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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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13 avril 2019 6 13 /04 /avril /2019 15:33

Homélie de François MARIN, Prêtre du Diocèse d’Evreux et de la Communauté Mission de France, lors des Funérailles de Jean Marie VERMELIN à l’église Saint Michel d’Evreux ce mercredi 10 avril 2019

 

Jean-Marie le 6 mars 2017 présente le calice que lui ont offert ses camarades du garage Citroën lorsqu'il a quitté Saint Dizier (Haute Marne)

Jean-Marie le 6 mars 2017 présente le calice que lui ont offert ses camarades du garage Citroën lorsqu'il a quitté Saint Dizier (Haute Marne)

Evangile de la « multiplication des pains : Marc 6,34-44

 

« En débarquant, Jésus vit une grande foule ... Il fut saisi de pitié envers eux »

C’est le dernier message que nous envoie Jean Marie.

Le texte qu’il a choisi, pour nous, aujourd’hui.

Et, après avoir entendu ou lu, les témoignages reçus sur Jean Marie,

je me dis que l’on est bien ‘dans le ton’, avec cette page d’Évangile.

Car pour le monde et les gens qui passaient voir Jean Marie, et peut être davantage ceux qui se sentaient les plus paumés, il en était pour eux, un, de disciple de Jésus.

Disciples, on vient de les entendre ... ici, ils parlent « raisonnable » :

« Tu as vu l’heure qu’il est !...   Tu réalises l’endroit paumé où on est !...

Renvoie-les !...    Faut qu’ils mangent quand même !...

Et voilà ! Ces disciples n’ont pas encore été transformés par l’Esprit de Jésus,

Peu à peu ils vont l’apprendre. Et être lancés dans des aventures ... ‘au-delà d’eux’

« Donnez-leur vous-même à manger ! »

En plein désert ?     Pour une telle foule ?     Il rêve ou quoi, ce Jésus !

Et eux d’y répondre, comme on fait nous, souvent, à coup de ‘monnaie’ ...

ou plutôt de ‘gros sous’ !...  « 200 jours de travail » qu’il faudrait : quasi un an d salaire !

Comment tu veux qu’on trouve ça ?

C’est fou,

ce que, dans nos églises, nos groupes, nos projets, on sait toujours penser ainsi :

A coups de bonnes raisons et de calculs de ‘moyens’ ... très, très ‘humains’.

« Donnez-leur vous-même à manger ! »

Ils se sont cru des ‘fournisseurs’ ... ou des commis livreurs ...

Du ‘matériel’ qu’on va chercher ... de ‘l’intendance’ à assurer ...

Comme si leur mission ce serait des ‘choses à faire’... ou ... de ‘la religion’ à faire tourner...

Il faudra du temps pour le savoir, et l’expérience du ‘manque’, ms confrontés à la « vie »,

pour découvrir un autre plan d’existence, non plus d ‘l’avoir’, ms d ‘l’être’ qu’on donne

« Et combien vous en avez de pains ?     VOUS !    Allez voir... »

Il a fallu qu’ils réalisent ! qu’ils aillent voir ! qu’ils prennent conscience d’eux-mêmes ...

et de ce qu’ils ont ...  eux,   et de ce qu’ils n’ont pas ...     Les pieds et la tête dans le réel.

« 5 pains et 2 poissons »

Ça fait pas lourd pour tout ce peuple ! ...

Alors Jésus reprend la main.    Et, ça peut surprendre :

« Une foule » que la raison voudrait qu’elle aille s’acheter de quoi manger,

voilà que « Jésus la fait asseoir » !    Et pas n’importe comment :

« par groupes de 100 ou de 50 »

et, ‘pas en tas’, mais « en cercle » : qu’on se voie ... qu’on se parle !

Et sur « sur l’herbe verte » comme le Peuple avec Moïse. Car on est aussi « dans le désert »

de la grande histoire du Peuple de Dieu qui continue.      Aujourd’hui, c’est nous.

Ça veut dire alors qu’on ne va pas ‘nulle part’, et que ce que l’on fait a un sens.

L’Église de Jésus, c’est d’abord ça :

Des gens entre eux, qui s’organisent et communiquent. Avec Jésus, pas loin ...

Et c’est à nous de le faire : aux « disciples ».    C’est notre boulot.

Jean Marie le savait. Il accueillait, il faisait asseoir, plus que ça même : il mettait à l’aise.

Il savait que c’était sa première mission et que ses locaux servaient à ça.

Au presbytère, son coin privé était tout petit. Tout était pour ceux qui venaient.

« Faites les asseoir »

Jean Marie a eu cette Grâce, de ‘savoir ça’ à partir de cette ‘âme d’accueil et de simplicité’

qui était sienne. On était bien chez lui, toujours à l’aise, sur le même plan : un ‘frère’.

Et Jésus continue son œuvre.    Il prend ce qu’on a.    Même si c’est peu.

Car Jésus « bénit » partage et donne, autant qu’on en demande.

 Jésus donne et donne ...

mais c’est aux disciples de « nourrir les foules » avec ce qu’ils ont reçu de Lui.

Jean Marie l’a écrit lui-même, ça.    Je vous le lis :

‘Je disais à Dieu, débrouille-toi, parce que je ne sais pas faire.

Je n’ai pas le don des langues, ni de la connaissance des mystères, et

je n’ai pas de fortune à distribuer.

La seule chose que j’ai c’est Jésus-Christ, et Lui, je veux bien le donner’.

« Donnez-leur vous-même à manger »

Avec Jésus au cœur,     c’est soi    qu’on donne,    ce qu’on est.

Et ça Jean Marie l’a fait, à merveille, c’est-à-dire, en homme tout simple qu’il était.

Et qui nous rejoignait tant, de ce fait.    On l’a beaucoup dit et écrit :

‘Apôtre de l’hospitalité ... convivialité de la toile cirée ...

amis fidèles ... ou de passage ... et invités surprise ... les jeunes en mal d’écoute ...’

Cela avait même intrigué un de nos évêques : tous ces jeunes qui se retrouvaient

tout le temps chez lui ...    Ah ! les repas du mercredi : quelle ambiance !

Il était là, serviteur, à « distribuer les morceaux » pour « qu’ils mangent à leur faim »

Ça sent bon notre Évangile, ça ! Et ça laisse des traces de ‘bonheur de vivre’ ...

Et nous d’Évreux, nous n’avons pas connu le ‘mécano’, et sa ‘deudeuch’

bricolée pour les jeunes : qu’ils apprennent à ‘conduire’ et ‘à se conduire’ !

Peut-être certains pourraient témoigner, ici, des repas du dimanche pour les frères âgés

Ou sa sœur, des tablées en Haute Vienne pour faire se rencontrer les prêtres ouvriers.

« Donnez-leur vous-même à manger »

Car si on ne se souvient pas de la ‘poignée de frites’ du jour, on garde tous en mémoire

quelque chose du bonheur que nous y avons vécu.   Et ça, ça vient de soi. C’est de ‘l’être’.

Des repas sans Jean Marie, n’auraient jamais été ce qu’ils étaient,  pour chacun, chacune.

« Et les morceaux !  On ramassa ceux qui restaient :

12 paniers pleins »

Autant que d’acteurs ce jour là ... Et c’est toujours comme ça que ça marche,

si on prend garde à « ramasser ce qui reste » de ce que l’on a fait pour le Seigneur.

Avouons que nous ne savons, souvent, pas trop bien le faire.

Jean Marie avait ce charisme de la ‘relecture’ entre frères. Il fut le 1er à me l’apprendre.

Peut être que la photo que nous avons de lui, avec ce ‘calice de cristal’ offert par ses copains, nous invitera à toujours mieux « rassembler tous les restes ».

Ils sont ‘dons précieux’ de Celui qui « bénit et partage ».

Puis fatigué, Jean Marie le fut, usé,

humblement retiré, pour ne gêner personne, mais toujours « ouvrier du Seigneur ».

Il nous en laisse un témoignage écrit, précieux : un vrai trésor.

Il parle du ministère qu’il faisait encore à la prison, en dernier : y célébrer l’Eucharistie.

Je vous partage ces mots qu’il a recueillis :

Et on invitait toujours les gars présents à ‘partager l’Évangile’ après le leur avoir proclamé.

 Ce dimanche-là, nous échangions sur les douze corbeilles de reste après la multiplication des pains.

Fallait-il voir là... un appel au non-gaspillage ? Ou bien ... faire des provisions ?

Ou bien ... emporter pour distribuer ?     ‘Julien’ nous fit part de son idée, en déclarant que

quand on donne, ce qui reste après avoir donné est plus important que ce qu’on a donné. »

C’est si vrai de Jean Marie, ça,

ce qu’il nous reste de lui,  ces traces de Jésus à travers lui, marquées en chacun.

Et c’est sans doute plus important encore, que ce qu’il nous a donné sur le terrain.

Car ça a goût d’Éternité.    

Alleluia !

AMEN

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