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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 08:37
Homélie du Dimanche 20 août 2017

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 15,21-28. 

« En ce temps-là, partant de Génésareth, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. 
Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » 

Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! » 

 Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » 
Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » 
Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » 
Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » 

Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie. »

 

 

Homélie

La foi d'une païenne

On ne sait même pas son nom. On l'appelle « la Cananéenne ». Pourtant, cette femme a joué un rôle unique. Elle va faire franchir à Jésus, une frontière jusque-là jalousement fermée. Israël étant le seul Peuple élu, les autres nations, sans distinctions, étaient tout simplement censées être païennes, non concernées directement par le salut promis par Dieu à son Peuple. C'est même la doctrine que Jésus semble faire sienne avant d'avoir rencontré cette païenne. Elle a beau étaler la détresse de sa fille devant les yeux de Jésus, celui-ci, contrairement à ses habitudes, ne s'émeut pas. Il laisse cette femme crier et ne s'occupe pas d'elle.

Lorsque ses disciples, mis à bout par ses insistances bruyantes, viennent plaider sa cause - « donne-lui satisfaction car elle nous poursuit de ses cris » - Jésus refuse net, et pour un motif qui n'admet aucune réplique, puisqu'il touche à la mission même qu'il a reçue de son Père : « Je n'ai été envoyé, dit-il, qu'aux brebis perdues d'Israël » En clair : cette femme est une étrangère. Elle n'appartient pas au Peuple élu.

Essayons de comprendre. Jésus ne vient pas fonder une nouvelle religion. Il vient renouveler de l'intérieur la foi du peuple d'Israël. C'est ensuite, que ce peuple choisi par Dieu pourra se tourner vers les païens.

Certes, Jésus a conscience d'être l'unique sauveur pour tous les hommes. Comment serait-il moins universaliste que son lointain devancier, Isaïe, annonçant qu'un jour le Seigneur rassemblerait les étrangers eux-mêmes en sa maison ?

Mais on comprend sans peine qu'il ne pouvait se tourner vers les païens sans se couper des Juifs et par là, d'emblée, se condamner à l'échec. Le Fils de Dieu a connu les limites de toute condition humaine. Cet écartèlement entre son amour sans frontière et son enracinement bien particulier, Jésus l'a vécu sans tricher, se donnant tout entier à sa mission jour après jour, et s'en remettant à son Père pour l' avenir. Ce qu'il ne pourrait faire lui-même, d'autres le feraient après lui. C'est chose faite quand Matthieu nous fait relire l'histoire de la Cananéenne. L'évangéliste écrit à des chrétiens d'origine juive, qui, bien que rejetés eux-mêmes par leurs frères de race, vivent une certaine tension avec les païens qui, de plus en plus nombreux, s'ouvrent à l'Evangile et entrent dans l'Eglise.

Revenons à notre texte.

« Seigneur, viens à mon secours » reprend la Cananéenne. Jésus lui répond qu'il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. La femme saisit la nuance de bienveillance qu'il y a dans le diminutif « petit ». Elle insiste. « C'est vrai. Mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leur maître; et quand on est pas grand chose, quand on est rien du tout, la moindre miette d'attention, de respect, la moindre miette d'amour vous redonne le courage de vivre. »

Sa foi fait l'émerveillement de Jésus. Le pain de sa Parole que les Juifs refusent, elle, l'étrangère, la païenne, l'accueille et de quelle façon ! « Femme, ta foi est grande, que tout se fasse pour toi comme tu le veux » Jésus, malgré toutes les barrières que nous avons évoquées se laisse bousculer par la foi de cette femme.

Sa foi ! Elle n'aurait pas eu grand-chose à dire s'il lui avait demandé de s'en expliquer un peu. Pas plus que le soldat romain auquel Jésus avait dit : « Chez personne je n'ai trouvé pareille foi en Israël. »

Alors la foi ? Avant d'être un crédo ou l'adhésion à un ensemble de croyance, elle consiste, tout simplement mais vigoureusement à tourner son cœur vers Jésus et à jouer sur lui l'essentiel de nos vies.

Et aujourd'hui, n'avons-nous pas à vivre le même déplacement que Jésus ?

Qui sont-ils ces « païens >> d'aujourd'hui qui frappent à la porte de l'Eglise ? Ils sont présents dans nos assemblées au moment de baptêmes, des mariages, des sépultures, plus attentifs qu'on ne le pense. Ils s'approchent pour voir, écouter, dialoguer, trouver un réconfort.

Saurons-nous, comme Jésus, nous émerveiller de leur foi ?

Louis DURET

Prêtre du Diocèse de Chambéry

 

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Published by Denis CHAUTARD - dans homélie
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