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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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8 mai 2016 7 08 /05 /mai /2016 19:27
« Un corps pour la Mission » : témoignage de Denis Chautard, prêtre de la Mission de France, à Evreux dimanche 8 mai 2016

Ce témoignage a été donné ce dimanche à Evreux lors de la rencontre régionale de Normandie de la Communauté Mission de France

« La Mission de France est à son origine, lors de sa fondation : « UN CORPS DE PRÊTRES POUR LA MISSION » !

Mais ce CORPS – chacun d’entre nous l’est également – s’il fait l’expérience de la mission dans sa propre chair, dans son propre corps.

  1. Un corps pour la « Mission » :

Quoi de plus éloquent, quoi de plus « parlant » - pour évoquer la Mission que notre propre corps !

1°) La « TÊTE » :

La « Tête » c’est le Christ. L’ordination nous configure au Christ. Par notre baptême, notre confirmation et notre ordination nous sommes « liés et re-liés » au Christ !

Savez-vous pourquoi mon patron, Denis, qui est d’abord le patron du Diocèse de Paris, après avoir subi son martyre a continué de marcher (selon la légende) avec sa tête sous son bras ?

Pour ne jamais être séparé du Christ… même pas dans la mort !

La tête c’est ce qui « commande » ! Mais pour le bien du corps tout entier !

2°) Les « PIEDS » : Le corps cela s’entend « de la tête aux pieds » !

Pourquoi les pieds juste après la tête ? Rappelez-vous ce proverbe : « Ils sont beaux les pieds des messagers ! ». Et puis à la Mission de France on aime à dire : « Là où on a les pieds, on a aussi la tête » !

Le prêtre c’est d’abord un messager de la Bonne Nouvelle, de l’Evangile, de la Parole de Dieu. Nous sommes ordonnés prêtres par les pieds à l’instar de Jésus qui, la veille de sa passion ; a lavé les pieds de ses apôtres. Les « missionnaires » sont d’abord des marcheurs et des pèlerins.

La Mission c’est nous déplacer, aller à la rencontre des autres, en terre païenne, aux carrefours des hommes, aux lieux de fractures et de blessures !

3°) Les « YEUX et les OREILLES » : le missionnaire c’est celui qui regarde et qui écoute. Ce n’est pas le regard du voyeur, ce n’est pas l’écoute de celui qui a des « arrière-pensées » pour conquérir l’autre, pour le « convertir » !

Non, le regard, c’est le regard du cœur, la compassion : « on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ! »

L’écoute c’est faire place en soi pour l’autre, c’est se laisser « atteindre » au plus profond de soi !

L’écoute et le regard c’est « connaître » (con-naître = naitre avec) l’autre. Du lieu de notre misère, de notre pauvreté nous en faisons le lieu de notre naissance. Le Pasteur connaît ses brebis et ses brebis le connaissent. Il les aide à mettre bas, à accoucher de leurs agneaux.

Le Pasteur est un « accoucheur » et non un fossoyeur même s’il accompagne chacun dans ce mystère de la souffrance et de la mort. Il est témoin de la naissance de cette humanité nouvelle promise par le Christ.

4°) Les « MAINS ». Dieu si –dans la spiritualité traditionnelle – les mains du prêtre ont été un sujet de méditation privilégié. Ce sont les mains pour offrir le pain et le vin des offrandes. Ce sont les mains pour le partage du pain Eucharistique. Ce sont les mains pour guérir, réconforter, bénir…

Les prêtres imposent les mains lors des confirmations ou des ordinations. Ils appellent et transmettent l’Esprit de Jésus. Les mains sont le symbole du pouvoir et du service, de l’autorité et de la transmission.

5°) La « BOUCHE » : C’est avec sa parole que le prêtre transmet et actualise la Parole du Christ. Il parle et il enseigne, il porte témoignage. Mais attention à ne pas se méprendre « le doigt montrait la lumière et l’imbécile regardait le doigt ! ».

Avec le Christ nous aimons dire « mes paroles sont Esprit et Vie » (Jean 6/62). Le mot Grec pour nommer l’Esprit est ici « pneuma », c’est-à dire « souffle ».

C’est l’Esprit qui donne « Vie ». Nous sommes porteurs de Vie jusqu’à notre dernier « souffle ».

Nous sommes « missionnaires » lorsque la Parole que nous proclamons est « Souffle de Vie », lorsqu’elle est Bonheur pour les pauvres, lorsqu’elle console et restaure dans leur dignité d’hommes et de femmes les « cabossés de la Vie » ! Attention à ne pas l’enfermer dans un code, dans des règles auquel cas elle deviendrait rapidement « lettre morte ».

De « la tête aux pieds » nous sommes ordonnés – c'est-à-dire – donnés tout entier avec nos faiblesses, nos fragilités, nos blessures – nous sommes « ordonnés » c’est-à dire complètement orientés par le service de la parole et de nos frères.

  1. « Corps du Christ pour la multitude » :

C’est le thème de l’Université d’été 2016 de la Mission de France.

Le prêtre est « ministre de l’Eucharistie ». Ce sont les paroles de Jésus lors de la Cène que le prêtre prononce en son nom : « Prenez et mangez en tous », « Prenez et buvez en tous ». Le Christ est –de manière cachée mais bien réelle - pour chaque femme, pour chaque homme – au plus profond de son être – sa raison de vivre, sa quête existentielle…

A nous de rencontrer l’Esprit de Jésus agissant au cœur de nos frères !

Le prêtre est ordonné pour ouvrir la communauté réunie dans l’Eglise à « tous les invités au banquet du Royaume » : la multitude, c’est-à-dire bien au-delà de ceux qui constituent la communauté rassemblée !

Comment cette mission peut-elle être « opérationnelle », c’est-à-dire tout le contraire d’un « vœu pieux » ?

C’est justement dans ce que le pape François appelle une « sortie vers les périphéries », ce que nous appelons – nous - les lieux de fractures et de blessures de l’humanité, les lieux où l’humanité est en « naissance ». C’est mon quotidien avec l’accueil et l’accompagnement des Migrants. En particulier de ceux qui se sentent perdus après avoir quitté leur pays où ils étaient en situation de détresse extrême à cause des violences, de la guerre et de la misère et parce qu’ils sont désormais sans papiers, sans ressources, sans logement … alors qu’ils ne sont pas « sans droits » ! Toute la difficulté est là : reconnaître leur dignité humaine et faire reconnaître leurs droits !

Lorsqu’on accueille les derniers c’est une manière d’ouvrir la porte vers « la multitude » !

Ces femmes, ces hommes, ces enfants sont les « invités » du Seigneur. Comment pourrions-nous les accueillir à la table Eucharistique si nous ne leur faisons pas de place à la table de notre humanité commune ? »

A Evreux le 8 mai 2016

Denis CHAUTARD

Prêtre de la Mission de France

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Published by Denis CHAUTARD - dans témoignage
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