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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 19:31
Homélie du dimanche 29 octobre 2017

EVANGILE – selon saint Matthieu 22, 34-40

« En ce temps-là, les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Jésus lui répondit :« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement.  Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »

 

Homélie

« L’incognito de Dieu, ou sa discrétion, est le nom de son amour »

Deux commandements, le premier et le second qui lui est semblable (Mt 22, 34-40). Un seul commandement alors, et non deux formulations, qui requiert une double pratique.

Pour être chrétiens, il faut savoir faire plusieurs choses à la fois. Impossible de faire une chose après l’autre, de prendre son temps. Il y a une sorte d’urgence sans laquelle tout est invalide. Il n’y a en effet qu’un seul plus grand commandement. Mais impossible d’en parler sans le second. Ce second d’ailleurs, est semblable au premier : il ne s’agit pas d’un autre commandement. C’est le même, le seul, impossible à dire en une sentence, impossible à pratiquer sans faire deux choses à la fois.

Vous voulez aimer Dieu, alors vous aimez le frère. Vous aimez le frère, alors vous aimez Dieu. Il n’y a pas conséquence de l’un à l’autre, ni équivalence, du genre dès lors qu’on aime Dieu, on aime aussi le frère ou dès lors qu’on aime le frère, on peut se dispenser d’aimer Dieu. Non, observer le plus grand des commandements c’est aimer Dieu et aimer le frère. Ce ne sont pas deux choses séparées. Aimer Dieu, c’est dans le même temps aimer le frère.

Vous trouvez mon propos bien obscur ? J’appelle à la rescousse un des meilleurs rhéteurs de l’Antiquité. Pour dire les choses évidentes sans paraphrase ni complications excessives, il faut tout le génie d’Augustin.

– Tu dis : Je n’aime que Dieu, Dieu le Père ?

– Tu mens. Si tu l’aimes, tu ne l’aimes pas lui seul, mais si tu aimes le Père, tu aimes aussi le Fils.

– Bien, dis-tu, j’aime le Père et j’aime le Fils : mais eux seuls, Dieu le Père et Dieu le Fils, […] Voilà seulement ceux que j’aime.

– Tu mens. Si en effet tu aimes la tête, tu aimes aussi les membres ; mais si tu n’aimes pas les membres, tu n’aimes pas non plus la tête. […] Quels sont ses membres, mes frères, vous le savez déjà : c’est l’Eglise même de Dieu.

Est-il besoin d’aller plus loin ? Oui assurément. Car les paroles ne sont rien en matière d’amour si d’abord on ne met la Parole en pratique. Alors pour aller plus loin, reste le plus important, aimer Dieu, le Père, le Fils et l’Esprit et du même amour, aimer les frères. Au travail, à l’œuvre, comme dit l’évangéliste Jean !

Mais je veux encore ajouter quelque chose, de moindre importance, évidemment que cette double pratique de l’amour de Dieu et des frères. Aujourd’hui, alors que les disciples de Jésus représentent une minorité dans nos pays, certains d’entre nous cherchent à mieux dire la spécificité de notre foi. Ils mettent en évidence l’identité du disciple ne serait-ce que pour comprendre qui l’on est.

Alors, ils risquent de considérer que l’amour des frères, valeur d’autant plus universelle qu’elle est peu pratiquée, relève de l’humanisme plus que de la foi. Les athées aussi peuvent aimer les frères, des croyants de bien d’autres religions se donnent pour le service des frères. Aussi l’amour des frères ne suffirait pas à dire la foi. Il serait à relativiser par rapport à la confession du dogme et à la prière. A mettre en évidence l’engagement social, le service des plus pauvres, on réduirait la foi à un humanisme qui n’aurait plus rien de (spécifiquement) chrétien.

Mais dès lors que le Christ s’est uni à tout homme, a été l’homme-pour-les-autres, le spécifiquement chrétien n’est-il pas le spécifiquement humain ? Peut-on désormais opposer, voire distinguer l’anthropologie de la théologie ? L’humain est le chemin du divin.

On pourrait même aller jusqu’à penser avec la parabole de Mt 25,31-46 que la confession du nom de Jésus n’importe pas. A ceux qui disent l’avoir invoqué, le Seigneur répond qu’il ne les connaît pas à la différence de ceux qui ont donné le verre d’eau qui sauve la vie.

Et s’il en est ainsi, c’est pour deux raisons. La première, de peu d’importance, mais tout de même ; l’illusion est si fréquente dans la foi, qu’il faut bien la contre-épreuve de l’amour des frères pour ne pas se perdre dans le contentement naïf et coupable de soi, indifférence méprisante, tartufferie ou hypocrisie pharisienne. La seconde, radicale, le Christ ne cherche pas même à être connu ; lui importe seulement que les hommes se saluent les uns les autres, participent au salut les uns des autres, ne serait-ce qu’en s’offrant le verre d’eau qui sauve la vie. L’incognito de Dieu, ou sa discrétion, est le nom de son amour, de son être-pour, de sa vie et de sa mort, homme au milieu des hommes.

Patrick ROYANNAIS

Curé de la Paroisse Saint Louis des Français à Madrid

 

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