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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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18 octobre 2017 3 18 /10 /octobre /2017 06:49
Dieu et César : Toile de Rubens au Musée du Louvre à Paris

Dieu et César : Toile de Rubens au Musée du Louvre à Paris

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 22,15-21.
Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler.
Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens.
Donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? »
Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ?
Montrez-moi la monnaie de l’impôt. » Ils lui présentèrent une pièce d’argent.
Il leur dit : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? -
De l’empereur César », répondirent-ils. Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui
est à Dieu. »

Homélie

Comment piéger Jésus ? C’était l’obsession des pharisiens. Et ils ont trouvé une occasion avec cette histoire d’impôt : si Jésus demande de le payer à l’empereur, il devient collaborateur d’un pouvoir idolâtre ; s’il dit le contraire, il est un rebelle politique.

On sait que l’Ancien Testament interdisait les images humaines sur les pièces de monnaie pour ne pas avoir l’air de dire que ce visage serait Dieu lui-même. Les gouverneurs romains respectaient cette sensibilité juive et ne frappaient sur le territoire juif que des monnaies sans image, sauf pour l’impôt impérial qui était une pièce avec effigie. Ça y est ! On le tient !

Gabriel Ringlet dans son livre Éloge de la fragilité a un petit mot délicieux sur ce texte :

“Alors, Maître, dis-nous : est-il permis de payer l’impôt à César oui ou non ?

- Comédiens ! Montrez-moi la pièce qui sert à payer l’impôt.”

Ils lui présentent une pièce de monnaie. Ils en avaient donc sur eux. Ils s’en servaient! Ils collaboraient ! Retour de la monnaie à l’expéditeur: “Rendez donc à César ce qui est à César. A Dieu ce qui est à Dieu !” Voilà les piégeurs piégés. La grenade explose, oui, mais pas là où ils l’avaient déposée.

Depuis lors, nous nous sommes souvent bouché les oreilles pour ne pas entendre la déflagration. Nous avons aménagé le territoire, la semaine à César, le dimanche à Dieu. Alors que Jésus, lui, ne sépare pas. Et ne confond pas non plus : à César et à Dieu. La mystique et la politique. Pour Jésus, le spirituel est au cœur du temporel.

“Stupéfaits de ce qu’ils viennent d’entendre, ils le laissent et s’en vont”, nous dit l’Évangile. Pas pour longtemps. Ils reviendront bientôt. Avec César. Pour arrêter Dieu.

En demandant de “Rendre à César ce qui est à César” Jésus donne son autonomie au domaine profane et politique. Désormais les chrétiens ont les mêmes responsabilités que les autres hommes dans la cité pour rendre ce monde plus juste et plus humain. En ce sens, on peut dire que tout est profane, que tout est politique.

Mais “Rendre à Dieu ce qui est à Dieu !” veut dire que la politique n’est pas le tout de l’homme. Et que la religion chrétienne ne peut jamais être un pouvoir. Elle doit inspirer des conduites et des choix, mais jamais dégénérer en pouvoir. La confusion entre politique et religion ne cause que des malheurs, car elle ouvre la porte aux intégrismes et totalitarismes. Aucun Messie n’est jamais sorti des urnes. Attention aux gourous de toutes sortes. Ils ne sont pas Dieu. Ça devrait pourtant être clair. Notre Dieu, quand il a voulu se montrer à nous, a pris le chemin du Serviteur. Dès l’Ancien Testament, l’événement fondateur du Judaïsme était un acte de libération de l’opprimé : “J’ai vu la misère de mon peuple, … je suis descendu pour le délivrer.” (Ex 3, 7) Et Dieu a toujours été du côté du plus pauvre, de celui qui souffre. Ses références sont l’enfant de la crèche et le crucifié du Vendredi Saint. Pas de danger de se tromper…

Je disais à l’instant : “Tout est profane.” On peut dire aussi que si tout porte l’empreinte de Dieu il n’y a plus rien de profane. Même si, hélas, l’homme peut être profané quand on le bafoue dans sa dignité. Alors, la vraie morale chrétienne c’est :

- quel est le choix qui va me rendre plus humain, en même temps que mon prochain ? Et ça peut commencer sur la cour de récré : si j’inventais quelque chose… pour faire plaisir.

- Comment faire en sorte que tout serve aux êtres humains et que personne ne se serve d’eux comme un moyen d’enrichissement ?

- Comment juger quelqu’un, non pas selon ce qu’il rapporte ou ce qu’il coûte, non pas sur la marque de ses vêtements ou de ses chaussures, mais sur ce qu’il est ?

Questions d’une actualité brûlante avec la crise économique et financière, et aussi puisque nous venons de célébrer la Journée Mondiale du Refus de la Misère ! Le chemin de Jésus passe par la libération effective et concrète de la misère et de l’oppression pour que chaque personne puisse reconnaître de quel amour elle est aimée. C’est Maurice Zundel qui écrivait : “Quand y aura-t-il un partage équitable du commun patrimoine ? Combien doivent douter qu’ils aient un Père, n’ayant pas de frères pour leur en montrer l’image ?”

Robert Tireau, Prêtre du Diocèse de Rennes

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