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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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14 juin 2020 7 14 /06 /juin /2020 14:28
Dans un Ehpad en juin  2020

Dans un Ehpad en juin 2020

Tribune

On peut s’interroger sur les enjeux d’une telle mobilisation pour le retour du culte et le peu d’investissement pour le drame de tant de personnes qui, malgré le dévouement des soignants, ont dû affronter la mort dans la solitude. Une tribune de Mgr Vincent Jordy, archevêque de Tours

En raison d’une pandémie mondiale, nous venons de vivre un temps totalement inédit et une expérience commune d’ampleur universelle. Pendant plusieurs semaines, nous avons tous et toutes été privés du bien le plus précieux, la liberté. Nous avons même vécu cette privation avec une docilité presque inquiétante, la santé semblant désormais l’horizon indépassable pour des existences confinées dans les impasses du consumérisme.

Cette perte de liberté a affecté toutes les réalités de la société. Elle a aussi concerné les religions. La liberté du culte public a été réduite, limitée au strict nécessaire. En France, ce domaine est sensible et surdéterminé par notre histoire particulière depuis deux siècles. Dans le domaine du religieux et des cultes, les tensions montent vite, le soupçon est presque permanent.

Pourtant, il faut souligner que notre pays a bénéficié d’un régime similaire à celui de pays voisins comme l’Allemagne ou l’Italie. Plus encore, les églises étaient parmi les seuls établissements recevant du public (ERP) ouverts durant le temps de confinement. On pouvait s’y recueillir, y célébrer les funérailles. Faut-il rappeler que le Saint-Père a présidé un temps de prière simple et profond sur une place St-Pierre vide ? Que la basilique St Pierre n’a été rouverte au public que depuis peu, tout comme le Saint Sépulcre à Jérusalem ?

Une action devant le Conseil d’Etat a permis de gagner quelques jours sur le calendrier

L’impossibilité de célébrer publiquement le culte a été un temps douloureux de manque. Manque du corps eucharistique pour les fidèles ; manque du corps ecclésial pour les célébrants. Lors du déconfinement, la conférence des évêques, en lien régulier avec les pouvoirs publics, et malgré des tensions et tractations inévitables à l’occasion d’une négociation de calendrier sur un sujet délicat, se préparait à pouvoir célébrer à nouveau à l’approche de la Pentecôte.

Est alors venue une action devant le Conseil d’État pour un rétablissement de la liberté de culte. Le grand intérêt de cette initiative est de nous avoir donné un arrêt du dit Conseil, très important à propos des cultes. Autre intérêt, surtout symbolique : elle a permis de gagner quelques jours sur le calendrier qui se négociait déjà.

On peut alors s’interroger sur les effets de cette action. Elle a, bien entendu, produit une satisfaction assez générale. Le signe donné par Jésus de la communion avec Lui et entre les baptisés était à nouveau accessible. Mais ce signe de communion est paradoxalement devenu le motif de comportements qui interrogent. La satisfaction s’est parfois muée en immodestie, voire en mépris, particulièrement sur les réseaux sociaux. Au début du Carême, Jésus nous invitait pourtant à la conversion et à l’action discrète et modeste pour la joie du Père. Et la Pentecôte nous a rappelé la manifestation authentique de l’Esprit, entre autres par la paix, la douceur, la bienveillance. Certains analystes observent que cette action signe la marginalisation de l’Église catholique dans la société. Quand on use de méthodes de syndicats ou de partis, on consent d’une certaine manière à en être un (1).

Affronter la mort dans la solitude

Mais surtout on peut s’interroger sur les enjeux d’une telle mobilisation d’énergie pour le retour du culte et le peu d’investissement dans ce qui pourrait sembler un enjeu bien plus fondamental. En effet, qu’est-ce que le jeûne eucharistique à côté du drame de tant de personnes qui, malgré le dévouement des soignants, ont dû affronter la mort dans la solitude, sans le soutien de leur famille, de leur Église, dans les hôpitaux, les Ehpad ? Qu’est-ce que la déshumanisation de la mort alors que la manière de traiter les morts est un des signes majeurs qui fonde et qualifie l’humanité ? Le « tout sanitaire », légitimé par un discours scientifique et technocratique dont on a pu observer les errances, devient-il l’horizon indépassable de l’humanité nouvelle qui autorise la restriction des libertés et des droits les plus fondamentaux ?

Sur cette question de la mort « volée », personne pour exciter les réseaux sociaux, personne pour mobiliser des juristes, peu de monde pour évoquer l’abandon de ceux qui sont partis sans bruit. Si nous ne voulons pas d’un nouveau déclassement de l’humanité, n’y a-t-il pas là une vraie cause à défendre ?

(1) Olivier Roy « Le croyant est-il un consommateur comme un autre ? », Nouvelobs.com, 8 mai 2020.

 

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