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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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31 juillet 2020 5 31 /07 /juillet /2020 07:23
Antraigues-sur-Volane, le village où Jean Ferrat s’installa en 1964. AUGROS PIERRE/LE PROGRES/MAXPPP

Antraigues-sur-Volane, le village où Jean Ferrat s’installa en 1964. AUGROS PIERRE/LE PROGRES/MAXPPP

En dépit de tous les confinements, les chansons nous emportent au loin par l’esprit. Ainsi Jean Ferrat s’est évadé pour l’éternité sur les sommets de la montagne ardéchoise où il se sentait libre. Troisième épisode de notre série d’été « Chanson voyageuse » (3/7)​​​
Dans La Montagne cohabitent deux chansons. L’une est sociologique, engagée et politique, déplorant l’exode rural et la désertification des campagnes. Ce thème scande tous les couplets avec force, dès les premiers mots : « Ils quittent un à un le pays/Pour s’en aller gagner leur vie/Loin de la terre où ils sont nés/Depuis longtemps ils en rêvaient/De la ville et de ses secrets/Du formica et du ciné… ».
Au refrain, le ton change, la musique aussi : un « pourtant » marque cette césure. Et le chant de Jean Ferrat devient une élégie bucolique, une célébration des hauteurs. Non pas de raides pics enneigés, mais de douces montagnes où vivent hommes et femmes dans les Cévennes ardéchoises. En s’y installant en 1964 après un coup de cœur pour une vieille propriété du village d’Antraigues-sur-Volane, Jean Ferrat a fait le chemin inverse de sa chanson.
Une marmite de soupe, une perfection
Ce néorural, né à Vaucresson (Seine-et-Oise, aujourd’hui Hauts-de-Seine), dont la famille a été déracinée par la guerre et l’assassinat de son père en déportation, se passionne pour son nouveau « pays ». Il en découvre les beautés et la permanence. Ainsi, reçu par une vieille dame au coin du feu, il soulève le couvercle d’une marmite où mijote une soupe. À ses yeux, cet humble mets, fruit du travail humain, touche à la perfection. « Je me demande ce qu’il restera d’une civilisation qui va sur la Lune et qui ne sait pas faire la soupe », confie-t-il dans l’émission « Discorama ».
Happés par le consumérisme des Trente Glorieuses, les jeunes partis à la ville, pressent-il, abandonneront leurs traditions et perdront en qualité de vie. « Il faut savoir ce que l’on aime/Et rentré dans son HLM/Manger du poulet aux hormones », cingle-t-il. « Le triomphe de La montagne, reconnue comme première chanson écologique, s’explique par le désenchantement des ruraux exilés dans les villes (…). Ils souffrent de la société dite de progrès », analyse Alain Marouani, son photographe et ami, dans Ferrat, l’inoubliable (Le Cherche Midi).
Beauté formelle
Au-delà de l’engagement et de la lucidité de Jean Ferrat, la chanson séduit avant tout par sa beauté formelle. « À bien des égards, La Montagne n’est pas loin d’atteindre des sommets. Le texte, une merveille de construction, se lit comme une petite nouvelle. Les images sont belles, fortes, originales. Le grave et le cocasse s’y juxtaposent sans se contredire, écrit son biographe Robert Belleret dans Jean Ferrat, le chant d’un révolté (L’Archipel). La musique est comme presque toujours, inventive, ample lumineuse, en harmonie avec le propos. »
La mélodie fluide et la belle voix grave de Jean Ferrat semblent ouvrir vers de hautes cimes au loin, un ciel immense aux couleurs de l’automne, un vent frissonnant, quelques nuages. Là-haut passent des hirondelles, peut-être déjà en partance vers des cieux plus cléments. Restera-t-il un chant d’oiseau ?, chantera Ferrat en 1976. Sa poésie et sa respiration font tout le charme de cette montagne magique.
L’Extrait de « La Montagne »
Jean Ferrat, 1964
« Le vin ne sera plus tiré
C’était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
à ne plus que savoir en faire
S’il ne vous tournait pas la tête
Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ? »

Nathalie Lacube


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