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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 09:08
Homélie du dimanche 31 janvier 2016

A Nazareth, les choses ne se passent pas très bien après la prédication de Jésus à la Synagogue. Nous poursuivons ce dimanche la lecture du chapitre 4 de l’évangile selon saint Luc.

Dans la synagogue de Nazareth, après la lecture du livre d’Isaïe,
Jésus déclara : « Cette parole de l’Écriture que vous venez d’entendre,
c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. »
Tous lui rendaient témoignage ;
et ils s’étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche.
Ils se demandaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? »
Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton :
'Médecin, guéris-toi toi-même.
Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm :
fais donc de même ici dans ton pays !' » Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis :
aucun prophète n’est bien accueilli dans son pays.
En toute vérité, je vous le déclare : Au temps du prophète Élie,
lorsque la sécheresse et la famine ont sévi pendant trois ans et demi,
il y avait beaucoup de veuves en Israël ;
pourtant Élie n’a été envoyé vers aucune d’entre elles,
mais bien vers une veuve étrangère,
de la ville de Sarepta, dans le pays de Sidon.
Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ;
pourtant aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman, un Syrien. »
À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux.
Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville,
et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où la ville est construite,
pour le précipiter en bas.
Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin.

« La Joie de Dieu est notre rempart » – disaient les exilés revenus d’exil et rassemblés autour d’Esdras, – un rempart contre la tristesse, l’angoisse, les épreuves, la culpabilité qu’ils avaient vécues. En écoutant ce que dit Jésus, les gens de son village ne pleurent pas de joie, mais plutôt grincent des dents. Dès le début de son Evangile, saint Luc raconte comment, à Nazareth qui représente ici tout Israël, Jésus est rejeté et exclu par ses compatriotes qui essaient même de le tuer. L’escarpement de la colline d’où ils veulent le précipiter annonce déjà le Golgotha où sera dressée sa croix. Dès le commencement de la mission de Jésus, Luc le présente souvent comme un Messie de rupture et anticipe en quelque sorte sa mise à mort. La violence des gens de chez lui dans le récit de Luc s’explique peut-être par le fait que lorsqu’il écrit son évangile, vers 90, la rupture a pratiquement eu lieu entre juifs et chrétiens : ceux-ci sont chassés des synagogues et n’ont plus le droit d’y prêcher. Luc est l’évangéliste qui insiste le plus sur l’universalité du message du Christ et du salut qu’il apporte. Universalité déjà proclamée par Elie, Elisée, les prophètes de l’exil à qui Jésus fait référence. Universalité qu’il vient accomplir, mais qui sans doute ne plaît guère à tous.
Le premier discours de Jésus en saint Luc annonce un aspect essentiel de ses paroles et de ses actes, leur caractère novateur et conflictuel. Alors que tous lui rendent témoignage, il refuse de poser des signes chez lui, citant des proverbes déjà connus : médecin guéris-toi toi-même et nul n’est prophète en son pays. Il justifie son refus en s’inscrivant dans la lignée d’Elie et d’Elisée, qui eux aussi avaient agi hors frontières : de leur temps déjà, ne furent bénéficiaires de leurs signes miraculeux que des païens, déclare-t-il. Le ton de Jésus présente son propos comme un pavé dans une mare, tellement il est polémique et provoque des réactions violentes de rejet de la part de son auditoire, des gens de son pays, de sa religion. L’image de la mare peut guider notre réflexion pour évoquer les rejets qu’il provoque.
Les eaux d’une mare sont des eaux stagnantes, qui ne se renouvellent pas. Elles ne reçoivent pas les eaux vives d’une source, et contrairement aux fontaines, elles n’abreuvent plus les assoiffés, n’irriguent plus les terres stériles et desséchées. Ce sont les eaux mortes d’une tradition mal comprise et mal vécue, quand elle oublie l’aspect dynamique et non statique de sa mission. Une tradition peut se figer en coutumiers et en modèles inchangeables, et ne plus se soucier de se renouveler. Elle déploie toute son énergie à conserver et verrouiller, à restaurer et rétablir à l’identique ce qui existait dans un passé idéalement parfait et immuable.
Les évangiles, et particulièrement celui de saint Luc, montrent comment Jésus vient inaugurer une nouvelle fraternité humaine qui transforme les frontières familiales, nationales ou religieuses. Pour lui, elles doivent être non pas des marques d’enfermement et de replis identitaires ou nationalistes, mais des espaces de rencontre. Lui, le nazaréen, vient habiter et parcourir le pays sans frontière des pauvres du monde entier qui attendent la bonne Nouvelle, des captifs et des opprimés qui attendent la libération, des aveugles qui attendent le retour à la vue.
Saint Paul poursuivra l’œuvre universaliste du Christ et en sera un grand réalisateur. Ayant une double nationalité (!). A la fois juif et citoyen romain, grand voyageur et fondateur de communautés chrétiennes dans les pays méditerranéens, il présentera la terre entière comme ayant vocation à être le pays de Dieu, celui de l’amour universel. Son merveilleux hymne à l’amour ne connaît pas de frontière nous est proposé ce dimanche. Là où règne le véritable amour (l’agapè), là Dieu est présent ;

Recherchez donc avec ardeur les dons les plus grands.
Et maintenant, je vais vous indiquer le chemin par excellence.
J’aurais beau parler toutes les langues des hommes et des anges,
si je n’ai pas la charité, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien.[…]
L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ;
il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ;
il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ;
il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ;
il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ;
il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.
L’amour ne passera jamais. […]
Quand j’étais petit enfant, je parlais comme un enfant,
je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant.
Maintenant que je suis un homme, j’ai dépassé ce qui était propre à l’enfant.
Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ;
ce jour-là, nous verrons face à face. Actuellement, ma connaissance est partielle ;
ce jour-là, je connaîtrai parfaitement, comme j’ai été connu.
Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ;
mais la plus grande des trois, c’est la charité.

Ce qu’écrit saint Paul a fondé une des grandes convictions de Vatican 2. Au fil des siècles, bien des choses dans l’Eglise romaine étaient devenues stagnantes et s’étaient figées dans des rites formalistes, des dogmes réducteurs, des formulations peu intelligibles, des pratiques peu conformes à l’amour dont parle saint Paul. Aux yeux des évêques de toute la terre, il était vital pour l’Eglise, de puiser à la source d’eau vive qu’est le Christ. Il était nécessaire de s’inspirer de sa manière novatrice, libératrice de vivre la Tradition et « d’ouvrir les fenêtres de l’Eglise » comme l’a dit Jean XXIII. Deux aspects sont à souligner ce dimanche.
D’abord l’importance de l’aujourd’hui dans l’évangile de saint Luc. « C’est toi mon Fils : moi, aujourd’hui, je t’ai engendré », disait la voix venue du ciel. « Cette parole de l’Écriture, que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit », dit Jésus après avoir lu les paroles du prophète. Autre était l’aujourd’hui du temps d’Isaïe, autre celui du temps de Jésus. Autres sont nos « aujourd’hui ». Toute parole de l’Ecriture demande à être interprétée, actualisée et non fossilisée. Toute parole de l’Eglise aussi : « L’Église en pèlerinage porte dans ses sacrements et ses institutions, qui relèvent de ce temps, la figure du siècle qui passe » (LG 48). Ses connaissances sont contingentes et partielles comme le souligne saint Paul.
Le Concile a jugé aussi que l’évolution est la loi de toute histoire : celle de l’humanité, celle de la pensée, celle de la vie sur la terre, celle de chaque personne. C’est ce qu’affirme Paul. En cette année de la miséricorde, cette dimension doit être prise en compte. Toute société, toute personne parcourent leur chemin traversent des crises et des épreuves et vivent une évolution. On a parlé, pensé, raisonné comme un enfant, mais avec l’âge, l’aventure de la vie, les changements dans les modes de vie, les progrès de la connaissance, la foi doit tracer son chemin, comme Jésus l’a fait lui-même. C’est sur les chemins des hommes que Dieu est venu marcher avec eux, les accompagner, les éclairer. Faisons lui confiance puisque même avant notre naissance, il croyait en nous comme le dit Jérémie :

La parole du Seigneur me fut adressée :
« Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ;
avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ;
je fais de toi un prophète pour les nations. »
Toi, mets ta ceinture autour des reins et lève-toi,
tu diras contre eux tout ce que je t’ordonnerai.
Ne tremble pas devant eux, sinon c’est moi qui te ferai trembler devant eux.
Moi, je fais de toi aujourd’hui une ville fortifiée, une colonne de fer,
un rempart de bronze, pour faire face à tout le pays,
aux rois de Juda et à ses princes, à ses prêtres et à tout le peuple du pays.
Ils te combattront, mais ils ne pourront rien contre toi,
car je suis avec toi pour te délivrer – oracle du Seigneur. »

Michel Scouarnec, Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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Published by Denis CHAUTARD - dans homélie
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