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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 16:34
En caravane, un prêtre à la rencontre des villages

Par sa mission itinérante, le P. Reneaut maintient le lien des paroissiens avec l’église. Hugues-Olivier Dumez

Dans le diocèse de Pamiers, en Ariège, un prêtre, qui n’est rattaché à aucune paroisse, a été missionné pour rencontrer les habitants, de village en village.

Outre sa caravane, le P. Antoine Reneaut transporte avec lui une porte sainte ambulante pour l’Année de la miséricorde.

De notre correspondant régional Hugues Olivier Dumez à Moulis (Ariège)

Sa caravane est stationnée depuis moins de vingt-quatre heures mais déjà, la présence du P. Antoine Reneaut ne passe pas inaperçue dans ce village de 800 âmes. Ce prêtre de 38 ans s’est d’ailleurs fait un surnom auprès des habitants : « le prêtre vagabond » ! De passage pendant cinq jours à Moulis, dans les Pyrénées ariégeoises, le P. Antoine est là pour évangéliser. Ambitieux ? Si cette visite en caravane semble pittoresque, le P. Antoine n’est pas en vacances. L’arrivée de Janine, au guidon de sa « Mob », vient d’ailleurs le lui rappeler. « Vous êtes attendu pour le café », lance-t-elle avant de faire demi-tour pour reprendre la route.

Des paroissiens ont profité de sa présence pour préparer la messe du dimanche. Les questions sur l’animation liturgique réglées, le P. Antoine saisit l’occasion pour prendre le pouls de cette communauté chrétienne. Dans le village, il n’y a plus de prêtre résident depuis des années. Moulis a été intégré à l’ensemble paroissial de Saint-Girons, dans le Couserans. « Qu’il est difficile de faire revenir les gens une fois que les portes de l’église ont été tenues fermées pendant longtemps », regrette André, 70 ans, qui ouvre l’édifice religieux quotidiennement. « L’église ne fait le plein que lors des enterrements », souligne-t-il, un brin provocateur. « À la sortie de l’école du village, poursuit-il, j’ai distribué des tracts pour proposer de la catéchèse aux enfants. L’initiative, faute de motivation de la part des parents, n’a pas perduré. » Le paroissien craint de voir un jour la messe ne plus être célébrée dans son village mais qu’importe : « Il y a aura toujours une liturgie de la Parole ! »

Cette disposition d’esprit réconforte le P. Antoine, qui, le café terminé, entame son porte-à-porte. Mgr Jean-Marc Eychenne, évêque de Pamiers, a donné carte blanche au plus jeune prêtre du diocèse. Un statut de benjamin que va enfin pouvoir abandonner le P. Antoine en raison d’une nouvelle ordination cette année.

On comprend qu’il ne soit pas anodin pour un diocèse qui compte seulement une trentaine de prêtres en activité de laisser l’un d’eux sans paroisse. « Ce que j’expérimente aujourd’hui, je suis convaincu qu’une nouvelle génération de prêtres sera amenée à le vivre également, souligne le P. Antoine. Quand un jeune prêtre vient d’être ordonné, on lui confie rapidement mille responsabilités, notamment celle de devenir curé. C’est l’une des conséquences de la crise des vocations. Il serait pourtant heureux d’offrir une plus large palette de propositions afin qu’il puisse vive sa mission de prêtre. »

Le P. Antoine parle en connaissance de cause. Ordonné en 2006, il se souvient de ses premières années « à cent à l’heure ». Au point d’être peiné lorsqu’il apprit qu’une paroissienne n’avait pas osé le contacter de peur de le déranger alors qu’elle traversait une épreuve douloureuse. Aujourd’hui, le prêtre est plus en phase avec ce qu’il vivait déjà, chaque été, lors du Festival Anuncio à la rencontre des personnes éloignées de l’Église.

Cette année revêt d’ailleurs une dimension particulière puisqu’il transporte une porte sainte ambulante dans le cadre de l’Année de la miséricorde. Aux personnes qu’il croise, le P. Antoine propose d’inscrire sur le bois le nom de quelqu’un avec qui elles désirent se réconcilier. Sa démarche est assez bien accueillie par ces habitants qui vivent à l’écart des grandes aires urbaines. « Les gens que je rencontre ont davantage besoin de se réconcilier avec l’Église plutôt qu’avec le Seigneur.»

C’est notamment le cas de Marie, surprise de trouver un prêtre à sa porte. « Vous ne me retrouverez jamais dans une église », prévient-elle d’emblée. « C’est pour cette raison que je viens à vous », réplique le P. Antoine. Jeune grand-mère de quatre petits-enfants, Marie finit par l’inviter chez elle et lui explique qu’elle se rendra cette année à Lourdes pour prier avec sa sœur qui n’est pas croyante. « Ne soyez pas toute seule dans votre foi », s’inquiète-t-il tout en lui proposant de prier pour elle. « Vous pouvez prier pour toute ma famille, je ne vous en voudrais pas ! »

paroles

« Ce chemin particulier deviendra celui de la majorité des prêtres »

Mgr Jean-Marc Eychenne, évêque de Pamiers

« Nous avons la conviction que, dans un avenir proche, ce chemin particulier deviendra celui de la majorité des prêtres. Ils rejoindront occasionnellement de vivantes communautés villageoises, avec une petite équipe missionnaire de prêtres, de diacres et de laïcs. Ici, il est question d’apporter le soutien des sacrements et de garder le lien avec une Église plus universelle, de vivre son ministère à la manière de saint Paul.

Le P. Antoine est une sorte de vagabond du Seigneur. Il est le témoin d’une “Église en état de sortie”, comme aime à dire le pape François. Quand le temps de la mission locale s’achève, Antoine retrouve alors un lieu de vie fraternelle, avec d’autres prêtres engagés autrement, et avec son évêque. »

Recueilli par Hugues-Olivier Dumez

La Croix n° 40471du mardi 19 avril 2016 page 13

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Published by Denis CHAUTARD - dans diocèse
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commentaires

Oback 19/04/2016 19:08

Ce qu'il y a de bien dans les Eglises, c'est que beaucoup de choses sont possibles dont on ne se doutait pas.