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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 18:05
La cathédrale, dite aussi l’Arche d’alliance, 1908, d’Auguste Rodin. Dagli Orti / Musée Rodin Paris / Gianni Dagli Orti / Aurimages

La cathédrale, dite aussi l’Arche d’alliance, 1908, d’Auguste Rodin. Dagli Orti / Musée Rodin Paris / Gianni Dagli Orti / Aurimages

En 1908, Auguste Rodin réalisa une sculpture singulière, avec deux mains - deux mains droites, donc de personnes distinctes - qui se croisent et se lèvent jusqu’à ce que les pointes des doigts se touchent, presque en décrivant un arc : à une distance de temps, l’artiste parisien donna à cette œuvre, qui avait initialement appelé L’Arche de l’Alliance, le titre La Cathédrale. « Une cathédrale - écrit le cardinal José Tolentino de Mendonça - n’est pas seulement un territoire sacré extérieur auquel nos pas nous conduisent. Ce n’est pas seulement un temple situé dans un espace donné. Ce n’est pas non plus seulement un refuge indiqué par les cartes. Une cathédrale est également réalisée par nos mains ouvertes, disponibles et suppliantes, partout où nous nous trouvons. Car là où il y a un être humain, blessé de finitude et d’infini ».

Né en 1965 sur l’île portugaise de Madère, José Tolentino de Mendonça a signé des recueils de poèmes, de textes pastoraux et d’essais littéraires. Ordonné prêtre en 1990, il a été nommé en 2018 par le pape Bergoglio archevêque et archiviste-bibliothécaire de la Sainte Église Romaine. L’année dernière il a été créé cardinal. Le cardinal Tolentino de Mendonça - a été invité en 2017 au Festival de Bergame « Faire la Paix », en donnant une méditation sur le thème de l'« amitié ». Nous lui avons posé quelques questions sur son dernier livre et sur la valeur de l’espérance au temps de la pandémie de COVID-19.


Éminence, dans ces pages, en citant les chefs-d’œuvre d’Albert Camus (La peste) et de José Saramago (Cécité), vous dites que dans la situation actuelle nous avons absolument besoin «de trouver des paraboles

Que peuvent nous apprendre des romans et des contes comme ceux que vous avez mentionnés, qui se déroulent en temps d’épidémies ? Que l’humain a des capacités insoupçonnables de résistance au mal, au chaos ?
«Un des pouvoirs les plus importants que les histoires ont - et c’est ce que la littérature nous offre : une extraordinaire archive d’histoires - est celui de fonctionner comme miroirs de notre réalité. Nous lisons les histoires et nous nous sentons compris, parce que nous y trouvons décrite une expérience équivalente à celle que nous faisons et pour laquelle, bien souvent, nous n’avions pas encore trouvé les mots ou les mots justes. La situation d’urgence mondiale déclenchée par la pandémie nous a tous pris au dépourvu. Pour cette raison, au début nous ressentions tous le besoin de paraboles déjà écrites ou montrées par le cinéma qui racontent des expériences similaires. C’est une façon de dompter la peur de l’inconnu. Mais ensuite nous avons fait un pas en avant. Et nous avons commencé à désirer de nouvelles paraboles qui aident à interpréter et à donner un sens à notre souffrance la plus profonde. Je crois que le pape François est un maître extraordinaire. Cette célébration du vendredi soir sur la place vide Saint-Pierre a été la parabole la plus puissante et nécessaire pour ces temps. François, embrassant le vide et la solitude, c’est comme s’il les avait exorcisés : nous avons ainsi commencé à regarder le vide d’une autre manière. Cela montre que la foi est une parabole capable de toucher et de guérir le cœur humain ».


Dans les journaux et les médias sociaux, on écrit et on parle beaucoup sur la pandémie de coronavirus. Ne risquons-nous pas aussi de faire de la « mauvaise littérature» ou de la «mauvaise télévision» sur une situation objectivement tragique? Milan Kundera disait, en parlant du « royaume du Kitsch », que nous nous sommes émus pour nous-mêmes, pour nos dispositions d’âme, plutôt que pour ce qui arrive aux autres ?
«Comment le traumatisme est-il traité? Parce que, fondamentalement, c’est ce dont nous parlons quand nous parlons de la pandémie : un traumatisme, c’est-à-dire une agression inattendue pour laquelle nous n’avions pas de défense et qui a bouleversé notre image du monde. Une des choses importantes à faire sur le chemin de la guérison, selon les psychiatres, est de raconter notre histoire à quelqu’un. Pour cette raison, ce moment de pandémie est un temps de paroles, de comptes-rendus qui s’accumulent, de récits qui se chevauchent. Il est probablement "mauvaise littérature", mais peu importe, je crois qu’il aura un effet thérapeutique significatif. Ce que je recommande, c’est que nous fassions de ce moment un moment pour parler. Mais pas pour le mot répété et fatigué, pour les commentaires sur les images que nous avons envoyé sur Whatsapp, presque sans y penser. Il est essentiel que ce soit le temps pour les paroles que nous voulions dire et peut-être n’avons-nous pas encore dites, cette parole d’amour qui a été reportée, cette gratitude pour la vie de l’autre que nous n’avons pas encore eu le courage d’exprimer. C’est le moment ».


Peut-on appliquer à ce qui se passe la catégorie biblique de la «preuve»? Dit autrement : ce mal nous défie de ne pas adopter une attitude morale «supérieure», noblement stoïque, mais à ne pas céder au désespoir? Le désespoir - et non la fragilité - est-ce le contraire exact de la foi?
«C’est certainement un moment d'"épreuve", où nous sommes tous appelés à une réponse éthiquement qualifiée. Le pape François rappelle souvent un principe selon lequel "le temps est supérieur à l’espace". Ce principe est d’une grande sagesse, car il n’absolutise pas le présent, mais le place par rapport au passé et, surtout, à l’avenir. Nous avons un avenir ! Le discours de foi nous aide à embrasser la fragilité, à ne pas craindre la fragilité, mais il nous aide aussi à entendre à nouveau cette parole que Dieu dit à Abraham : "Lève les yeux de la terre et compte les étoiles". C’est aussi le moment de regarder les étoiles. Ou comme le disait la mystique Etty Hillesum, dans le journal qu’elle écrivit dans le camp de Westerbork, c’est le moment "de regarder les lys des champs"».


L’espoir ne demande-t-il pas de se traduire par des gestes concrets, par des décisions opérationnelles concernant le destin des collectivités, y compris au niveau politique ? Pour beaucoup, la question de ce qui nous attend à la fin de cette pandémie est peut-être encore plus angoissée que ce que nous vivons actuellement ?


« Il est important de se rendre compte que le monde ne sera plus ce qu’il était, et qu’il y a un nouveau chemin que nous devons suivre. Mais pour cela, nous devons renforcer notre expérience communautaire. C’est ensemble, tous unis, sans écarter personne, sans laisser personne derrière, que nous serons en mesure de relever les immenses défis qui nous attendent. Nous n’avons aucun doute : la seule véritable "immunité de troupeau", dont on parle tant, c’est l’amour, la justice sociale, la construction d’un monde plus humain. Toutes les autres "immunités de troupeau" sont précaires et ne feront qu’aggraver la crise. C’est le moment de marcher ensemble, en redécouvrant la signification concrète de paroles comme « nation, humanisme, vie commune, confiance ».
 

Giulio BROTTI

 

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