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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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22 mars 2019 5 22 /03 /mars /2019 23:28
Lettre à la Communauté Mission de France, 22 mars 2019

« Je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur que nous n’ayons d’abord corrigé en nous. » Etty Hillesum

« Quand sont ruinées les fondations, que peut faire le juste ? » Ps 10,3

 

Depuis la lettre du pape sur les divers abus, et ma lettre du 8 septembre 2018, où en sommes-nous ? Comment interpréter tout cela ? Que faire ?

       Un prêtre (Frédéric Ozanne) écrivait dernièrement une belle homélie : « On en est là ». Et d’énumérer un cardinal incarcéré, un autre perdant l’état clérical, les abus sur les religieuses, le film « Grâce à Dieu », Sodoma et des clercs de la curie hypocrites, le nonce dénoncé… etc. Et, pendant ce temps, les victimes sont toujours plus écœurées, des fidèles (clercs compris) sont de plus en plus en colère, désabusés ou révoltés. Semaine après semaine, les révélations sur les abus sexuels, les abus de conscience et de pouvoir nous plongent dans la consternation et la stupeur. Le courage des victimes qui parlent après tant d’années d’effroi et de souffrance nous invite à plus d’écoute, de justice et de vérité, dans la durée. Nous leur devons, comme à toutes celles et ceux qui continuent de dénoncer ces drames, de faire nous- mêmes toute la vérité possible au sein de la Communauté Mission de France comme dans toute communauté. Pas besoin d’une grande analyse pour voir que l’Église perd aussi toute crédibilité sur les sujets qui nous tiennent à cœur : travail, migrants, Laudato Si’… etc. La décision du cardinal Barbarin de se « mettre en retrait pour quelque temps » est apparue d’autant plus incompréhensible qu’elle laisse penser que le pape ne comprendrait pas la situation des victimes.

Alors, avant de passer trop vite à des considérations prétendument spirituelles (« L’Église en a vu d’autres », « c’est un nouveau chemin de croix », « l’espérance vaincra »… ), comment interpréter tout cela ? Par le célibat des prêtres ? Par les cléricalismes ? Par la sacralisation des prêtres ? Par l’état actuel de la société ? Par l’héritage des deux précédents pontificats ? Par le manque de régulation des pouvoirs dans l’Église ? Par la culture du silence ? Par la théorie du complot… etc. ? Il faudrait, comme nous y invite justement Isabelle Salembier, un grand effort d’ « intelligence collective ». Joël Chérief, en parlant dernièrement aux diacres et à leurs femmes, invitait avec courage à aller jusqu’à faire œuvre de théologie pratique que je résume ainsi : « Face à une immense désolation, peut-être vivons-nous une confrontation inédite au mal, à l’innommable, mais aussi à une certaine mort institutionnelle ? L’Église est dans l’impasse et sa crédibilité est mise en cause. Elle est là, au pied de la Croix. Dans l’histoire humaine il y a déjà eu quelque chose auquel Dieu s’est confronté : le mal, l’échec et la mort. Il y a donc quelque chose qui n’appartient pas encore à notre expérience humaine mais seulement à l’expérience de Dieu. Il nous faut donc réfléchir profondément à cette confrontation à la souffrance, à l’échec, à la mort, et même à l’insignifiance de notre parole. La Communauté Mission de France est un corps qui risque aussi l’insignifiance. » Il se passe probablement quelque chose qui nous dépasse, mais qui ne doit nous laisser ni dans la résignation, ni dans la spiritualisation, ni dans l’inaction.

Alors que faire ? Commençons par balayer à notre porte et à corriger en nous ce qui doit l’être. Ne soyons pas sur la défensive. Regardons tout en face. Repartons des victimes : les victimes font entendre ce que Dieu cherche à dire à son Église. Écoutons celles et ceux qui nous dérangent. Recueillons des paroles de vie qui ne sont pas de notre sérail. Recherchons une juste attitude chrétienne. Avant d’invoquer des complots, écoutons ce que disait Benoît XVI : « La plus grande persécution de l’Église ne vient pas de ses ennemis extérieurs, mais naît du péché de l’Église ». Faisons circuler la parole. Passons des paroles aux actes. Avant de parler miséricorde ou pardon commençons par la justice : l’Église n’est pas au-dessus des lois. La Communauté Mission de France répondra à la Commission Sauvé comme à celle du Sénat. Une cellule d’écoute propre à la CMdF va être mise en place. Tout ce qui rend possible une parole doit être mis en œuvre. Associons des victimes dans la mise en œuvre des décisions. Recueillons les récits des personnes victimes afin de pouvoir mieux comprendre comment ces actes ont pu advenir. Accentuons le travail de prévention et de formation. Ne craignons pas d’être regardés autrement, parfois d’une manière injuste, mais cette injustice est infiniment moindre que celle qui est vécue par d’autres qui ont été marqués à vie dans leur corps, leur personne.

Plus que jamais, il est nécessaire que « chaque baptisé se sente engagé dans la transformation ecclésiale et sociale dont nous avons tant besoin… » (Pape François). Plus que jamais, des prêtres et des diacres sont « nécessaires », selon l’expression du concile Vatican II, pour qu’émergent des ministères nouveaux, dons de l’Esprit et de notre réflexion sur la culture participative. N’oublions pas, enfin, le bien spirituel, humain et social immense fruit du témoignage des prêtres de la Mission de France. Plus que jamais, c’est aussi dans le souffle de l’Esprit que des baptisés s’engagent avec la Mission de France.

Nous entrons dans un temps de purification urgent et nécessaire. Ne désertons pas nos lieux de responsabilités ! Que l’Esprit nous guide vers Pâques, par nos chemins de croix.

 

+ Hervé GIRAUD, prélat de la Mission de France, archevêque de Sens-Auxerre avec Arnaud Favart, vicaire général et Anne Soncarrieu, déléguée générale

 

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commentaires

Duparc Elisabeth 24/03/2019 08:32

J'ai écrit une longue lettre à Hervé Giraud le 8 mars dernier dans laquelle j'évoquais les violences sexuelles que j'ai subies de la part d'un prêtre, dans les années 64, à Sens dans l'Yonne. Il m'a d'abord répondu très administrativement un courrier qui ne m'a pas plus du tout, tant il manquait d'humanité. Suite à cela, je lui ai écrit un deuxième courrier pour lui faire part de ma déception auquel il a immédiatement répondu le 22 mars justement, la même date que cette lettre à la Communauté Mission de France. Un hasard ? Peut-être pas ! Amitiés à toi Denis...