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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 19:18
Alors, c'est dur d'avoir 20 ans en 2020 ?

Alice, membre du Service Jeunes partage la façon dont elle vécu ces derniers mois et comment elle perçoit l'avenir

« Si j'ai parfois envie de tout laisser tomber, je crois que c'est pourtant cette confiance qui me permet de continuer d'espérer »

Hier, en triant les photos accumulées sur mon téléphone depuis le début de l’année 2020, j'ai réalisé à quel point en quelques mois la crise sanitaire a chamboulé nos vies et modifié nos rapports les uns avec les autres.
Parmi les photos échangées lors du premier confinement, on compte des photos de la vie quotidienne de chacun, enfants et petits-enfants, parents et grands-parents. On compte aussi les souvenirs repartagés d’un temps où l’on pouvait se retrouver et s'embrasser sans devoir maintenir une distance de sécurité, un temps où l'autre n'était pas quasi systématiquement perçu comme un danger. On compte enfin des instants saisis d’une Nature qui s'épanouit et qui émerveille, une Nature qui semble avoir pu profiter de quelques mois de répit.
Quand je fais défiler la suite des photos, se dessine un été marqué par une volonté d’insouciance, de croire que tout cela est derrière nous, alors même que les concerts de rue et les festivals sont annulés et que nous nous habituons peu à peu à un masque, chose qui nous aurait paru totalement invraisemblable quelques mois auparavant. Puis, C’est la rentrée : vie étudiante « distanciée » et réduite mais présente malgré tout : concerts. Spectacles, anniversaires au restaurant pour quelques jours seulement hélas ! En effet, de nouvelles mesures restrictives imposent les cours en visio et tous les lieux de rencontre ferment à nouveau.
Les dernières photos sont celles prises et échangées pendant le confinement de novembre lors des cours, réunions et anniversaires en visio, toutes que j’aurais difficilement pu imaginer il y a un an mais qui sont tout de même l’occasion d’échanger et de maintenir du lien. Ce sont aussi les photos de fêtes de Noêl, prudentes qui se réinventent, et pendant lesquelles parfois pour la première fois, on ne retrouve pas forcément grands-parents et cousins. Ce sont enfin les vœux, eux aussi prudents, mais remplis d’espoir et mêlés comme ce fut le cas pendant toute l'année d’un humour pinçant sur la pandémie.
« Alors c'est dur d’avoir 20 ans en 2020 ? » m’a-t-on demandé. Je pense que ce qui est dur, c'est avant tout de se projeter, de rêver, de s’imaginer un futur alors que l’avenir semble bouché, incertain et que les discours annonciateurs de fin du monde se multiplient, y compris de la part de personnes proches qui sans vouloir nous plomber y parviennent malgré tout et rendent encore plus difficile l’Espérance. Il me semble que celle-ci nous est pourtant nécessaire et qu'elle constitue peut-être l’issue que nous cherchons.
Espérer et croire que nous allons vers un monde nouveau plus respectueux de cette Nature qui nous émerveille et plus respectueux des autres êtres humains, un monde aussi, où la culture serait reconnue comme primordiale. Espérance enfin que les prises de conscience quant à la nécessité d’opérer en soi le changement que l’on veut voir s’opérer dans le monde se multiplient.
Mais comment continuer d’espérer et trouver du sens dans mes études lorsque l’on me dit que je n'ai pas de futur ? Comment me projeter ? Comment continuer d’espérer lorsque j’entends qu'une grande partie de la planète sera invivable d'ici quelques années car la crise climatique est bien trop souvent reléguée au second plan ? Comment continuer d’espérer lorsque je vois que des femmes, des hommes et des enfants sont accueillis dans notre pays de façon inhumaine alors qu’ils ont dû fuir le leur à cause de la guerre ?
Le chemin est peut-être non seulement de faire sa part, tel le colibri de la légende amérindienne, mais aussi de se relier aux autres par le dialogue par l’échange, le partage, l’écoute. Se relier aussi à plus grand que soi : l’Univers, Dieu ou quel que soit le nom que l’on donne à cela. Et surtout faire confiance à ce qui advient, même si cela parait compliqué. Il me semble faire confiance à ce qui advient. C’est l’attitude qu’a Syméon lorsqu'il accueille Jésus enfant au Temple de Jérusalem. Après lui, nous pouvons apprendre à chanter : « Maintenant ô maitre souverain, tu peux laisser s’en aller ton serviteur dans la paix selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu prépares la face des peuples ». Faire confiance et se relier à plus grand que soi, C'est pour moi, bien que cela puisse paraitre absurde dans certaines situations, se dire que chaque expérience que nous traversons, même la plus difficile, peut nous aider à avancer en éclairant notre chemin. Il s'agit aussi de faire confiance au temps pour qu’il nous laisse peu à peu entrevoir des bribes de ce sens que nous cherchons. Accepter de ne pas savoir ce qui arrive et faire confiance malgré tout. Ça n’est pas toujours facile à entendre mais si j’ai parfois envie de tout laisser tomber, je crois que c’est pourtant cette confiance qui me permet de continuer d’espérer.

Alice, membre du Service Jeunes de la Communauté Mission de France

Paroles, Magazine de la Communauté Mission de France n°23 
Mars-Mai 2021 Pages 18-19

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