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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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24 mai 2020 7 24 /05 /mai /2020 10:56
Homélie de la messe télévisée à Charleroi (Belgique) de ce dimanche 24 mai 2020

" Père, l’heure est venue, glorifie ton fils afin que ton fils te glorifie"

 Frères et sœurs, 

Avouons que ce passage est plutôt difficile à comprendre, en particulier pour des oreilles peu habituées au langage biblique. Dans cet extrait d’évangile - où Jésus se prépare à quitter ses disciples - un mot revêt une importance particulière et revient près de huit fois : c’est le mot gloire!

Si, dans le langage courant, la gloire est généralement associée à la célébrité, il en va autrement dans le vocabulaire biblique. Le mot gloire est très fréquemment utilisé, dans des sens et expressions très différents, presque ambivalents. La gloire consiste principalement à "donner du poids". Glorifier quelqu’un, c’est en définitive lui donner du poids, le révéler tel qu’il est. C’est faire en sorte qu’il s’épanouisse, qu’il resplendisse. La gloire de quelqu’un rayonne lorsque du poids est donné à ses paroles, de l’épaisseur à sa vie !

Une première question qui nous est adressée aujourd’hui est dès lors très simple : à qui voulons-nous… donner du poids? Autrement dit, pour qui et comment voulons-nous mener les vrais combats ? Est-ce en considérant la vie avec légèreté ? Ou est-ce avec des attitudes qui - sans gravité - donnent du poids à ceux qui n’en ont pas ? L’évangile nous rappelle qu’une vie accomplie malgré l’échec est une vie qui pose son centre de gravité en dehors d’elle-même ! A l’image de la relation entre le Père et le Fils. C’est finalement cela l’amour vrai : celui d’une personne qui met son centre de gravité dans le cœur de l’être aimé, sans nier pour autant ce qu’elle est. C’est cela aussi la prière : mettre son assise en dehors de soi, pour déposer son cœur dans celui de Dieu. 

L’évangile nous questionne donc sur le poids que nous donnons… mais aussi, plus subtilement, sur ce que nous faisons peser aux autres ! En effet, tout être humain a son poids à porter : son histoire, ce qu’il a reçu de ses parents, ses responsabilités, ses blessures… Il y a bien sûr le poids que nous donnons aux êtres, mais il y a aussi tout ce que nous faisons peser - consciemment ou non - sur les autres, tout ce qui est finalement pesant dans notre vie et qui nous tire vers le bas.

D’ailleurs, nous nous en déchargeons parfois sur les autres, par fragilité ou lâcheté. L’être humain a des responsabilités, mais aussi des conditionnements, des angoisses. Pour s’en convaincre, pensons simplement à ces parents qui "pèsent sur leurs enfants et leur demandent d'accomplir leurs espoirs déçus, de combler leurs manques" (1). Comment les enfants peuvent-ils alors honorer leurs parents - une parole si mal comprise -? N’est-ce pas justement en leur donnant le poids qui est le leur… et en ne portant pas ce qu’ils n’ont finalement pas à porter ? Certes, nous sommes invités à donner du poids à l’autre, à ceux qui n’en ont pas… Mais d’un autre côté, nous ne pouvons pas tout porter ! Il y a ces valises que nous ne pouvons porter seuls : qu’elles soient humaines, affectives, transgénérationnelles…

Glorifier Dieu, c’est donc trouver un équilibre dans nos relations humaines ! C’est mettre de la valeur là où elle doit être, mais c’est aussi accepter que les autres portent les enjeux qui sont les leurs… Comment s’épanouir si nous portons sans cesse des poids qui ne sont pas les nôtres ? N’est-il pas mieux de donner du poids… qu’en prendre ?

Cette gloire, si difficile à entendre et tellement présente dans la prière de Jésus, nous confronte ainsi à toute l’ambiguïté humaine. Nous sommes mêlés de bons et de mauvais sentiments. L’histoire tortueuse qui nous précède influence notre chemin. Nos faiblesses éclairent nos forces, et nos meilleurs côtés font parfois de l’ombre à nos fragilités ! L’être humain est ainsi fait qu’il n’est jamais pleinement du bon ou du mauvais côté. 

Voilà pourquoi, pour nous aider dans cette recherche d’équilibre, l’Esprit de sagesse et de vérité est vraiment notre défenseur. "Heureux êtes-vous si on vous insulte, parce que l’Esprit de gloire, repose sur vous", nous dit d’ailleurs la seconde lecture !  Comme pour nous rappeler que - même dans les situations limites de souffrance et d’injustice - une vérité plus grande est inscrite en Dieu. C’est un tel esprit, qui nous donne équilibre et assise lorsque tout semble s’effondrer !

Cet "esprit de gloire" nous aide à mettre un peu de légèreté lorsque le poids de la vie semble trop lourd !  Cet "esprit de gloire" nous donne de ne pas faire peser sur les autres ce qui nous encombre, mais de le poser simplement en Dieu. Cet "esprit de gloire", comme un vent de tempête, vient rendre possible ce qui semble finalement impossible à vue humaine ! 

Pour accueillir une telle sagesse, inscrivons alors toutes nos ambivalences, nos ambiguïtés, nos lourdeurs dans le cœur de Dieu et invoquons son Esprit !  Lui qui assouplit ce qui est raide et rend droit ce qui est faussé ; qui allège ce qui est pesant, et donne du poids à ceux qui n’en ont pas ! Amen. 

 Frère Didier Croonenberghs, dominicain

 Lien à la Source

 (1) Cfr André Wénin, Les dix paroles, Daniel Sibony

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