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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 07:52
"Notre ultime bouclier a pour nom solidarité" - Alain Mabanckou © Getty

"Notre ultime bouclier a pour nom solidarité" - Alain Mabanckou © Getty

Alain Mabanckou est écrivain. Né au Congo-Brazzaville, il vit à Los Angeles, aux États-Unis, où il enseigne la littérature francophone. Dans cette lettre adressée à la France, il invoque les vertus de la solidarité

Chère France,

Je suis loin de toi, pourtant plus que jamais proche de ton cœur en ces temps où le monde doute de lui-même, agressé par un ennemi imperceptible. Les conséquences désastreuses de ces attaques ont considérablement changé notre manière de nous témoigner notre amour. Si je ne peux à présent t’embrasser, te prendre la main ou te chuchoter les mots les plus tendres, mes pensées, elles, n’ont jamais été aussi fortes que pendant cette période de confinement.

La Californie où je réside a, elle aussi, limité les mouvements des individus, les réduisant à demeurer en permanence dans leur domicile. Je lis avec attention tes nouvelles qui traversent l’Atlantique, je me réjouis des énergies que tu déploies, et c’est toujours ainsi que tu as souvent surmonté les épreuves les plus tragiques de ton histoire.

Dans mes prières quotidiennes, je pense aux personnes les plus fragiles, aux démunis, à celles qui risquent leur vie pour nous, à celles qui proposent leur humilité et leur générosité en réponse à la propagation de cette pandémie qui ne nous laisse pas pour l’heure entrevoir le bout du tunnel d’où proviendrait la lueur salvatrice du soulagement.

Dans cette atmosphère, nos querelles habituelles ne deviennent plus que des échos insipides, et tout ce que nous avons jusqu’alors pris pour acquis affiche désormais un coût hors de notre portée, quelle que soit notre classe sociale.

J’ai appris depuis mon pays d’origine, le Congo-Brazzaville, que le malheur a la mémoire courte et la vue réduite. Il se moque des mappemondes, des noms de contrées et entre chez vous sans frapper à la porte. Notre ultime bouclier a pour nom solidarité. Mais nous avons perdu son sens pour le règne impitoyable du chacun pour soi. Nos illustres écrivains nous ont pourtant dissuadé d’emprunter cette sente de l’égocentrisme.

Pour Victor Hugo, « le propre de la solidarité, c’est de ne point admettre d’exclusion ».

Dans Terre des Hommes Saint-Exupéry a noté des propos qui prennent actuellement une résonnance particulière :

« En travaillant pour les seuls biens matériels nous bâtissons nous-mêmes notre prison. Nous nous enfermons solitaires, avec notre monnaie de cendre qui ne procure rien qui vaille de vivre. »

Des mots qui devraient pousser à la réflexion celles et ceux qui estiment que leur survie individuelle est au-dessus de l’urgence de la pérennité du genre humain… 

Mais, chère France, la solidarité que nous réclamons aujourd’hui devrait également prévaloir demain lorsque le soleil reprendra majestueusement son cycle, satisfait d’avoir enfin consumé l’armée de ces bêtes terribles qui, dans leur capacité d’ouvrir les batailles sur tous les fronts, s’imaginaient défaire notre planète en s’appuyant sur notre impréparation.

Nous sommes une chaîne dont chacun des maillons, même les plus minuscules, contribue à la concordance et à l’équilibre de notre existence…

Alain Mabanckou"

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