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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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29 février 2020 6 29 /02 /février /2020 09:32
Jean Vanier, le poison de la mystique sexuelle

« Mystique sexuelle » : le diagnostic de l’Arche sur les abus sexuels de son fondateur Jean Vanier est sans appel. En cause, cette manière de justifier des agressions sexuelles sur des femmes par une sorte de salmigondis religieux et spirituel mêlant Jésus, Marie, la foi, dans un délire mystique et pervers. Sans entrer dans un jugement sur la personnalité sans doute totalement clivée de Jean Vanier, on est en droit d’éprouver sinon de la colère, au moins une grande consternation : comment, au XXIe siècle, peut-on encore relayer dans certaines sphères de l’Église catholique une telle vision perverse de la sexualité ? Comment des hommes et des femmes de notre époque ont-ils pu s’y fourvoyer ? De quoi donner raison à ceux qui, dans notre pays, ne voient dans le catholicisme qu’une sorte de secte obscurantiste et archaïque, obsédée par le sexe, avec des relations hommes-femmes datant du Moyen Âge.

« Dieu pervers »

Il faut de toute urgence relire Le Dieu pervers, du théologien Maurice Bellet, mort en 2018 (1). Dès 1978, il s’interrogeait pour savoir comment un Dieu qui est amour avait pu se transformer parfois en Dieu qui domine, écrase. Il faisait alors le lien entre « un système hanté par la nostalgie de la perfection », et la culpabilisation de la sexualité, avec toutes les dérives qui s’ensuivent. Tout y est…

Que l’Église ne soit pas au clair avec la sexualité, les récents scandales le montrent bien. Qu’elle n’ait jamais pris le temps de l’être est navrant, quand on sait le nombre de pages écrites par des responsables catholiques en matière de morale sexuelle. L’Église a pourtant su, grâce aux travaux d’exégètes, depuis le début du XXe siècle, réviser sa manière de lire les textes bibliques. Elle n’a pas fait le même effort pour la morale sexuelle, continuant trop souvent à raisonner en termes d’interdit et de permis. Une sorte de tabou a longtemps pesé sur le discours autour de la sexualité, comme si remettre en cause certains enseignements risquait de faire tomber tout l’édifice. On oscille entre une culpabilisation des relations sexuelles – la chasteté donnée en modèle – et une sacralisation souvent très naïve de la conjugalité, avec une idéalisation du couple, dans un modèle à vrai dire difficile à atteindre pour toute personne normalement constituée. Sans parler de l’égalité des sexes, et de toute une littérature sur Marie parfois assez mal ajustée…

Soupe mystico-gazeuse

Il ne suffit pas de réviser les programmes des séminaires en ajoutant quelques heures de cours sur la sexualité pour les futurs prêtres. Il faut de toute urgence revoir cette vision de la sexualité que l’Église transmet au quotidien ! Ne pas avoir peur de s’y confronter, ne pas préférer se taire sur ce que l’on devine comme failles, troubles, ombres, que ce soit dans le célibat, la chasteté, le rapport homme-femme. Ou l’homosexualité, qui, on le sait, concerne une partie du clergé et dont le rejet officiel amène à des contorsions hypocrites. C’est même d’autant plus nécessaire dans une société hypersexualisée comme la nôtre. La Bible pourtant, et notamment l’Ancien Testament, regorge d’histoires particulièrement terribles d’adultères, d’incestes, de vengeances. Assez pour montrer que la sexualité peut être à la fois le pire et le meilleur. Que le problème n’est pas la sexualité elle-même, mais ce que nous en faisons. Que nous sommes tous traversés par nos désirs, y compris dans notre vie spirituelle. Il est temps d’avoir un discours adulte et non une soupe mystico-gazeuse qui conduit aux pires dérives. Faute de quoi nous risquons de continuer à être envahis par les « affaires sexuelles », ce qui finit par jeter le discrédit sur toute l’institution.

 Isabelle de Gaulmyn

Lien à la Source

 (1) Le Dieu pervers, de Maurice Bellet, DDB, 396 p., 9,90 €.

 

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