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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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2 février 2020 7 02 /02 /février /2020 20:13
La question du sans-abrisme est négligée par l’État @Fred de Noyelle/Godong

La question du sans-abrisme est négligée par l’État @Fred de Noyelle/Godong

Le rapport de la Fondation Abbé Pierre alerte sur la situation des personnes les plus précaires. Des citoyens à la fois isolés, sans emploi, pauvres et mal-logés.

La Fondation Abbé Pierre a remis ce jeudi 30 janvier son rapport annuel sur l’état du mal-logement. Elle le fait chaque année depuis 25 ans. Et force est de constater que, d’année en année, le bilan est toujours aussi noir. ”Ce temps fort reconnu par les acteurs du logement, permet à chacun de prendre conscience de la gravité de la situation, alors même que des solutions existent pour sortir de l’exclusion les plus fragiles d’entre nous et leur donner une place à part entière dans notre société” explique Laurent Desmard dans son introduction.

La solitude, facteur aggravant

Le rapport de quelques 400 pages propose non seulement un état des lieux mais aussi des propositions. Laurent Desmard ne souhaite pas en effet se situer dans la seule dénonciation des “dysfonctionnements, de l’inertie des pouvoirs publics ou du manque de volonté politique au plus haut sommet de l’État”. Le président de la Fondation souhaite en effet rappeler la responsabilité de chacun “au sein d’une société à construire ensemble”.

Parmi les plus importantes conclusions du rapport, la situation des personnes seules. Le lien avec le mal-logement est flagrant. Plus on est seuls socialement, plus on risque d’être mal logés. Et la Fondation de décliner les situations : hommes et femmes seuls à la rue, personnes âgées en situation de veuvage, adolescents livrés à eux-mêmes…
 

Des enfants à la rue

Dans ses préliminaires, la Fondation revient sur des situations particulièrement alarmantes. En voici quelques exemples présentés dans le rapport. Fin novembre 2019, plusieurs associations ont alerté sur le fait que 500 à 700 enfants se voient refuser l’accès à un hébergement d’urgence chaque soir à Paris. 20 000 mineurs sont hébergés à l’hôtel, dans des conditions très précaires, dans l’ensemble de l’Île-de-France. Autre cas : en Gironde, le 115 refuse chaque jusqu’à 300 demandes. À Saint-Étienne, plusieurs familles avec enfants en bas âge, vivent dans des tentes sous un tunnel en plein cœur de la ville dans des conditions d’insalubrité inqualifiables. Dans le Rhône, 50 enfants sont quant à eux hébergés la nuit dans des écoles, avec leurs parents à Lyon, Vaulx-en-Velin et Villeurbanne. D’après le Centre d’action sociale protestant (CASP), 158 bébés sont nés au sein de familles sans domicile fréquentant un de ses accueils de jour à Paris en 2019, contre 100 en 2018 et 49 en 2017. L’enjeu parfois n’est même plus l’accès à l’hébergement mais aux couloirs des hôpitaux pour y dormir.

Morts sur un trottoir

Le rapport poursuit son constat effrayant. “En France, on vit à la rue, on naît à la rue et on y meurt aussi”. Le Collectif Les Morts de la Rue a recensé 683 décès en 2018, 15 % de plus que l’année précédente. Les personnes décédées au cours de l’année avaient entre 0 et 87 ans, 49 ans en moyenne. Treize étaient des mineurs, dont huit enfants de moins de neuf ans. Fin décembre 2019, 495 décès avaient été recensés au cours de l’année.

Le cas de Marseille

Un an après la catastrophe de la rue d’Aubagne, aucun des 400 immeubles évacués n’a été réhabilité. Dans la deuxième ville de France, près de 100 000 personnes vivent toujours dans quelque 40 000 logements indignes. En un an, 3 585 Marseillais ont été délogés, 1 837 sont encore hébergés provisoirement. 1 000 ont regagné leur logement, dont de nombreux sont encore insalubres et dangereux.

Quand l’État ne fait pas son travail

Les intérêts de ce gros rapport sont multiples. Il pallie en effet aux lacunes de l’État. Il n’existe en effet aucune étude récente commandée  par les derniers gouvernements sur la situation du “sans-abrisme” et du mal-logement dans notre pays. Les derniers enquêtes sur le sujet datent de 2012/2013 et l’Insee ne prévoit pas d’étude de ce genre dans les prochains mois.

Autre intérêt : le rapport ne se contente pas de décrire des situations mais présente une analyse critique des mesures gouvernementales qui ont amené cet état de fait. Il dénonce ainsi l’aggravation de la pauvreté et l’augmentation des inégalités depuis 10 ans. La Fondation est claire: les dernières mesures socio-fiscales du gouvernement d’Édouard Philippe ont d’abord profité aux plus riches des Français.

Troisième intérêt: la publication de nombreux tableaux qui mettent en lumière et résument un grand nombre de situations. Enfin de nombreux témoignages posent une touche humaine, et vibrante, sur ce constat, indigne d’un pays comme le nôtre.

Quinze propositions

Le document s’achève sur 15 propositions détaillées, souvent illustrées par des initiatives dans d’autres pays. En voici les intitulés:

1 – Reconnaître et respecter la Déclaration des droits
des personnes sans abri

2 – Engager sa ville dans une démarche Logement d’abord

3 – Résorber un bidonville en relogeant plutôt qu’en expulsant
 

4 – Proposer de vrais logements aux personnes dites
« Gens du voyage », sans discrimination

 

5 – Accueillir dignement les personnes migrantes : la ville refuge 

6 – Faire la transparence sur les attributions de logements sociaux 

7 – Rattraper son retard de quota Hlm de la loi SRU 

8 – Mobiliser le parc privé à vocation sociale 

9 – S’organiser efficacement contre l’habitat indigne

10 – Mettre en place un SLIME pour repérer la précarité énergétique

11 – Construire des projets ANRU avec les habitants

12 – Réussir la revitalisation des centres-villes

13 – Limiter les loyers les plus abusifs

14 – Des « organismes de foncier solidaire » pour accéder sans spéculer

15 – « Aller-vers » les personnes mal-logées pour lutter contre le non-recours aux droits
 

Pour aller plus loin

Le rapport de la Fondation Abbé Pierre est téléchargeable sur ce lien : ICI

Nathalie Leenhardt

Lien à la Source

 

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