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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 10:28
Dans le jardin potager, la famille Umbadi échange avec le voisin Bernard. / Nadine Barbançon pour La Croix

Dans le jardin potager, la famille Umbadi échange avec le voisin Bernard. / Nadine Barbançon pour La Croix

Depuis plus d’un an, un peu dans toute la France, des citoyens se sont mis à héberger des migrants. Sur le plateau des Petites Roches, près de Grenoble, un collectif d’hébergeurs solidaires, baptisé Un Toit sur un Plateau, s’est créé pour organiser cet accueil dans trois villages de montagne.

Ce mercredi-là, face au massif de Belledonne aux sommets encore piqués de neige, le soleil de midi arrose copieusement les flancs du jardin. Entre les troncs des fruitiers, une petite fille croque un radis. Rebondissant sur ses jambes de cabri, sa cadette sautille jusqu’au ruisseau qu’on entend courir sur les rochers. Penché sur le sol, leur père, Abdellatif Umbadi, sonde la terre du bout des doigts. Il aimerait bien, cet après-midi, planter ses tomates. Pas si vite, le tempère Bernard, son voisin de jardin, « car ce week-end la température va tomber de 4 °C ».

Umbadi ne maîtrise pas encore l’art du jardinage en zone préalpine. Au Soudan, le pays que celui qui était professeur d’arabe dans un collège du Darfour a fui en août 2016, tout était si différent. Pour échapper aux militaires dont il avait dénoncé les exactions, ce quadragénaire a dû embarquer en vitesse sa femme Amani, ses trois petites filles et son neveu, qui habitait chez lui, dans l’aventure de l’exil.

« On se sent bien ici »

Une mer et tant de routes plus loin, la famille, arrivée sur le territoire français à l’automne, a eu de la chance dans son malheur. En décembre 2016, le plateau des Petites Roches, à 30 minutes de route de Grenoble, lui a offert l’asile.

Depuis le 7 décembre, les Umbadi habitent un logement social, dont la mairie de Saint-Hilaire du Touvet paie le loyer tandis qu’un collectif d’habitants assume les charges. Les institutrices de l’école communale se sont mises en quatre pour intégrer dans leurs classes les petites, qui ne parlaient pas un mot de français.

Le père fait du jardin avec Bernard, mais aussi de l’escalade avec Patrick. La mère, Amani, de la gym avec Véronique et de la marche à pied avec Karine. Le couple reçoit des leçons de français de Cécile ou encore de Babette. « On se sent bien ici, on est protégés », résume Abdellatif.

Les Umbadi, qui logent à Saint-Hilaire, ne sont pas les seuls migrants à bénéficier de la solidarité des trois villages qui composent le Plateau des Petites Roches. Une famille d’Azéris a été hébergée deux mois dans un gîte rural de Saint-Pancrasse. Et, depuis un peu plus d’un an, deux Congolais, plus un Angolais, ont été accueillis par une douzaine de familles.

L’histoire a commencé à l’été 2015. Parmi les 2 500 habitants des trois villages, beaucoup travaillent « en bas », à Crolles ou à Grenoble, mais ont choisi d’habiter le plateau, dont l’air pur attire les mordus de parapente, après avoir jadis drainé les habitués des sanatoriums.

Dans ce territoire un peu alternatif, on a l’habitude de se préoccuper des affaires du monde. Certains, au sein de l’association du Grand Tétras, sont déjà engagés dans un réseau de covoiturage ou une Association de maintien de l’agriculture paysanne. Alors quand des images de migrants naufragés en Méditerranée envahissent les journaux, on se sent concerné, chacun à sa façon.

« Accueillir comme moi-même j’ai été accueillie »

« Quand j’ai entendu le pape demander à chaque paroisse d’accueillir des migrants, ça a résonné en moi », se souvient quant à lui Olivier Prache, le directeur d’école et le premier adjoint de Saint-Hilaire. « Moi qui ai beaucoup voyagé et qui ai rejoint mon amoureux sur le plateau il y a deux ans, raconte Aurélie Féron, depuis sa maison de Saint-Bernard, je me dis que je voudrais accueillir comme moi-même j’ai été accueillie ici. »

Accueillir donc. Mais comment ? Chez soi, en famille ? Ou alors dans ces appartements sociaux restés vacants depuis la fermeture de l’hôpital ? Autour de ces questions, des centaines de mails circulent début 2016. Une ruche, composée d’une soixantaine d’abeilles, se met en effervescence. Bientôt le collectif se donne un nom. Ce sera « un Toit sur un Plateau ».

Reste, quand même, à convaincre les autres. En juin 2016, on organise une réunion publique. Beaucoup d’habitants se montrent confiants. Pas tous. « Après, un des maires m’a rapporté qu’on lui avait dit espérer qu’il n’allait pas se lancer là-dedans. Ça nous a fait comprendre qu’on devait tenir compte des craintes », explique Karine Gatelier, bénévole à l’Association demandeurs d’asile (Ada) de Grenoble et habitant Saint-Pancrasse.

Pour ne pas demander trop aux municipalités, un appel aux dons est lancé, qui atteint rapidement 500 puis 700 € par mois. En novembre, poussé par Olivier Prache, le conseil municipal de Saint-Hilaire vote la mise à disposition un appartement, si le collectif paie les charges. Celui de Saint-Pancrasse accepte de prêter son gîte, s’il n’est pas réservé. Et la mairie de Saint-Bernard réfléchit à louer à prix d’ami un logement communal inoccupé.

« Sylvana, je l’appelle maman »

Parallèlement, une autre aventure a démarré. En mars 2016, Sylvana et son mari se sont lancés tout seuls en accueillant dans leur maison Nanga, un exilé angolais francophone que leur a présenté l’ADA. « Sylvana, je l’appelle maman, elle a été ma porte, elle m’a présenté à tous les autres et ici j’ai commencé à me consoler en paix », raconte Nanga, 40 ans, qui loge désormais dans un Cada, un centre de demandeurs d’asile mais qui revient souvent voir ses amis du Plateau.

Car, dans le sillage de Sylvana, une douzaine d’autres familles ont dit banco pour un accueil tournant, moins lourd qu’un hébergement à plein temps : deux semaines chez l’un, plus ou moins, deux semaines chez un autre, etc. Après avoir accueilli Nanga, elles ont ouvert leur porte à Souvé, venu du Congo-Kinshasa, puis, plus récemment, à Stephen, lui aussi congolais.

Avec eux, le mot accueil a pris encore un peu plus d’épaisseur. Dans la maison d’Aurélie et Julien, l’aîné des quatre enfants, qui ne revient que le week-end, a offert sa chambre. Dans la famille de Claske Dikjema, originaire de Hollande, on mange habituellement plutôt végétarien mais on a rajouté un peu de viande. Chez Solène Coulomb, qui a deux enfants tout petits, à Noël, on a prié autour du sapin avec Souvé, chrétien et très croyant.

« Je trouve que mes parents ont bien fait »

Peu à peu, on s’est donc apprivoisé. La question du partage des tâches a été évoquée. Souvé a rentré le bois. Nanga a préparé un repas angolais. Les exilés africains ont découvert qu’en France les enfants usaient beaucoup de leur droit d’expression. Souvent d’ailleurs ce sont eux qui ont posé les questions que les adultes n’osaient pas poser.

On a ainsi appris, à la faveur d’un film regardé ensemble, que Souvé, enlevé à 12 ans, avait été enfant soldat. « C’est dans le quotidien finalement qu’on partage des choses, qu’on se rencontre vraiment », résume Claske. « Au départ, je me suis dit que ça allait faire trop à la maison, mais quand Nanga est arrivé, j’ai vu que ça se passait bien, on a fait du sport ensemble. Je trouve que mes parents ont bien fait », confirme Caas, son fils de 14 ans.

Parfois, cependant, on a vécu ensemble des choses compliquées. Par exemple quand Souvé a failli être expulsé en Espagne, un pays dont il ne parle pas la langue, mais où ses empreintes ont été prises à son arrivée en Europe et où il est censé faire sa demande d’asile selon le règlement Dublin.

« On pourrait penser que, après tout ce qu’ils ont vécu, une fois arrivés en France on va les laisser tranquilles. Mais pas du tout. Toutes ces règles absurdes, ces procédures incompréhensibles sont d’une violence incroyable », résume Solène.

Alors, face à cette réalité administrative, gérée par l’Ada mais vécue quotidiennement par tous, le collectif est amené à se poser des questions qui n’étaient pas dans l’équation de départ. Peut-on garder les Umbadi, auxquels on s’est attaché ? Ou faut-il mettre l’État face à sa responsabilité de loger les demandeurs d’asile ? Doit-on reprendre la famille azérie, actuellement logée dans un centre de Valence, si la justice dit qu’elle doit être expulsée en Italie ? Quelle est l’attitude que l’on a envie d’avoir ? L’empathie ou le militantisme ? Et quel est le choix qui est juste ? L’aventure ne fait manifestement que commencer…

Les réseaux d’hébergement de migrants

Les historiques : en 2015, Singa a lancé la plate-forme « Comme à la maison » (Calm) qui, à Paris, Lille, Paris, Montpellier et Lyon met en relation réfugiés et citoyens en capacité de les héberger pendant 3 à 12 mois. Le Jesuit Refugees Service a aussi créé le réseau « Welcome en France », qui propose, dans une trentaine de villes, à des familles et à des communautés religieuses d’accueillir un demandeur d’asile pendant 4 à 6 semaines.

Les réseaux d’hébergements citoyens conventionnés : à la fin du mois de novembre 2016, le gouvernement a conventionné 11 associations, locales ou nationales, retenues suite à un appel à projets pour l’hébergement citoyen de 1 300 réfugiés.

Une multitude d’autres initiatives. De très nombreuses associations, comme Utopia à Paris, Roya citoyenne près de Nice, l’Ada à Grenoble, coordonnent des hébergements chez les particuliers. Le collectif « Sursaut citoyen », qui a lancé une carte interactive des « 1 000 initiatives citoyennes de solidarité avec les migrants », en recense 213 dans toute la France.

Nathalie Birchem (au plateau des Petites Roches, Isère)

 

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Published by Denis CHAUTARD - dans Migrants
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