Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Journal de Denis Chautard
  • Journal de Denis Chautard
  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
  • Contact

Recherche

Articles Récents

13 septembre 2018 4 13 /09 /septembre /2018 19:04
14 septembre, fête de « la Croix glorieuse ».

Étrange choc des mots !

C’est un peu comme si on disait « la guillotine glorieuse », ou encore « le peloton d’exécution glorieux »…

Comment donc pouvons-nous nous retrouver à faire la fête autour de l’un des plus abjects instrument de torture ?

En quoi le gibet du supplice peut-il être « glorieux » ?

Oui, c’est - lorsqu’on prend un peu de recul et qu’on y songe vraiment - un bien étrange signe de ralliement que les chrétiens se sont choisis !

Tardivement d’ailleurs, notons-le, car les premiers disciples lui préfèrent le signe du pain et des poissons, comme en témoignent certaines mosaïques anciennes…

Mais que veut dire ce choix de la croix comme signe de la foi chrétienne ?

Avons-nous à honorer l’instrument infâme par lequel le sang d’une victime sacrificielle innocente fut versé pour le rachat d’une faute originelle dont nous porterions, toutes et tous, le poids ?

Le rachat de nos fautes doit-il se faire dans un bain de sang ?

Le christianisme peut-il se résumer à un immense sacrifice, n’échappant pas aux traditions ancestrales les plus païennes ?

Parfois, dans son histoire chaotique, l’Église a exalté la croix. C’était – et cela reste – une façon forte de faire mémoire du don total du Christ. Une manière de nous rappeler que la foi est aussi à certaines heures un chemin rude et exigeant de dépouillement et d’abandon.

Mais, cette exaltation de la croix fut parfois tellement prégnante que cela en devenait louche !

Dans chaque pièce, les crucifix rivalisaient de laideur sanguinolente pour nous rappeler que le Fils de Dieu souffrait pour nous, mourrait à cause de nous, que c’était « notre faute, notre très grande faute » s’il y était cloué, que nous étions responsables de son éternelle agonie…

Toutes les religions savent user de la culpabilité pour asservir leurs troupeaux et le christianisme n’y a pas toujours échappé.

Comme si la souffrance en elle-même était une « bienheureuse épreuve » que Dieu nous envoie pour mieux nous éprouver.

Comme si la souffrance brutale et aveugle pouvait être d’emblée rédemptrice !

Il faut tout un chemin spirituel souvent rude et long pour trouver un peu de sens et de lumière au cœur de l’absurde…

A trop chercher à vouloir à tout prix expliquer l’inexplicable on s’embourbe dans des fadaises prétendument « spirituelles » qui n’ont plus grand chose à voir avec l’Évangile !

Non, Dieu n’est pas un Dieu pervers qui, volontairement, nous assomme d’épreuves et de croix à porter pour mieux nous rapprocher de lui.

La vie se charge déjà suffisamment de nous blesser pour que Dieu ne rajoute pas de sel dans les plaies pour notre « édification » !

Alors, comment cette croix que nous fêtons aujourd’hui est-elle glorieuse ?

Eh bien, parce que c’est un bois nu.

Parce que c’est un bois nu où Dieu n’est plus !

La gloire de la Croix, c’est qu’elle est vide !

Vide comme le tombeau du matin de Pâques.

Lorsque nous regardons les croix où le Christ agonise, nous les regardons avec le regard de la foi, avec cette espérance rivée au cœur que bientôt, que déjà le Christ n’y est plus.

La croix est glorieuse parce que Dieu l’a désertée pour venir habiter à la seule adresse où il souhaite désormais vivre : au cœur de notre humanité dont il vient prendre sur son épaule forte et secourable le fardeau des jours gris.

Depuis le grand matin de Pâques, il vient au cœur de toutes nos détresses, de toutes nos fragilités et pauvretés pour mieux nous relever.

Et sa croix, alors, est une planche de salut, le bois où agripper nos vies quand la tempête risque de nous submerger.

J’ai eu, par mon métier de journaliste, la grâce de rencontres fortes et amicales avec Sœur Emmanuelle. Lorsque, à la fin de sa vie, je me rendais dans la petite chambre de sa maison de retraite près de Nice, mon regard était toujours attiré par une croix au-dessus de son lit.

Une croix magnifique dont un antiquaire n’aurait pourtant pas donné trois sous !

Un chiffonnier de la décharge d’ordure du Caire l’avait fabriquée avec deux vieux morceaux de cageot, une ficelle douteuse et un fil de fer rouillé symbolisant le corps du Christ.

Croix façonnée de tous les rejets de l’humanité, croix de l’injustice, de l’exclusion, de la pauvreté, de la maladie, de la solitude, du désamour…

Croix fragile mais croix, ô combien « glorieuse » !

 

Bertrand REVILLION, Diacre, Journaliste, Philosophe et Editeur

 

Lien à la Source

 

Partager cet article

Repost0

commentaires