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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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12 septembre 2015 6 12 /09 /septembre /2015 20:49
Rugby  : Thierry Dusautoir, la force tranquille d’un capitaine

Le capitaine du XV de France veut « savourer » sa dernière Coupe du monde de rugby. Il parle posément de son sport, de sa foi et de son aspiration à un meilleur vivre-ensemble

Dans le calme apparent de la résidence du XV de France au Centre national de rugby de Marcoussis, Thierry Dusautoir vient d’achever une lecture. Une biographie de Winston Churchill, homme solitaire et symbole de résistance.

Lors d’un discours resté célèbre devant la Chambre des communes en 1940, le premier ministre britannique n’avait eu« rien d’autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur ».

Le capitaine des Bleus qui aime l’histoire nourrit-il la même promesse de sacrifices, alors que le coup d’envoi de la Coupe du monde de rugby sera donné le 18 septembre en Angleterre ? Et pour qui ? Pour lui, pour ses coéquipiers, ou pour ses adversaires ?Le rugby est un sport de combat qui s’accompagne facilement de superlatifs guerriers, et la compétition une machine à « rêves ».

Lucide sur les chances de l’équipe de France dont les dernières performances ont été mitigées et sur son propre état de forme, Thierry Dusautoir veut « connaître le même moment que celui face aux All Blacks en Nouvelle-Zélande en 2011, une finale aussi, et la gagner cette fois ! ».

Quatre ans d’attente, les yeux rivés vers cet objectif. À presque 34 ans, le Toulousain vient de subir une préparation physique de deux mois, à raison de trois à quatre entraînements par jour. La peine, la sueur, les blessures, lui et ses hommes connaissent.

L’APPORT DES ARTS MARTIAUX

À l’écart quelque temps en août à cause d’une contusion au genou, il décrit, deux béquilles posées à ses pieds, la force déployée afin de« sculpter son corps, avoir une course et une carrosserie efficaces » pour le jour venu.

« Au moment de ces efforts intenses, on aimerait être ailleurs, avoue-t-il dans un sourire. On est parfois seul. C’est un moment d’introspection où il ne faut pas relâcher l’effort. Les préparateurs physiques s’arrangent pour que l’on n’arrive pas à nos limites mais qu’il reste, mentalement, une petite réserve pour les repousser et atteindre nos objectifs. »

Loin des familles, les activités extra-rugbystiques, façon « commandos » dans les Alpes ou les Pyrénées, s’ajoutent pour souder l’équipe. « Le rugby est un sport très collectif, où l’individu passe après le groupe », rappelle-t-il. Et quand il y a 31 personnalités retenues pour la compétition, il est parfois difficile d’effacer les individualités au profit du groupe.

Doux et réservé, Thierry Dusautoir estime que « le rôle de capitaine doit être fédérateur » et « dépend du caractère ». « Je crois à la notion d’exemple, insiste-t-il. Je suis très rigoureux. Je suis exigeant avec moi-même et je le suis avec les joueurs. J’insiste sur les détails. Sans doute il y a de meilleurs communicants que moi mais chacun fait en fonction de son vécu. »

Cette discrétion, qui lui a été parfois reprochée, est un effet de la concentration. Avant de commencer le rugby à 15 ans à Trélissac, près de Périgueux, Thierry Dusautoir pratiquait le judo depuis l’âge de 4 ans. Il rit de ne pas avoir arraché le grade de ceinture noire mais ce sport lui a enlevé l’appréhension du contact.

« Les arts martiaux m’ont construit, par la discipline, par le respect. Ils m’ont apporté l’introspection. Je suis centré sur moi-même, c’est la meilleure manière d’aider mes coéquipiers. Je préfère être économe en mots mais être juste. »

UNE « PETITE AIDE » SPIRITUELLE

Cette concentration, c’est un regard de jais au moment d’affronter l’adversaire, celui qui fixe le Néo-Zélandais Piri Weepu sur la pelouse de l’Eden Park d’Auckland en finale de la Coupe du monde 2011. Ce soir-là, les joueurs du XV de France avancent, poussant en avant leur capitaine, de façon à dessiner un V, la pointe d’une flèche, face au haka des All Blacks.

« Je n’ai qu’une idée en tête : battre mon adversaire. Face à un chant très agressif et guerrier, on est pris aux tripes. Soit on le subit, soit on le défie. On a décidé de le défier. Pour arriver à cet état mental, c’est un chemin. Dans nos yeux, on peut lire tout notre parcours, nos difficultés, notre détermination à ne pas sortir par la petite porte. Quand on fait cela, il ne faut pas être ridicule et assumer derrière. Et je n’ai pas de regrets sur ce match. »

Catholique ayant grandi à l’école primaire des Sœurs de Notre-Dame des Apôtres à Divo, à 200 kilomètres d’Abidjan où il est né, Thierry Dusautoir fait aussi appel à sa foi pour se surpasser.

« Les moments de recueillement, c’est important quand on est sportif, face à soi-même, avec une certaine pression. Il faut réussir à aller au-delà et, moi, cette force-là, je la trouve dans la prière. Je prie avant tous les matchs. Je m’isole pendant mon échauffement individuel et je prie pour moi, les autres, les adversaires, et pour que personne ne se blesse. C’est très personnel mais je me sens plus serein. »

Avec beaucoup de pudeur, le capitaine révèle qu’il lui « arrive aussi de lire des passages de la Bible dans la semaine », à Marcoussis. Mais pour s’amuser aussitôt des reproches que lui fait sa maman Kekane, protestante d’origine ivoirienne. « Ma mère est très croyante et pieuse. Elle me gronde souvent parce qu’elle trouve que je ne prie pas assez ! »

Thierry Dusautoir est convaincu qu’il a reçu cette « petite aide » spirituelle pour réaliser son parcours. Cependant, raconte-t-il : « J’ai joué au rugby pour partager les commentaires du lundi matin et les troisièmes mi-temps avec mes amis de lycée. Mais on ne se refait pas. J’avais envie d’être performant et de gagner. J’étais déjà rigoureux et avais besoin d’être sérieux. »

C’est ce qui lui permet de griller les étapes et de devenir professionnel en seulement quatre ans. Tout en suivant des études d’ingénieur en chimie des matériaux après « math sup », il signe son premier contrat à Bègles-Bordeaux, puis joue à Colomiers, dans la banlieue toulousaine, au Biarritz Olympique et enfin au Stade toulousain.

MEILLEUR JOUEUR DU MONDE EN 2011

Avec son club actuel et le XV de France, Thierry Dusautoir s’épanouit au poste de troisième ligne aile. « Ma spécialité, c’est le plaquage et la zone des rucks (mêlées ouvertes) dans lesquels je récupère les ballons pour permettre une sortie de balle propre et rapide à notre demi de mêlée et avoir un bon tempo de jeu. »

Dans ce registre de flanker, il est admiratif de « la carrière exceptionnelle »de son vis-à-vis, le capitaine des All Blacks, Richie McCaw. « C’est la référence à ce poste. Il a initié beaucoup de nouvelles attitudes chez les troisièmes lignes. Il a souvent été le premier à savoir comment contournerla règle et poser les bonnes questions aux arbitres. Ces attitudes ont été copiées dans le monde entier. »

Il n’empêche que c’est Thierry Dusautoir qui est élu le meilleur joueur du monde en 2011.

Après six années à la tête des Bleus, la fonction de capitaine l’a grandi.« Elle m’a fait évoluer. Confronté à la presse, aux explications, aux contre-performances, aux mauvais passages, je suis rentré dans un accélérateur de maturité. J’ai assumé. Quand on a des responsabilités, on est seul, on n’est pas sûr de soi. Ce n’est pas facile de faire les bons choix. La leçon, c’est que je suis devenu plus indulgent avec les décideurs, les politiques et les chefs d’entreprise. »

Les pieds sur terre, inspiré par ce rôle de meneur, il se glisse déjà dans la peau d’un entrepreneur, conscient qu’un rugbyman ne vit pas de sa carrière après 35 ans.

> (Re)lire : Thierry Dusautoir désigné joueur de l’année par l'IRB

AU PARADIS DES ENFANTS

Après avoir créé une société d’envoi de SMS pour des entreprises, Thierry Dusautoir a lancé une société d’importation de fruits d’Amérique du Sud, en particulier d’Argentine, pays de son épouse Sofia. « Je ne fais pas de concurrence aux producteurs français, s’amuse-t-il, parce que je suis à contre-saison, j’importe des fruits exotiques ! »

Tout un symbole de son histoire. Ses grands-parents français, installés en Côte d’Ivoire depuis 1949, possédaient une plantation de 300 hectares en café et cacao. « Le paradis des enfants » où il allait chaque fin de semaine et dont il se souvient « les bruits, les parfums, les odeurs ». Celles « des plats spécifiques que ma mère nous faisait et nous fait toujours, la sauce gombo, la sauce graine… ».

Cet univers, Thierry Dusautoir l’a quitté à 10 ans pour habiter la France, où il venait deux mois en vacances tous les étés. « Je connaissais le début de l’automne mais pas l’hiver, ni l’école. » Mais cela a suffi à forger une vision de la vie.

Celle d’un garçon « métis, de père blanc et français et de mère noire et ivoirienne », révolté par « l’obscurantisme » après les attentats de janvier, comme il l’a exprimé dans une note de blog intitulée « Je suis Charlie ».

« On était face à l’horreur. J’avais envie de dire que ce n’est pas dans ce pays-là que je voulais vivre. Je me sens français. Et dans la France que je connais, il y a beaucoup de gens différents, d’origines, de cultures et de religions différentes, qui arrivent à vivre en paix et en harmonie. »

> (Re)lire aussi : Rugby : Thierry Dusautoir, l’humble guerrier

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BIO EXPRESS

18 novembre 1981. Naissance à Abidjan (Côte d’Ivoire), d’un père français, professeur de physique-chimie aujourd’hui décédé, et d’une mère ivoirienne. Thierry Dusautoir a une sœur de 30 ans et un frère de 13 ans. Il est le père de Canela, 7 mois.

1991. Arrive en Dordogne.

1996-2006. Commence le rugby à Trélissac, puis joue à Périgueux, Bègles-Bordeaux, Colomiers et Biarritz.

17 juin 2006. Première sélection avec le XV de France contre la Roumanie. Cette année-là, il rejoint le club de Toulouse.

2007. Révélation de la Coupe du monde. En quarts de finale contre les All Blacks, il enchaîne 38 plaquages, dont 29 seul, et marque un essai. La presse anglaise le surnomme « Dark Destroyer ».

2009. Devient capitaine du XV de France.

18 septembre 2015. Début de la Coupe du monde à Londres.

Troisième ligne aile, Thierry Dusautoir, 1,88 m, 103 kg, est détenteur de 76 sélections et du record de capitanat. Finaliste de la Coupe du monde et meilleur joueur du monde en 2011. Finaliste de la Coupe d’Europe en 2006 et 2008. Vainqueur du Tournoi des six nations et de la Coupe d’Europe en 2010. Champion de France à cinq reprises.

CORINNE LAURENT

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Published by Denis CHAUTARD - dans Rugby
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