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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 07:24
Homélie du dimanche 8 mai 2016

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 17,20-26.
« En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : « Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi.
Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé.
Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN :
moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé.
Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde.
Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé.
Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, j
e sois en eux. »

Homélie

Saint Luc (1ère lecture) décrit avec amour la belle figure d’Etienne. Ce jeune juif devenu chrétien est mort, victime de sa largeur d’esprit, victime du courage de sa foi, et de la passion de son amour au service de l’Evangile. Il est tué pour avoir proclamé sa foi en Jésus, Fils de Dieu, mort et ressuscité. Son martyre, hors des murs de Jérusalem, tout près de la porte de Damas, ouvrit à l’Eglise les portes de l’évangélisation du monde. En effet, c’est ce meurtre qui a bousculé la première communauté à sortir des remparts de Jérusalem. Peu de temps après, un autre jeune, témoin consentant de la lapidation d’Etienne, sortira par cette même porte pour gagner Damas. A son tour, il sera enveloppé par la gloire du Ressuscité. Vous avez reconnu Saul de Tarse qui prendra le relais d’Etienne. Rien n’arrêtera la course de l’Evangile.

Avez-vous remarqué comment la mort d’Etienne, le premier martyr chrétien, se trouve présentée tout à fait comme la mort de Jésus : il passe devant un tribunal ; il est entraîné hors de la ville ; il remet son esprit entre les mains du Seigneur ; il meurt en priant pour ses bourreaux. Pendant 3 siècles, les chrétiens seront peu nombreux et soumis au même type de persécution que Jésus, sûrement parce qu’ils sont un danger pour le pouvoir en place. De Jérusalem à Rome, on se méfie d’eux et on essaie de les faire disparaître. Malgré cela, les communautés se multiplient et se développent. Et voici qu’au 4ème siècle l’empereur se déclare lui-même chrétien. Alors les chrétiens sont non seulement acceptés par la société, mais peu à peu prennent les commandes de la société : c’est l’Europe de chrétienté. Mais que devient la foi en situation confortable ? L’authenticité chrétienne se transforme considérablement lorsque les chrétiens ont le pouvoir ? C’est à ce moment-là que naît la vie religieuse : des hommes et des femmes quittent la cité pour le désert. Ils ont comme une mission de guetteurs : Attention, le Royaume de Dieu n’est pas arrivé, même si on est au pouvoir et bien organisés en chrétienté. Ils sont donc de nouveaux dérangeurs, empêcheurs de ronronner, et martyrs eux-aussi quelquefois.

J’aime bien cette constatation d’histoire. Ceux qui essaient d’être vraiment chrétiens ne se font pas tous assassiner, mais ils sont rarement populaires bien longtemps. Et si nous sommes si peu dérangés, nous, c’est toujours une fameuse question : sommes-nous vraiment chrétiens ? Vous savez combien j’aime les petites paraboles. Il y en a une qui aborde avec beaucoup de simplicité cette question. Elle est intitulée : Renoncer au monde : c’est un jeune homme, converti depuis peu, qui demande à un ancien : - Abba, devrais-je maintenant renoncer complètement au monde ?

- N’aie pas peur, lui répondit-il. Si ta vie est vraiment chrétienne, c’est le monde qui immédiatement renoncera à toi.

L’évangile nous place au cœur de la prière de Jésus. Il prie pour nous, qui avons accueilli les paroles de ses apôtres et qui croyons en lui. Et il insiste auprès de son Père pour que notre unité soit parfaite, c’est-à-dire à l’image de celle qui existe entre lui et son Père et qui s’appelle l’Esprit. L’Esprit qui guérit sans cesse la maladie chronique des chrétiens qui est de se déchirer à cause du manque de charité et de communion. Quelquefois ils le font au nom même de l’Esprit. Eh bien ce n’est sûrement pas celui du Christ : car l’Esprit du Christ est bien audace, mais pas révolte ; il est bien amour, mais jamais soupçon ; il provoque bien des tensions, mais ne pousse jamais à s’entre-déchirer.

Je pense au livre de Maurice Bellet, intitulé Le Dieu Sauvage. Curieux titre pour dire qu’on a affublé Dieu au long des siècles de différents oripeaux : certains très sérieux (Dieu de la raison, Dieu des Philosophes) ; d’autres insupportables (Dieu de la guerre – encore de nos jours, des humains vont faire la guerre au nom de Dieu). Tout plein d’oripeaux, dit Maurice Bellet, sauf ceux de l’Evangile. Et son livre qui peut paraître pessimiste se termine tout d’un coup de façon extrêmement paisible avec ce qu’il appelle le Dieu Surgissant (surgissant de l’Evangile), toutes les fois que se tient cette “relation où l’être humain est pour l’autre humain présence bonne et vivifiante. Ce Dieu-la, par rapporte aux dieux installés, est un Dieu surgissant.” C’est en ce Dieu-la que nous sommes heureux de croire.

Robert Tireau, prêtre du Diocèse de Rennes

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Published by Denis CHAUTARD - dans homélie
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