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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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19 juin 2019 3 19 /06 /juin /2019 06:09
Photo : Felton Davis (CC BY 2.0)

Photo : Felton Davis (CC BY 2.0)

Au Yémen, après quatre années de guerre, l’espoir d’une sortie de crise prochaine semble très faible.

L’ONG Acled estime que plus de 70 000 Yéménites auraient été tués depuis 2016.

Cette année, comme un symbole de la division du pays, l’Aïd el-Fitr, qui marque la rupture du jeûne observé durant le mois de ramadan, et dont la date peut varier d’un pays à l’autre en fonction de l’observation de la lune, n’a pas été célébré le même jour par les Yéménites du nord et ceux du sud.

Depuis plus de quatre ans, la guerre fait rage entre deux gouvernements rivaux. « Pour schématiser, il y a au nord le gouvernement des Houthis, une organisation fasciste qui tient la population d’une main de fer et qui réclame l’intégralité du pouvoir, et, au sud, un président faible, dont la légitimité est minée par le fait qu’il n’arrive pas à étendre son autorité sur les régions qu’il est censé contrôler à cause de la prolifération de groupes politiques et locaux aux intérêts divergents », synthétise Franck Mermier, directeur de recherche au CNRS, qui a dirigé l’ouvrage Yémen : écrire la guerre.

Les Houthis sont un mouvement rebelle de la communauté zaïdite, issue du chiisme. Depuis plus de vingt ans, ils s’opposent au régime central, qu’ils tiennent pour responsable de leur marginalisation et des inégalités économiques qui touchent leur territoire. En septembre 2014, dix ans après une première guerre civile, les miliciens chiites s’emparent de Sanaa, la capitale, puis du palais présidentiel, en janvier 2015. Le président Abd-Rabbu Mansour Hadi, au pouvoir depuis 2012 et reconnu par la communauté internationale, fuit à Aden, d’où il s’exilera quelques mois en Arabie saoudite, avant d’y revenir, en septembre 2015.

À la tête d’une coalition d’une dizaine de pays arabes sunnites, l’Arabie saoudite lance le 26 mars 2015 l’opération « Tempête décisive », une série de frappes aériennes qui vise à endiguer l’avancée des Houthis – qu’elle accuse d’être soutenus par l’Iran, son ennemi juré – et à rétablir le pouvoir de Hadi. C’est le début officiel d’une guerre dont la première trêve, fragile, n’est intervenue que le 18 décembre 2018.

L’accord de Stockholm, entériné par le Conseil de sécurité de l’Onu, prévoyait entre autres un échange de prisonniers et un cessez-le-feu dans le gouvernorat d’al-Hodeïda, dont le port éponyme, alors contrôlé par les Houthis, est un point d’entrée majeur pour les importations et l’aide humanitaire.

« Les Houthis tiennent toujours la ville, les combats n’ont pas complètement cessé et il n’y a toujours pas eu d’échange de prisonniers, résume Franck Mermier. Mais quelques points peuvent servir d’indicateurs d’optimisme, comme le fait que la banque centrale d’Aden [Ndlr : sous contrôle du gouvernement d’Hadi] a relancé le paiement de certains fonctionnaires. » Depuis le déplacement du siège de la banque centrale de Sanaa à Aden en 2016, une grande partie des fonctionnaires travaillant dans les zones tenues par les Houthis n’était plus payée, dont le personnel médical.

« Il reste très peu d’équipes sur le terrain, confirme Lynn Maalouf, directrice des recherches sur le Moyen-Orient d’Amnesty International, qui est basée à Beyrouth. En plus, les hôpitaux sont ciblés et détruits. Pour les civils, l’accès aux soins est rendu extrêmement difficile. » L’Onu estime que la moitié des infrastructures sanitaires a été détruite. Selon l’organisation internationale, plus de 24 millions de personnes, soit près de 90 % de la population, ont besoin d’une assistance humanitaire et 10 millions de personnes seraient au bord de la famine.

L’unité du pays, qui date seulement de 1990, pourrait-elle être mise à mal par ces luttes intestines ? « Il y a un risque d’éclatement dû à la prolifération de groupes armés favorisée par la guerre et l’argent de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis », observe Franck Mermier. Une enquête d’Amnesty International met notamment en évidence le rôle dangereux des Émirats, qui fournissent des armes sophistiquées à des milices « agissant en dehors de tout contrôle et accusées de crimes de guerre et d’autres graves exactions ».

« Amnesty mène campagne depuis 2015 pour faire pression sur les pays qui vendent leurs armes à la coalition arabe, rappelle Lynn Maalouf. Ses trois principaux alliés, les États-Unis, la France et le Royaume-Uni, n’ont toujours pas suspendu leurs ventes. Or, Amnesty a documenté l’utilisation de ces armes lors d’incidents qui peuvent être qualifiés de crimes de guerre. » Selon l’AFP, l’Arabie saoudite est le troisième client de la France, avec près d’un milliard d’euros de commandes en 2018.

Hyperarmés, les groupes soutenus par la coalition ont pourtant peu de chance, selon les observateurs, de défaire militairement les Houthis. Et, dans l’immédiat, une solution diplomatique ne semble pas beaucoup plus crédible. « C’est un conflit de légitimités, conclut Franck Mermier. Aucune concession ne peut être faite sans saper celle de l’un ou de l’autre. »

Triste parallèle, le décompte des victimes semble aussi au point mort. Si de nombreux médias citent encore le nombre de 10 000 personnes tuées, une estimation pourtant donnée début 2017 par un officiel des Nations unies, l’ONG Acled estime, elle, que plus de 70 000 Yéménites auraient été tués depuis 2016.

 

Morgane Pellennec

 

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