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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 19:04
Homélie du dimanche 8 octobre 2017

Encore une parabole qui emprunte l’image de la vigne, ce dimanche. Une image qui convient tout à fait à la saison des cueillettes et des vendanges, saison favorable aux bilans, aux évaluations. Les relations entre Dieu et son peuple dans le cadre de l’Alliance ont été très mouvementées dans le premier Testament. Dans le second et dans l’histoire de l’Église aussi ! Elles sont souvent présentées comme des affaires de famille entre l’époux bien-aimé et son épouse infidèle, entre le père aux entrailles de mère et ses enfants ingrats. Ce que Dieu a semé, planté, cultivé, a-t-il porté les fruits escomptés ? Surprises heureuses ou amères déceptions ? Écoutons d’abord dans le Livre d’Isaïe la lamentation et la déception de Dieu au sujet de sa vigne.

Je chanterai pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne.
Mon ami avait une vigne sur un coteau plantureux.
Il en retourna la terre et en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité.
Au milieu il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir.
Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais. »
Il prend alors tout le monde à témoin :
« Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ?
J’en attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? » […]
La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël.
Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda.
Il en attendait le droit, et voici l’iniquité ;

il en attendait la justice, et voici les cris de détresse.

Par la voix du prophète, le Dieu d’Israël fait comprendre à son peuple qu’il l’aime, comme un époux chérit son épouse. Il lui rappelle de quels soins il l’a entourée, combien grande est sa sollicitude à son égard, et combien grande est sa déception quand elle se détourne de sa volonté. Dieu se lamente sur elle et la prie. On envisage souvent la prière à sens unique. On prie Dieu, on lui adresse des demandes et on se plaint parfois qu’il semble ne pas les avoir exaucées. On ne retient du « Notre Père » que la deuxième partie et on oublie la première : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, que ton règne vienne ». On oublie que ce qui est premier c’est la prière que Dieu adresse à ceux qui le prient, et la manière dont eux aussi l’exaucent ou non par leurs manières de vivre. Au lieu de porter des fruits de justice et d’amour, ils cultivent parfois la haine et méprisent le droit. Quand Dieu se lamente sur ses enfants de la terre, il est temps pour eux de se lamenter sur eux-mêmes et de mieux faire sa volonté.

La parabole de Jésus rapportée par saint Matthieu prolonge celle d’Isaïe. Dieu ne désespère jamais de sa vigne, et en Jésus, il va jusqu’au bout de sa sollicitude pour elle.

« Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ;
il planta une vigne, l’entoura d’une clôture,
y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde.
Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage.
Quand arriva le moment de la vendange,
il envoya ses serviteurs auprès des vignerons
pour se faire remettre le produit de la vigne.
Mais les vignerons se saisirent des serviteurs,
frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième.
De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs
plus nombreux que les premiers ;
mais il furent traités de la même façon.
Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : « Ils respecteront mon fils."
Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : « Voici l’héritier :
allons-y ! Tuons-le, nous aurons l’héritage !"
Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.
Eh bien, quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? »
On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement.
Il donnera la vigne en fermage à d’autres vignerons,
qui en remettront le produit en temps voulu. »
Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures :
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire.
C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux ?
Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé
pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit. »
En entendant les paraboles de Jésus,
les grands prêtres et les pharisiens avaient bien compris qu’il parlait d’eux.
Tout en cherchant à l’arrêter, ils eurent peur des foules,
parce qu’elles le tenaient pour un prophète.

 Cette parabole présente des événements passés, mais elle est aussi une annonce prophétique de sa mort par Jésus. Après avoir envoyé des prophètes pour inviter son peuple à porter des fruits de justice et de paix, le maître de la vigne envoie son propre fils. Mais cela n’arrête pas l’attitude égoïste et violente des vignerons. Ils ont rejeté et tué les prophètes, et quand le maître de la vigne envoie son propre fils, ils commettent le péché semblable à celui d’Adam : ils décident de prendre la place de Dieu, du maître de la vigne, s’en autoproclamer propriétaires, et cela en tuant ses envoyés, et pire encore en exterminant son fils pour s’approprier l’héritage. Cependant, alors qu’ils croient se débarrasser de Dieu par des méthodes misérables, ces vignerons font leur propre malheur, ils se condamnent eux-mêmes à périr misérablement. Dieu ne peut rien pour ceux qui le rejettent, car il va jusqu’à respecter leur liberté de l’assassiner. Aucune haine, aucune violence destructrice, aucun refus ne saurait l’arrêter d’aimer et de faire vivre.

On peut noter que Jésus laisse à ses auditeurs de conclure la parabole. « Quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » Ils répondent : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. » La traduction littérale du texte est plus dure : « Ces méchants, il les tuera avec méchanceté ». Leur réponse est révélatrice de leur vision de Dieu. Ils pensent que Dieu agit comme eux et rend méchanceté pour méchanceté. Jésus n’approuve pas leur réponse. Lui, le fils envoyé par Dieu sera tué par les vignerons, mais Dieu ne répondra pas par la vengeance et la violence aux misérables qui vont rejeter et tuer son Fils. En effet la mort du Christ ne sera suivie d’aucun massacre : au contraire, faisant ainsi la volonté de son Père, Jésus pardonnera lui-même à ses juges et à ses bourreaux. Dieu n’est ni méchant, ni vengeur. Comme le dit le psaume 108 : « Eux ils maudissent, toi tu bénis. » Il ne détruira pas sa vigne, mais la confiera à d’autres en espérant que ceux-ci lui feront produire de meilleurs fruits. Ce n’est pas parce que les vignerons ont trahi la mission que Dieu leur confiait, que celui-ci met un terme aux projets de son cœur pour l’humanité. Comme l’a écrit saint Irénée (2e s), « De multiples façons, Dieu a préparé les hommes pour les réunir dans la symphonie du salut. C’est pourquoi Jean dit dans l’Apocalypse : ‘Et sa voix résonnait comme de multiples chutes d’eau’. Oui, les eaux de l’Esprit de Dieu sont vraiment multiples, parce que le Père est riche et ses chemins sont multiples. »

La parole de Jésus semble dure et peut se comprendre comme une condamnation et une fin du judaïsme aux yeux de Dieu, au bénéfice du christianisme. Cela s’explique sans doute par le contexte historique qui était celui de l’Église en ses commencements. Elle était souvent en butte de la part du peuple juif à du rejet et de la persécution. Cette phrase a pu inspirer et nourrir par la suite, durant des siècles, l’antisémitisme de l’Église et aussi des sociétés sous des formes nombreuses. Heureusement dans l’Église catholique le contexte a changé depuis le concile Vatican 2. Aujourd’hui, les chrétiens ne s’estiment pas meilleurs que les juifs par rapport au royaume de Dieu, et ne pensent plus que ceux-ci ont été dépossédés de l’Alliance et privés de la confiance de Dieu. Au contraire l’Église les considère comme des frères aînés dans la foi, et se sent concernée elle aussi par cette parabole du Christ. Au lieu de qualifier les deux Testaments de la Bible d’« ancien et nouveau » on préfère aujourd’hui les nommer « premier et second », et le Concile a introduit dans la liturgie dominicale de la Parole des textes de l’Ancien Testament. Saint Paul n’encourage pas les Philippiens à la haine et la guerre, mais de manière modeste, à la paix et la justice.

Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance,
priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes.
Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir,
gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus.
Enfin, mes frères, tout ce qui est vrai et noble,
tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré,
tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte.
Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu de moi,
mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.

 Quelques remarques pour conclure. Nous faisons toujours notre propre malheur dans notre vie concrète, lorsque nous nous comportons comme des propriétaires jaloux vis-à-vis de nous-mêmes, de nos enfants, de nos parents, de notre conjoint, de notre entreprise, de notre Église, et pourquoi pas de Dieu, tant qu’à faire. Comme la vigne de la parabole, tout est grâce et don de Dieu. Lui seul est le maître de tout. Et justement Jésus nous révèle que son Père n’a rien d’un propriétaire jaloux. Les crimes des misérables n’arrêtent pas sa volonté de poursuivre la culture de sa vigne, pour la plus grande joie de l’humanité. Il ne désespère pas de trouver des meilleurs vignerons. Et Dieu fera plus encore, puisque son Fils deviendra par sa mort et sa résurrection la pierre angulaire d’un peuple capable de le reconnaître comme le Dieu qui fait merveille. Et dans l’Eucharistie, le fruit de la vigne et du travail de l’homme sera changé en sang de l’Alliance nouvelle versé pour la multitude, en vin du royaume éternel.

Michel SCOUARNEC

Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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