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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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14 janvier 2021 4 14 /01 /janvier /2021 17:07
En 2020, une vingtaine de policiers ont mis fin à leurs jours. (©Illustration / La Dépêche de Louviers)

En 2020, une vingtaine de policiers ont mis fin à leurs jours. (©Illustration / La Dépêche de Louviers)

Écœuré, Marc envisage de quitter la police après 30 ans de service à Bordeaux (Gironde). Entre dépression et profonde remise en question, le fonctionnaire raconte son burn-out.
En 2020, une vingtaine de policiers ont mis fin à leurs jours.
Perte de sommeil, larmes, pensées suicidaires… Marc (son prénom a été modifié), bientôt 30 ans de police à Bordeaux (Gironde), a été victime d’un burn-out.
Depuis mars 2020, le fonctionnaire est en arrêt de travail. « Je me suis enfoncé tout seul dans la dépression. Oui, j’ai pensé au suicide ! », admet-il, le souvenir encore douloureux.
Une vingtaine de suicides de policiers en 2020
Au 17 décembre, 28 policiers auraient mis fin à leurs jours depuis le début de l’année. Marc aurait pu rallonger cette macabre liste mais il a tenu bon, grâce à sa famille.
« Tu n’as pas intérêt à y penser », l’a sermonné sa femme quand il combattait ses idées noires. Marc se rappelle de longues heures, seul dans l’obscurité de son salon, parfois de minuit à cinq heures du matin, à cogiter. Encore et encore.
« On pense que ça n’arrive qu’aux autres jusqu’au jour où ça nous arrive », prévient ce grand gaillard, dont le physique de rugbyman cache les fragilités profondes.
« Le burn-out ? C’est quelque chose de tabou »
Selon lui, ce burn-out s’est installé petit à petit, de manière sournoise. Il a fini par appeler la psychologue du travail pour discuter de son mal-être. Une démarche louable, qui lui permet près d’un an plus tard, d’envisager un avenir plus heureux.
Ses collègues ? Ils n’ont rien vu, assure Marc. « C’est tabou de parler de ces choses-là au commissariat », justifie le fonctionnaire, même s’il assure que beaucoup d’autres collègues éprouvent « une lassitude », comme il l’appelle, par rapport à leurs conditions de travail.
« On se retrouve constamment entre le marteau et l’enclume, développe-t-il. Nous ne sommes pas suffisamment aidés par les hautes sphères de l’État et le citoyen ne nous aime plus. Il y a un vrai désamour de la population à notre égard, il faut dire ce qui est. »
Les mentalités ont changé dans la police
Pour Marc, cette rupture est un vrai déchirement. Le père de famille se rappelle de l’époque où il a choisi d’embrasser cette profession. « Par vocation », insiste-t-il. « À l’époque, on était fier de dire qu’on était dans la police. Aujourd’hui, on a honte ! »
J'ai l'impression de ne plus me sentir utile. Je ne me retrouve plus dans mon métier. La profession a beaucoup évolué en 30 ans. En mal.
Dans les rangs de la police, il souligne des caractères devenus individualistes, un esprit d’équipe disparu et des erreurs de casting.
Dans la rue, le fonctionnaire regrette des provocations incessantes, des regards de défi, parfois même des insultes ou pire, des jets de projectiles dans les quartiers sensibles.
La crainte des représailles
Puis, avec la multiplication des mouvements sociaux type Gilets jaunes, Marc commençait à s’inquiéter d’éventuelles représailles à cause d’une exposition nouvelle.

« Avec toutes les vidéos de policiers diffusées sur les réseaux sociaux, j’avais la crainte qu’on retrouve ma famille et qu’on s’en prenne à mon épouse ou mes enfants », dit-il.
Actuellement, avec le projet de loi sur la sécurité globale, le gouvernement planche d’ailleurs à limiter la diffusion d’images de forces de l’ordre.
L’article 24, qui suscite une forte opposition citoyenne, précise qu’une diffusion pourra être sévèrement punie si elle vise à leur nuire « physiquement ou psychiquement ».
Il opte pour la reconversion
Pour Marc, qui reconnaît que les vidéos ont quand même permis de mettre en lumière certaines bavures policières, le débat est certainement ailleurs.
Rester ou quitter la police nationale ? « J’essaye de partir, répond-il, avant de se reprendre. Enfin, je veux partir ! Je n’ai plus aucune part d’hésitation. Pour faire quoi ? Je ne sais pas encore mais certainement quelque chose de complètement différent. J’ai entamé les démarches, le processus est en marche. J’attends des réponses. »
En attendant, après entretien avec son médecin traitant et la psychologue de la police, il a été jugé apte à reprendre le travail. Le policier doit faire son retour au commissariat en début d’année 2021. Mais pour combien de temps ?

Nicolas GOSSELIN

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