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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 06:34
Bérénice, Mohammed et Dauphine. Crédit : Leslie Carretero

Bérénice, Mohammed et Dauphine. Crédit : Leslie Carretero

Mohammed est guinéen. À son arrivée en France en mars dernier, il passe ses nuits sous un pont parisien. Jusqu'au jour où il croise la route de Bérénice, Parisienne de 29 ans. Depuis, l’avenir du jeune homme s’est un peu éclairci.

Un simple regard a fait basculer le destin de Mohammed. Arrivé à Paris début mars, le Guinéen qui ne connait personne en France dort seul sous un pont de la capitale. Bérénice, en pleine séance de course à pied, croise le regard de ce jeune de 19 ans. Ils discutent et se lient très vite d’affection l’un pour l’autre. C’est le début d’une longue histoire d’amitié.

"C’était comme une évidence", raconte aujourd’hui la Parisienne de 10 ans son aîné. La jeune femme journaliste dit n’être jamais venue en aide à quelqu’un dans la rue, ni n'avoir jamais travaillé avec des associations qui viennent en aide aux migrants. Alors pourquoi lui ? "Je ne sais pas pourquoi je me suis arrêtée ce jour-là. Il avait ‘une bonne tête’, il semblait très sympa. Je me suis dit qu’il n’avait rien à faire ici".

La route de l’exil

Un an plus tôt, Momo – comme l’appelle Bérénice – fuyait son pays natal. De son passé en Guinée, le jeune homme au visage angélique ne dit pas grand-chose. Originaire de Kankan, la deuxième plus grande ville après la capitale Conakry, il a été mis à la porte de chez lui par sa mère. Sans ressources, Mohammed survit dans la rue jusqu’au jour où il se décide à partir. Il prend alors contact avec un de ses oncles installé en Belgique. Ce dernier lui assure qu’il prendra soin de lui à son arrivée en Europe.

Un jour de janvier 2016, Mohammed prend donc la route. Direction la Libye. Après avoir mis plusieurs semaines pour traverser le Mali dans la remorque d’un camion, il s’arrête quelques mois à Ghardaïa, une ville algérienne à 600 km au sud d’Alger. Il y fait des petits boulots pour payer le reste de son voyage : de la maçonnerie ou des travaux dans les jardins. Ensuite, le jeune homme à la carrure athlétique rejoint la Libye. Là, Mohammed se renferme. Difficile d’obtenir des détails mais on comprend rapidement dans son regard que le passage dans ce pays en proie au chaos a été difficile. La traversée de la Méditerranée représente un autre moment douloureux à évoquer.

Après six mois passés sur la route, Momo arrive en Italie où il demande l’asile. En attendant, il est logé avec sept autres personnes dans un appartement non loin de la ville de Bologne. "Il n’y avait rien à faire là-bas. On ne mangeait pas bien et on ne pouvait pas travailler", explique-t-il d’un air désabusé.

Le Guinéen pense alors à recontacter son oncle, mais celui-ci ne décroche plus son téléphone. Désemparé, seul, lassé d’attendre une réponse des autorités italiennes qui n’arrive pas, Mohammed s’enfuit et réussit à atteindre Paris. On est en mars 2017. Il ne sait pas que quelques jours plus tard, il fera la connaissance de Bérénice.

"C’est du bonheur ça"

Avec cette rencontre, la chance lui sourit enfin. "C’est du bonheur ça", avoue Momo qui même dans la rue prenait soin de son style vestimentaire : "Il est toujours bien habillé, même le jour de notre rencontre alors qu’il vivait sous un pont. Les chaussures assorties au tee-shirt ou à la casquette, sourit-elle. Il adore la mode et ça se voit, il fait attention à lui".

Après leur première rencontre, Bérénice accompagnée de sa colocataire et amie Dauphine, revient plusieurs fois. Elle lui achète une carte SIM pour qu’ils puissent se joindre plus facilement. Des jours et des nuits durant, les nouveaux amis passent des heures à appeler le 115 pour que Momo puisse dormir sous un toit. D’échecs en échecs – le Samu social n’ayant jamais de place pour lui – les filles se démènent pour trouver des solutions. Elles se renseignent auprès de la mairie de leur quartier et vont même toquer aux portes des églises. Coup de chance, Dauphine tombe alors sur une personne qu’elle fréquentait à l’époque de ses années de scoutisme. Elle apprend qu’une petite pièce est réservée aux personnes sans domicile au sein de la paroisse. C’est donc là que Momo loge aujourd’hui, en attendant de trouver mieux. Le lieu étant un logement de nuit, le jeune homme doit partir chaque matin à 9h et ne peut rentrer qu’après la prière du soir. Le symbole est fort : Momo, bien que non pratiquant, est de confession musulmane.

"Comme mon frère"

Les journées n’en sont pas moins longues : Mohammed ne connait personne à Paris et erre donc seul dans les rues de la capitale quand Dauphine et Bérénice ne sont pas disponibles. Sinon, les deux copines s’alternent pour passer du temps avec celui qu’elles considèrent désormais comme leur petit frère. "Ensemble, on fait du shopping, on se balade. On regarde des films à la maison, dit Bérénice. Je me comporte avec lui comme je le fais avec mon petit frère qui a d’ailleurs le même âge que Momo". Une grande complicité se dégage de leur relation. À tel point que le soir, le Guinéen appelle ses "grandes sœurs" avant de s’endormir.

 

Les parisiennes ne s’arrêtent pas là. Momo a quitté son pays sans papiers d’identité. Or, pour demander l’asile il est préférable d’être muni d’au moins un extrait d’acte de naissance. Le Guinéen a réussi à trouver quelqu’un dans sa ville d’origine qui s’est occupé de lui faire un duplicata. Bérénice a ensuite demandé à une de ses amies qui vit à Conakry de récupérer le document, qu’elle lui a ensuite remis en mains propres à Paris. Un rendez-vous est donc pris début juin à la préfecture pour tenter de régulariser la situation de Mohammed.

Mais le petit groupe avoue se sentir seul et démuni. "Nous, on est parisiennes, on a un réseau grâce à nos parcours personnels. Mais comment font ceux qui viennent d’arriver en France ? Malgré l’aide que peuvent offrir les associations, on se sent quand même terriblement seules dans cette histoire, insiste Bérénice. On n’ose même pas imaginer ce que vivent ceux qui ne parlent pas la langue et qui ne sont pas aidés". Momo, le regard dans le vide, approuve timidement. "Il fait trop chaud dans ma tête", souffle-t-il maladroitement comme pour évoquer les soucis qui encombrent son esprit. Le jeune homme est conscient que la suite sera encore longue et compliquée. Les filles, elles, ont peur que sa demande d’asile n’aboutisse pas.

Si Mohammed n’obtient pas l’asile, la séparation sera terriblement douloureuse. "On n’ose même pas imaginer. On va se battre", assure Dauphine comme pour se donner du courage.

 

Leslie Carretero

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Published by Denis CHAUTARD - dans Migrants
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