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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 10:43
La bibliste Anne-Marie Pelletier • CORINNE SIMON/CIRIC

La bibliste Anne-Marie Pelletier • CORINNE SIMON/CIRIC

[Interview] Le pape François a officialisé la possibilité pour les femmes de dire les lectures durant la messe ainsi que de participer au service de l’autel ou de donner la communion. Révolution ou normalisation ? Les explications de la bibliste Anne-Marie Pelletier.

Faire une lecture pendant la messe, être servante d’autel ou donner l’eucharistie : pour toutes ces tâches, les femmes peuvent maintenant recevoir une mission spécifique et stable de l’Église. C’est ce qu’instaure la lettre apostolique sous forme de motu proprio Spiritus Domini, rendue publique par le pape François lundi 11 janvier, en ouvrant le ministère institué de lecteur et d’acolyte, jusqu’ici réservé aux hommes, à tous. Une évolution qui officialise des pratiques déjà courantes dans de nombreuses églises de par le monde.
Cette évolution s’inscrit dans un « développement doctrinal », estime le pape dans une lettre qui accompagne cette modification du droit canon, qui « a mis en évidence le fait que certains ministères institués par l’Église ont pour fondement la condition commune du baptisé et du sacerdoce royal reçu dans le sacrement du baptême ».
« Dans l’horizon de renouveau tracé par le concile Vatican II, il y a aujourd’hui un sentiment d’urgence croissant pour redécouvrir la coresponsabilité de tous les baptisés dans l’Église, et en particulier la mission des laïcs », précise François avant d’ajouter : « Le fait d’offrir aux laïcs des deux sexes la possibilité d’accéder aux ministères de l’acolytat et du lectorat, en vertu de leur participation au sacerdoce baptismal, augmentera la reconnaissance, également à travers un acte liturgique (institution), de la précieuse contribution que depuis longtemps de très nombreux laïcs, y compris des femmes, offrent à la vie et à la mission de l’Église. » Ce changement arrive dans un contexte particulier : la question des ministères des femmes dans l’Église fait l’objet d’une étude particulière au Vatican ces dernières années, notamment avec la mise en place de la commission historique vaticane sur le diaconat en avril dernier. L’une de ses membres, la bibliste française Anne-Marie Pelletier, prix Ratzinger de théologie en 2014 et auteure du récent l’Église, des femmes avec des hommes (Cerf), analyse pour La Vie les implications de ce motu proprio.
Le pape modifie le droit canon en ouvrant la possibilité aux femmes de se voir confier un ministère de lectorat et d’acolytat. De quoi parle-t-on ?
Le ministère de lectorat concerne la proclamation de la Parole de Dieu, au cours de la célébration de l’eucharistie, hormis celle de l’Évangile qui revient au prêtre ou au diacre. Quant au ministère d’acolyte, il est en rapport avec le service de l’autel, donc aux actes qui sont nécessaires pour assister l’officiant, en particulier distribuer la communion, mais aussi porter solennellement l’évangéliaire ou le cierge.
Qu’est-ce qui change, en pratique ?
Ces gestes ne relèvent plus, depuis 1972 et le motu proprio Ministeria Quaedam de Paul VI, des ordres mineurs qui étaient des étapes vers l’ordination presbytérale. Ils sont devenus accessibles aux laïcs. À condition que ces laïcs soient des hommes, spécifiait le droit canonique ! Une disposition bien dans l’air d’une longue tradition défavorable aux femmes mais qui, heureusement, nous apparaît aujourd’hui intenable, pour ne pas dire scandaleuse. Non seulement les femmes, on le sait, sont soigneusement tenues à l’écart de la prêtrise, mais on ajoutait alors une discrimination hommes/femmes jouant à l’intérieur même du laïcat. Le bon sens anthropologique et théologique fait d’ailleurs qu'un grand nombre de communautés a adopté des pratiques où les filles et les femmes remplissent depuis longtemps ces tâches à la fois avec gravité et naturel. Loin d’une logique de revendication ou de rivalité. Une réalité que le pape François légitime.
Dans tous les lieux, nombreux, où l’on vit cette parité baptismale, sa justesse sera confirmée.
Est-ce que cela va se traduire par un bouleversement des pratiques dans les églises ?
Dans tous les lieux, nombreux, où l’on vit cette parité baptismale, sa justesse sera confirmée. Ailleurs, il devrait y avoir matière à approfondir la réflexion. Nous continuons ici ou là à être embarrassés de très anciens préjugés relatifs à une prétendue impureté des femmes qui les rendrait inaptes au service de l’autel ! Occasion d’en finir avec ces fantasmes. En fait, au niveau des pratiques, ce texte nous rend à une relation simplement normale entre les sexes, que l’Église a un besoin urgent de retrouver.
Il a cependant une valeur symbolique incontestable dans la mesure où il permet que les femmes accèdent ainsi à des ministères institués, auxquels seuls les hommes pouvaient prétendre. Là est la nouveauté. Il ne s’agit plus seulement d’envisager et de permettre une participation extraordinaire des femmes à l’action liturgique, comme cela se fait largement. C’est la réalité d’un ministère institué qui est légitimée. Canoniquement nous franchissons une frontière. Et c’est tout à fait heureux. Nous sortons d’une certaine phobie où les femmes devraient rester à la marge de l’institutionnel, de peur que soit remis en question l’ordre clérical.
Comment ce changement s’inscrit-il dans les réflexions de la commission historique vaticane sur le diaconat ?
La pandémie a compliqué les travaux de cette commission, qui n’a pas encore pu se réunir. Mais ce motu proprio relance en effet des questions à proximité des débats sur un diaconat féminin. Là aussi, la dissymétrie discriminante entre hommes et femmes n’est plus tenable. Le monde catholique se disqualifie en se cramponnant à semblable exclusion. Reste que, dans ce cas, le débat va se faire plus difficile dans la mesure où le diaconat des hommes est objet d’une ordination. Les femmes diacres pourraient-elles être ordonnées dans cette diaconie ? Il nous faudra veiller en tout cas à ne pas tomber dans le piège qui ferait du diaconat des femmes une version sous-dimensionnée de celui des hommes.

Interview de Sophie Lebrun


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