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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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31 août 2020 1 31 /08 /août /2020 11:38
Environ 300 personnes vivent dans le campement de Saint-Denis installé depuis début août sous le pont de l'autoroute A1. Crédit : InfoMigrants

Environ 300 personnes vivent dans le campement de Saint-Denis installé depuis début août sous le pont de l'autoroute A1. Crédit : InfoMigrants

À peine un mois après le démantèlement du campement d’Aubervilliers, environ 300 personnes vivent dans un campement installé à Saint-Denis, sous le pont de l’autoroute A1. Loin des distributions alimentaires et de vêtements, ils souffrent aussi du harcèlement policier.

Il y a de la colère ce vendredi matin dans la voix et sur les visages des hommes qui vivent dans le camp installé depuis un petit peu moins d’un mois à Saint-Denis, sous le pont de l’autoroute A1.

Comme tous les matins, la police est passée vers 6 heures et a ordonné aux personnes installées sur l’esplanade qui s’étend devant les lettres tricolores "UEFA Euro 2016" de "dégager".

Seules les tentes installées sur la pente de terre entre la route et l’esplanade ont le droit de rester. Le campement est contenu dans la partie la plus invisible et la plus dangereuse de cet endroit en tout point inhabitable.

Cerné d’autoroutes et de routes nationales, le lieu n’a pas un banc où s’asseoir, pas de toilettes et un seul point d’eau pour quelque 300 personnes. Une seule et unique chaise en bois a été posée au milieu du campement mais personne ne semble oser s’y asseoir.

Des distributions de plus en plus loin
Le campement compte environ 200 petites tentes et, chaque jour, de nouvelles s’y ajoutent a constaté l’association Utopia 56 qui passe très régulièrement sur le campement habité par des hommes seuls, originaires d’Afghanistan pour la grande majorité.

En cette fin de matinée, il n’y a qu’une cinquantaine de personnes sur le campement. Les autres sont partis chercher à manger ou bien tenter de trouver un moyen de contacter l’Ofii (Office de l’intégration et de l’immigration) dont le numéro unique d’enregistrement pour les demandeurs d’asile est injoignable ce matin.

Plus les campements de migrants sont éloignés de Paris, plus il est difficile pour les personnes qui y vivent de se rendre aux distributions de nourriture et de vêtements. Depuis le campement de Saint-Denis, il leur faut prendre le métro ou marcher près d’une heure pour rejoindre la porte de Saint-Ouen où l’Armée du Salut a déménagé sa distribution de petits déjeuners (rue André Bréchet), depuis le 24 août.

Nourriture et conseils administratifs
Les petits déjeuners sont l’occasion de se remplir l’estomac et de boire chaud mais aussi de profiter du petit confort qu’apportent les tables et bancs installés à côté du stand de distribution. Les demandeurs d’asile peuvent aussi faire un point sur leur situation auprès de France Terre d’Asile qui a installé son camion un petit peu plus loin. Quelques membres d’Utopia 56 sont également présents pour répondre à des questions.

Gulkhan, 25 ans, et Taher, 16 ans, ont l’air un peu perdus. Les deux amis originaires d’Afghanistan sont arrivés d’Allemagne la veille et ont été orientés vers le camp de Saint-Denis par un ami d’ami. Utopia 56 leur explique que Taher doit aller passer une évaluation pour faire valoir sa minorité et être pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE). L’adolescent dont le visage est mangé par un masque et de lourdes boucles noires qui lui tombent sur le front n’a pas l’air d’y croire.

Ce soir, il passera sans doute une nouvelle nuit dans le campement de Saint-Denis avec Gulkhan comme tous ceux qui, n’ayant pas pu obtenir une tente, s’étendent avec une simple couverture sur le sol, à côté des tentes.

Ce sont eux que la police cherche à évacuer tous les matins. Et parfois, l’opération est musclée. Khan, un jeune Afghan de 23 ans habillé d’une tenue à l’imprimé militaire, assure qu’une semaine plus tôt, les policiers ont fait usage de gaz lacrymogène pour déloger ces personnes.

Primo-arrivants et déboutés
"Le plus difficile, c’est que la police vient tous les matins nous dire de dégager", affirme-t-il. "Parfois, des gens extérieurs viennent aussi nous attaquer pour faire des bagarres et nous voler nos téléphones", raconte-t-il. Pour tenter de se protéger, les migrants du campement organisent désormais des tours de garde.

Khan vit depuis un mois environ sur le campement. Jusqu’à l’évacuation du 29 juillet dernier, il vivait dans celui d’Aubervilliers. Débouté du droit d’asile, il a déposé un recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA).

Le campement compte aussi des primo-arrivants et des "Dublinés" qui ont échoué sur ce coin inhabitable de Saint-Denis après des mois, voire des années, à sillonner l’Europe à la recherche d’une protection internationale qu’aucun pays ne veut leur accorder.

"Il faut fuir"
Quand on leur demande pourquoi ils sont partis de chez eux, beaucoup d’Afghans ont la même réaction : une sorte de sourire douloureux suivi d’un souffle et de quelques mots pour dire que la vie dans leur pays est tout simplement impossible. "L’Afghanistan est en train de sombrer, il faut fuir", résume un homme qui ne souhaite pas donner son nom, ni son prénom.

Les associations d’aide aux migrants dénoncent régulièrement les conditions de vie des exilés dans le nord de Paris et réclament des solutions d’hébergement pérennes pour les demandeurs d’asile et les personnes déboutées en recours.

"La rue, c’est l’école de la folie tout autant que de l’indignité", mettait récemment en garde Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile, dans une interview à InfoMigrants.

"On attend que les pouvoirs publics réfléchissent à une solution sur le long terme", avance Pierre Jothy, intervenant social au sein d’Utopia 56. "Si la seule la seule présence de l’État pour eux, c’est la police qui les repousse toujours plus loin, ce n’est pas acceptable."

Jusqu’ici, la réponse de l’État a en effet consisté à démanteler les campements de migrants et à pousser les exilés – par une forte présence policière dans le nord de Paris – à se déplacer plus loin, en périphérie. Les évacuations se suivent et les campements se reforment. Tout porte à croire que celui de Saint-Denis ne fera pas exception. D’ici là, le campement aura grossi.

Non loin des tentes, un homme s’est assis sur la chaise en bois. Les jambes croisées et les yeux rivés sur son téléphone, il semble avoir oublié le vacarme des camions qui passent en contrebas, sur la nationale.

Julia Dumont 

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