Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Présentation

  • : Journal de Denis Chautard
  • Journal de Denis Chautard
  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
  • Contact

Recherche

Articles Récents

7 avril 2021 3 07 /04 /avril /2021 15:54
Photo www.ipreunion.com

Photo www.ipreunion.com

La faculté de théologie catholique de Strasbourg organise, du 7 au 9 avril, un colloque autour de l’impact du Covid sur les pratiques pastorales et la recherche théologique. L’engagement liturgique se conjugue avec le « sacrement du frère ».

« Dans un univers incertain, quelle place pour une parole théologique ? » Plus d’une centaine d’inscrits vont suivre en visioconférence l’École théologique de printemps, organisée les 7, 8 et 9 avril par la faculté catholique de Strasbourg (1). Une réflexion qui veut mêler la réalité à la recherche, la pratique à la théologie.
Ainsi, pour favoriser les rencontres et susciter le dialogue, la théologienne Christine Aulenbacher a deux alliés étonnants : Ignace et Inno’Sens. Deux… ânes qui l’aident à entrer en contact lorsqu’elle mène ses travaux. « La théologie qui oublierait la relation à l’autre négligerait le huitième sacrement, le sacrement du frère », précise la coordinatrice du colloque alsacien.

Soins pastoraux

C’est justement cette théologie pratique qui se trouve bousculée par le Covid : « Quand vous êtes ’“cas-contact’’, vous êtes paradoxalement isolé et sans… contact avec les autres », remarque encore la théologienne. Contacts interpersonnels réduits, pratique liturgique contrariée, accompagnement des malades difficile… Comment « faire du lien » intergénérationnel, interculturel avec le confinement ? Les règles sanitaires viennent interroger de plein fouet la fraternité.

« Le coronavirus nous a révélé notre fragilité », témoigne le père François Nakatala, théologien congolais et curé de la communauté de paroisses du Ried Major en Alsace. Lui-même contaminé et malade pendant quarante jours en février 2020, il a éprouvé la solitude, seul dans son presbytère : « C’était la première vague, on ne savait rien, il n’y avait pas encore de masque… » S’imposent alors deux priorités dont il fait part à ses fidèles : être assidu dans la prière et garder présent le service du prochain : « Il fallait apporter les soins médicaux aux personnes, mais aussi les soins pastoraux. »

Sortie de crise

Face à l’épidémie, l’Église s’est trouvée dans une situation inédite, dépossédée. Ce qu’explique le père Bernard Xibaud, chancelier du diocèse de Strasbourg : « Jusqu’alors, quand pointait le péril, les églises se remplissaient, or, il n’était plus possible de se réunir. De même, les religieuses, les prêtres étaient les premiers sur le front pour soigner et soulager les malades. Mais ils ne sont plus dans les structures de soin, et même les aumôniers étaient écartés. » → ANALYSE. Un colloque pour relire la liturgie à l’épreuve du Covid-19 Ces changements inspirent cette réflexion à Henry Quinson, écrivain et ancien moine : « L’épidémie que nous traversons s’inscrit dans la continuité de la mondialisation. Alors que les pays sont lancés dans une compétition aux vaccins, on oublie que la vraie sortie de crise sera collective. » S’appuyant sur la pensée de Teilhard de Chardin, il décrit dans son dernier livre (2) « une humanité arrivée à l’âge adulte » marquée par l’individualisme, notamment en matière religieuse : « Ayant fait l’expérience de ne plus aller à la messe pendant plusieurs mois, allons-nous nous détourner des rites, ou au contraire approfondir une relation de proximité ? » Que reste-t-il de la vie ecclésiale quand chacun se débrouille avec des exercices de méditation confinés ?

Présence auprès des plus fragiles

Parce que l’Église ne peut pas se dire seulement à travers le culte, ces derniers mois ont été marqués par des élans renouvelés de solidarité, une réelle présence auprès des personnes de la rue, auprès des plus fragiles, des personnes âgées, des jeunes.
« Je ne leur parle pas d’abord de Dieu tout-puissant, explique Cécile Entremont, théologienne et psychanalyste. Je parle de la vie avant de parler de Dieu, et du respect de la vie en eux, autour d’eux, aussi bien envers les personnes que la nature. » Une référence évidente à l’encyclique Laudato si’ du pape François, même si le respect de la vie est prêché par les religions depuis longtemps.

Croire en la vie

Et Cécile Entremont se plaît à faire référence au pasteur alsacien Albert Schweitzer, avant de poursuivre : « Avec la pandémie, la question de notre finitude se pose à tout le monde. Or, croire en Dieu, c’est croire en l’infini de la vie qui est croissance, ouverture, espérance. »

Durant ce colloque d’une théologie nourrie de l’expérience interviendront encore le doyen de la faculté de théologie catholique de Strasbourg Denis Fricker, le dominicain Philippe Lefebvre, le bénédictin François Cassingena-Trévedy, ce dernier tirant les leçons du confinement dans un récent livre (3) : « Une civilisation différente doit absolument commencer à naître de cette épreuve. (…) Le confinement nous révèle le vital de la vie ; en nous mettant en arrêt, il fait de nous les artistes des tâches les plus humbles. »
-----------

De la difficulté de faire respecter les gestes barrières

Depuis leur réouverture, les lieux de culte sont tenus à des mesures barrières strictes : port du masque, occupation d’un siège et d’une rangée de bancs sur deux. Une souffrance pour certains paroissiens, qui se voient parfois refouler aux portes du lieu de culte dont les capacités sont dépassées. Pour que chacun puisse assister à la messe, quelques paroisses s’organisent pour mettre en place plus de célébrations.
Cependant, quelques fidèles jouent les récalcitrants, à l’image de la paroisse Saint-Eugène Sainte-Cécile du IXe arrondissement parisien, dont la vidéo de la messe de Pâques sans aucune mesure barrière, fait beaucoup réagir depuis lundi 5 avril. Dans les paroisses, ce genre de comportement reste toutefois le fait d’une minorité.

(1) https://theocatho.unistra.fr/agenda/evenement/news/ecole-theologique-de-printemps/
(2) Et l’homme devint Dieu, Henry Quinson, Le Passeur éditeur, 206 p., 18,90 €.
(3) Chroniques du temps de peste, François Cassingena-Trévedy, Tallandier, 172 p., 18 €.


Christophe Henning, 

Lien à la Source

Partager cet article

Repost0

commentaires