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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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21 mai 2020 4 21 /05 /mai /2020 20:40
Homélie du dimanche 24 mai 2020

Ce 7ème dimanche de Pâques est désormais officiellement considéré comme la Journée mondiale des communications sociales instaurée par le Concile Vatican 2. Dernier dimanche de Pâques, temps privilégié de l’annonce de la Résurrection du Christ, il se présente comme un entre-deux : il suit l’Ascension et précède la fête de Pentecôte qui inaugure la communication des apôtres avec les représentants de toutes les nations rassemblées à Jérusalem, et qui manifeste leur première annonce de l’Evangile. Les textes de ce dimanche nous apportent des éclairages intéressants sur le thème de la communication. Commençons par l’Evangile de Jean qui présente la communication avec Dieu inaugurée par le Christ et recommandée par lui à ses disciples.

« A l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père,
il leva les yeux au ciel et pria ainsi :
« Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie.
Ainsi, comme tu lui as donné autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle
à tous ceux que tu lui as donnés.
Or, la vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu,
et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ. […]
J’ai fait connaître ton nom aux hommes
que tu as pris dans le monde pour me les donner.
Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé fidèlement ta parole.
Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi,
car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données :
ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis venu d’auprès de toi,
et ils ont cru que c’était toi qui m’avais envoyé.
Je prie pour eux ; ils sont à toi, et tout ce qui est à moi est à toi,
comme tout ce qui est à toi est à moi, et je trouve ma gloire en eux.
Désormais, je ne suis plus dans le monde ;
eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. »

Jésus lève les yeux au ciel et s’adresse à Dieu et non plus à ses amis. Devant eux, il appelle Dieu « Père », pour que la connaissance qu’il a de lui soit transmise, communiquée à ses disciples. Une connaissance nouvelle de Dieu, de sa Parole et de sa volonté, des projets de son cœur pour l’humanité, des projets de paix, de justice et de miséricorde. Elle passe désormais par la connaissance de Jésus Christ, son Fils. Une connaissance du nom de Dieu, ce qui veut dire de son être et une connaissance de sa relation à l’humanité, de la manière dont il veut communiquer avec elle et dont elle est appelée à communiquer avec lui. Il est le Père de Jésus Christ, et en lui le Père de tous ses enfants de la terre.

Jésus parle aussi du monde. Il achève son séjour au milieu du monde, ce monde, a-t-il dit, que Dieu a tant aimé qu’il lui a envoyé son Fils. Désormais ce sont eux qu’il appelle à être présents dans le monde, à faire signe de lui, à rendre témoignage de lui, par la Parole et les comportements qui ont été les siens au milieu de tous et particulièrement des pécheurs, des pauvres, des malades. A eux d’être inventifs pour utiliser à cette fin, tous les moyens de communication, partout où les humains communiquent entre eux.

Dans l’Evangile de Jean, cette prière de Jésus pour ses disciples n’a pas été suivie aussitôt de leur proclamation publique de son message. Il leur a fallu ensuite vivre les heures noires de sa Passion et de sa mort scandaleuse, et traverser la nuit de leur incompréhension. Il leur a fallu désapprendre ce qu’ils pensaient être la manière pour Dieu de communiquer avec les hommes. Dieu, pensaient-ils peut-être, – et donc son Messie son envoyé – se devait de séduire, de persuader par la force et la contrainte, par les chantages religieux, par les apparats royaux ou princiers, par les déclarations et les projets politiques qui allaient enfin faire régner la justice, récompenser les bons et punir les méchants. En Jésus c’est l’inverse qui s’est produit : il a choisi le chemin du service, de l’abaissement, de la solidarité avec les humbles et les pauvres.

Cette prière de Jésus a été suivie d’un temps de retournement de leur intelligence et de leur foi après leurs désertions et leur dispersion, un temps de prière et de retrouvailles entre eux que Saint Luc décrit au commencement des Actes des Apôtres.

« Les Apôtres, après avoir vu Jésus s’en aller vers le ciel,
retournèrent à Jérusalem depuis le lieu-dit « mont des Oliviers » qui en est proche,
— la distance de marche ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat.
À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute
où ils se tenaient habituellement ;
c’était Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas,
Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques.
Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière,
avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. »

Saint Luc nomme quelques membres de la première assemblée chrétienne en prière. D’abord les Onze, présentés de manière nouvelle : les couples de frères, Pierre et André, Jacques et Jean ne sont plus cités ensemble ; ce qui est le signe peut-être que s’instaure une fraternité nouvelle sur la base non plus de la relation familiale naturelle, mais de la relation au Christ. Marie aussi est présente ainsi que quelques femmes et les frères de Jésus. Le verset suivant dira qu’ils sont au nombre de cent-vingt, au moment où ils se préparent à recevoir le don de l’Esprit Saint. C’est après cela qu’ils vont entreprendre leur communication avec le monde, et parler un langage nouveau, surprenant et compréhensible pour toutes les cultures de leur temps. L’extrait de la Lettre de Pierre que nous présente encore la liturgie ce dimanche, atteste du chemin spirituel que les disciples – et lui, particulièrement – ont vécu le temps entre Passion et Pentecôte.

« Puisque vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous,
afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera.
Si l’on vous insulte à cause du nom du Christ, heureux êtes-vous,
puisque l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous.
Si l’on fait souffrir l’un de vous,
que ce ne soit pas comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme dénonciateur.
Mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte,
et qu’il rende gloire à Dieu à cause de ce nom de chrétien. »

On peut noter deux changements essentiels chez les disciples dans leur manière de comprendre le Christ, de connaître Dieu comme Père et de vivre animés par l’Esprit qui repose sur eux désormais. « Pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? », leur avait déclaré les deux hommes en blanc après l’ascension de Jésus. Ils ont compris que le bonheur et la vie éternelle dès cette terre ne sont pas des expériences béates, des évasions de la condition humaine. C’est dans l’histoire du monde qu’ils ont à communier à la vie qui fut celle du Christ, depuis le jour où l’Esprit de Dieu reposa sur lui et l’envoya annoncer « la bonne nouvelle aux pauvres, la libération aux captifs et aux opprimés, la lumière aux aveugles ». Les membres de l’assemblée présentée par saint Luc attendent la venue de l’Esprit : c’est sur eux qu’il va reposer, et ils savent que la poursuite de sa mission d’Evangile peut entraîner souffrance et persécution. Cette mission implique de se faire comme lui serviteur de l’humanité, et de faire connaître et partager le bonheur de donner et de se donner qui est le bonheur de Dieu lui-même.

Pierre les invite à vaincre la peur et la honte. Il se souvient que la mort de Jésus, le mépris et la dérision dont il avait été victime les avaient paralysés. Il se souvient de son propre cheminement et le dépassement de sa crainte et de sa honte. Il se souvient de ses larmes après son reniement. Il les invite à être fiers d’être reconnus comme disciples du Christ en faisant le bien comme lui qui a honoré l’humanité, alors que ses meurtriers l’ont déshonorée et se sont couverts de honte pour toutes les générations à venir.

Retenons pour conclure le thème de cette journée : « Communiquer espérance et confiance en notre temps ». C’est une invitation à considérer l’histoire du monde et les histoires des hommes et des femmes, selon la logique de « bonnes nouvelles ». Il s’agit de lutter contre « deux maladies du système de communication actuel » que sont l’« anesthésie des consciences » et « l’abandon au désespoir ». Il est possible que la conscience soit cautérisée, comme le rappelle le pape François dans ‘Laudato si’, du fait que « les professionnels, les leaders d’opinion et les médias opèrent dans les zones urbaines éloignées des lieux de pauvreté et des besoins, et vivent une distance physique qui conduit souvent à ignorer la complexité des drames des hommes et des femmes. » Dieu fait partie intégrante de toute situation humaine et révèle que nous ne sommes pas seuls, parce que nous avons un Père qui n’a pas oublié ses propres enfants et un frère ressuscité.

 Michel SCOUARNEC

Prêtre du Diocèse de Quimper et Léon

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