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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 06:57
Homélie du dimanche 8 novembre 2015

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 12,38-44.
En ce temps-là, dans son enseignement, Jésus disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques,
les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners.
Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »
Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes.
Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie.
Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres.
Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »

Homélie

Ce jour-là, le prophète Jésus donne un cours de sociologie. Il est assis sur l’escalier qui conduit à la salle du trésor, et il invite ses disciples à observer le fonctionnement du Temple. Beaucoup de gens riches déposent de grosses sommes dans les troncs. Et voilà qu’une pauvre veuve s’avance et glisse deux petites pièces, deux leptes. C’est la plus petite monnaie de l’époque : deux centimes, deux fois rien. Mais pas rien pour elle.

L’apparition de cette veuve dans la salle du trésor du Temple a quelque chose d’un peu incongru. Voilà que d’un seul coup le trésor du Temple n’est plus une montagne d’or mais une veuve. Or il faut savoir que les veuves, au temps de Jésus, sont des exclues. N’ayant plus de mari elles n’ont plus de raison sociale, elles n’ont plus d’existence sociale. Et comme il n’y a pas de sécurité sociale, les veuves sont condamnées à la pauvreté. Aux yeux de Jésus c’est pourtant cette veuve qui est la seule richesse. Ce n’est pas de l’argent qu’elle apporte, mais sa vie : Regardez, dit Jésus. Elle donne sa faim. Elle épuise ses réserves,“tout ce qu’elle avait pour vivre.” Le texte grec dit même : Elle a donné toute sa vie.

De plus, la figure de cette veuve est la dernière figure qui apparaît dans le ministère public de Jésus. Son enseignement avait commencé par un “Bienheureux les pauvres” et il se termine sur cette exaltation de la pauvreté qui sait tout donner.

Quelques siècles plus tôt, sur la parole du prophète Elie, la veuve de Sarepta, avec confiance, osait accomplir une démarche semblable. Comme la veuve de Jérusalem, elle épuise ses dernières réserves. Elle sacrifie son reste de farine et, du coup, son geste devient sacré. Sans y penser peut-être elle accomplit une forme de liturgie. En ce temps-là en effet la farine pouvait être offerte en sacrifice. Naturelle, ou arrosée d’huile et d’encens, et même sous forme de gâteau. Ça pouvait être de la farine ordinaire ou, mieux encore, de la fleur de farine, moulue plus longtemps et tamisée plus finement.

Les riches, d’après Jésus, donnaient beaucoup, mais préservaient pour eux bien plus encore. La pauvre veuve donnait apparemment bien peu, mais elle ne gardait rien. En elle, Jésus reconnaît quelqu’un qui ressemble à Dieu. Car selon Jésus, il n’est pas unamour véritable, celui qui ne se traduit pas en gestes pratiques.

Jusque là, on pourrait croire qu’il s’agit d’une leçon de morale. Mais non, c’est bien autre chose : la veuve de l’évangile, c’est sa vie qu’elle partage puisqu’elle donne, dans un geste un peu fou, “tout ce qu’elle avait pour vivre,” toute sa vie. Par là, elle annonce le don que Jésus va faire de sa propre vie, quelques jours plus tard, pour que le monde soit sauvé. Et la veuve de Sarepta a fait une démarche semblable : elle a donné au prophète Elie jusqu’à sa dernière poignée de farine.Ces textes ne sont donc pas des leçons de morale, ce sont des paraboles de Pâques : l’annonce du salut et de la vie par le don gratuit de soi. Il ne s’agit pas d’abord ici d’entendre quelque conseil d’humilité ou de générosité. Il s’agit bien de se mettre en présence du Christ ressuscité.

Michel Scouarnec l’a dit à sa façon : “En réalité, la pauvre veuve c’est le Christ, personnage central du récit. Jésus parle sans doute autant de lui-même que des scribes et de la veuve, et il enseigne ses disciples à partir de ce qu’il voit et de ce qu’il vit. N’imitez ni les scribes prétentieux, ni les gens riches, mais plutôt cette pauvre veuve. Ne donnez pas seulement de votre savoir et de votre superflu, mais donnez tout, donnez votre vie. Moi aussi, je ressemble à cette pauvre veuve. Son geste préfigure ce que je vais faire. Je n’ai rien, ni argent, ni maison, et cependant je vais tout donner de ma vie, de ma dignité. Vous aussi, faites cela en mémoire de moi !

Nous venons de vivre la Toussaint. Voilà deux belles figures de Toussaint : deux veuves, deux femmes si vivantes et si croyantes. Parce qu’elles ont tout donné, “tout ce qu’elles avaient pour vivre”, nous croyons que le miracle continue selon la promesse d’Elie : “Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra.” A la Toussaint nous avons pensé à tous ceux qui nous manquent douloureusement mais qui, secrètement, nous nourrissent encore comme la fleur de farine de la veuve de Sarepta.

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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Published by Denis CHAUTARD - dans homélie
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