Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Journal de Denis Chautard
  • Journal de Denis Chautard
  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
  • Contact

Recherche

Articles Récents

3 juin 2017 6 03 /06 /juin /2017 05:41
Véronique Sousset garde « l’envie que la prison soit utile et pas seulement un lieu de relégation » / Tina Merandon/Signatures

Véronique Sousset garde « l’envie que la prison soit utile et pas seulement un lieu de relégation » / Tina Merandon/Signatures

Dans un livre, cette directrice de prison, devenue avocate entre 2008 et 2012, revient sur un effroyable fait divers, qui l’a amenée à « défendre l’indéfendable ».

Véronique Sousset, Directrice de prison devenue avocate

En publiant Défense légitime (1), son premier livre, Véronique Sousset, directrice d’un établissement pénitentiaire de province, referme une parenthèse mémorable de son parcours professionnel, qui l’a vue passer, pendant quatre ans, « des barreaux au barreau ».

En 2009, peu de temps après avoir prêté serment et revêtu la robe d’avocat, cette quadragénaire, titulaire d’un DEA de droit pénal et de sciences criminelles et diplômée de l’Enap (École nationale d’administration pénitentiaire), a accepté, à la surprise de tous ses proches et de ses collègues, de défendre un père infanticide – qu’elle a choisi de ne pas identifier dans ce récit. Succédant à une consœur, incapable d’avancer dans l’insoutenable lecture du dossier qui « ébranle toute foi en l’humanité », la jeune avocate, pétrie d’idéalisme, plonge tête baissée « dans une grande inspiration », pour une interminable descente en apnée dans un puits de noirceur : « Je me suis posé mille questions. Comment défend-on un homme qui a commis pareil acte ? Quelle peut être la juste peine ? Existe-t-il une juste peine ? ».

« L’homme ordinaire qui a commis des choses épouvantables »

Fille de fonctionnaires et petite-fille de gardien de la paix, elle s’est engagée comme avocate sans plan de carrière défini avec « l’idée de ne pas choisir (ses) affaires mais de (se) rendre disponible, utile ». Sans sa robe, son « armure » qui l’a empêchée de vaciller, la jeune femme, gracile et d’un naturel enjoué, n’aurait sans doute jamais tenu le choc, livrée à la rude pression des médias et de l’opinion publique, horrifiée par celui que tous appellent « le monstre » : « Comme tout le monde, j’ai ma sensibilité, mes fragilités. Je me souviens d’avoir accepté de participer, à titre privé, à une maraude à la rencontre de femmes prostituées avec Médecins du monde. Je n’étais pas dans mon rôle habituel. Privée de mon filtre, j’ai été submergée par l’émotion. Je voulais aider toutes ces femmes, tout leur donner, sans discernement », raconte-t-elle de sa voix tranchante de mezzo-soprano.

Rien n’aura été facile dans cette affaire. Même l’écriture de ce livre ne parviendra pas à expulser de sa mémoire le souvenir de la grande carcasse filiforme de son client, de ses mains épaisses, de leur première rencontre au parloir et de la reconstitution macabre du meurtre dans la cave du pavillon familial. Posant ses limites, le visage impénétrable, le priant d’emblée de ne pas se plaindre de ses conditions de détention d’un cinglant « jamais, ni ce jour ni les suivants, je ne vous plaindrai », elle réussit pourtant à lui faire poser des mots sur l’indicible, à faire évoluer progressivement sa désinvolture apparente en gravité. « Si je n’avais pas perçu chez lui une once d’humanité, d’honnêteté, je n’y serais pas allée. Il n’a jamais fui, il ne s’est pas cherché d’excuses. Nous aurions pu chercher des explications plus loin dans son enfance. Il n’a jamais voulu creuser ce sillon-là. » En lui, elle perçoit « l’homme ordinaire qui a commis des choses épouvantables », décrit, en son temps, par Hannah Arendt dans sa thèse sur la banalité du mal.

« L’envie que la prison soit utile »

Persuadée qu’un homme « ne se réduit pas à son acte, aussi terrible soit-il », elle a plaidé avec panache pour une autre peine que la perpétuité, promesse, selon elle, « de désespoir programmé », réussissant, contre toute attente, à désarmer la cour. Laquelle a condamné son client à trente ans de réclusion. En évoquant le verdict, une lueur d’espoir se dessine sur son visage.

Au cours de ses années passées en milieu carcéral, elle a vu des hommes lourdement condamnés se redresser, tirer profit de leur sanction pénale et reprendre le chemin de « la communauté des hommes ». Redevenue directrice d’un établissement pénitentiaire en province, elle ressent plus que jamais « l’envie que la prison soit utile et pas seulement un lieu de relégation ». Véronique Sousset, qui a de nouveau lié son destin au service public, défend, dès qu’elle le peut, « l’honneur de la justice et de l’avocat », acceptant toutes les invitations à témoigner suscitées par cette publication. Dans les librairies, les séances de dédicace pour ce récit, qui a confirmé son goût de l’écriture, se transforment en moments d’échanges passionnés. Son timbre de voix enveloppant fait résonner ses mots clairs et méticuleusement pesés, auxquels elle attache une importance capitale, convaincue que « la violence surgit justement quand les mots manquent ».

Xavier Renard, correspondant régional à Tours

(1) Défense légitime, Éditions du Rouergue, 16 €.

Lien à la Source

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans Justice Sociale
commenter cet article

commentaires