que promettent tant de nos chemins terrestres. Elle est à l’opposé des imaginaires communs de réussite : le bonheur n’est pas au bout du déploiement d’une ultrapuissance humaine. Ainsi Jésus s’écarte quand la foule veut le faire roi. Il fait preuve de non-violence lors de son arrestation : il écarte le glaive. À l’inverse du Messie nationaliste guerrier et vainqueur, Jésus connaît la défaite : il est livré à une mort déshonorante. Il n’a pas de peuple mobilisé derrière lui, mais il meurt seul, et plutôt méconnu, pour sauver tous les autres. Il se retrouve abandonné : « Les disciples l’abandonnèrent tous et s’enfuirent » (Mt 26, 56; Me 14,50). Jésus aurait-il été un naïf de plus dans l’Histoire, tant il est vrai que ce n’est pas cette logique qui meut les peuples ? Pourtant, qui est lucide en face de la violence que provoquent les rêves de domination ? Celui qui cherche la toute-puissance au point de masquer sa finitude, ou celui qui assume l’humilité inhérente à sa condition humaine ? Pour les évangiles, c’est celui qui se démarque de la volonté de toute-puissance qui voit clair dans le rapport des hommes à la violence. L’interrogation à laquelle ils se heurtent est en effet la suivante : pourquoi la mort de Jésus a-t-elle été provoquée ? Une réponse est mise dans sa bouche, au moment où il atteint le seuil maximum de faiblesse. Ses meurtriers ne se connaissent pas, ou ne s’avouent pas leur réalité : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Le paradoxe est que Jésus, en assumant jusqu’au bout le tragique de l’existence, a été ressuscité à une vie nouvelle. De même que durant l’Exode, c’est le peuple désarmé qui a traversé la mer, c’est un Jésus sans armure qui a traversé la mort avec la force de Dieu. Il est entré dans une nouvelle manière d’être à notre monde et il continue d’irriguer des itinéraires individuels et collectifs qui inscrivent un peu de bonté dans une humanité pleine de bruit et de fureur. ■

Jean-Yves BAZIOU, prêtre et théologien à Paris

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Published by Denis CHAUTARD - dans homélie
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