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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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5 avril 2021 1 05 /04 /avril /2021 18:26
Dante par Sandro Botticelli vers 1495.SUPERSTOCK / AURIMAGES

Dante par Sandro Botticelli vers 1495.SUPERSTOCK / AURIMAGES

On savait l’inclination personnelle du pape François pour l’œuvre de Dante Alighieri (1265-1321), souvent citée dans ses discours depuis son élection. À l’automne, recevant une délégation de l’archidiocèse de Ravenne – où le poète passa les dernières années de sa vie –, François avait indiqué vouloir revenir substantiellement sur les écrits et l’expérience de Dante, notamment celle de l’exil, afin d’éclairer ce qu’il peut nous apporter pour « traverser les nombreuses forêts obscures de notre terre ».
Le pape a surpris et réjoui ce jeudi 25 mars à midi en honorant sa promesse sous la forme d’une lettre apostolique (1), ouvrant ainsi les célébrations des 700 ans de la mort de l’écrivain italien. Le jour de la fête liturgique de l’Annonciation et l’heure de l’angélus n’ont pas été choisis au hasard pour publier ce texte dont le titre, Candor lucis aeternae (« Splendeur de la Lumière éternelle »), invite à méditer l’Incarnation. Il convoque le souvenir de Marie chantée par saint Bernard sous la plume de Dante : « Vierge mère, fille de ton fils,/humble et haute plus que créature,/terme arrêté d’un éternel conseil,/tu es celle qui a tant anobli notre nature humaine que son créateur daigna se faire sa créature/Dans ton ventre, l’amour s’est rallumé,/par la chaleur de qui, dans le calme éternel/cette fleur ainsi est éclose. »
Cette lettre apostolique, belle et littéraire, profonde et éclairée par la voix du poète, salue d’emblée la puissance de la littérature pour dire la profondeur de l’Amour. Et elle veut tout autant manifester de l’œuvre de Dante son actualité, « saisir ces avertissements et ces réflexions qui encore aujourd’hui sont essentiels pour toute l’humanité, pas seulement pour les croyants ».
Un appel à la fraternité
Inscrivant sa parole dans la continuité de ses prédécesseurs (François rappelle qu’en conclusion des travaux du concile Vatican II, Paul VI offrit aux pères conciliaires une édition artistique de La Divine Comédie), l’auteur de Fratelli tutti invite à contempler l’héritage vivant constitué par cette œuvre italienne médiévale comme un appel à la fraternité. Cette fraternité contemporaine, le pape la voit aussi dans le miroir tendu à tous les exilés, le poète ayant été banni de Florence et contraint à l’errance en 1302 après les troubles politiques entre guelfes blancs et noirs. François souligne la créativité et la vitalité que Dante y puisa : « En réfléchissant en profondeur sur sa situation personnelle d’exil, d’incertitude radicale, de fragilité, de mobilité continuelle, Dante transforme celle-ci en la sublimant dans un paradigme de la condition humaine, laquelle se présente comme un chemin, intérieur avant d’être extérieur. »

Rejoignant Paul VI qui insistait sur la finalité transformatrice de La Divine Comédie, François trouve aussi dans cette lecture un fort appel à la conversion. Dante est pour lui un « prophète d’espérance »,messager de la miséricorde et du libre arbitre autant qu’il sait décrire l’ardeur du désir humain, qu’il évoquait dans le premier chant de l’Enfer : « Mais toi, pourquoi retournes-tu vers cette angoisse ?/Pourquoi ne vas-tu pas à la douce montagne/qui est principe et cause de toute joie ? »

Un récit contemporain

Le pape propose ainsi Dante comme un modèle à imiter afin d’atteindre « la voie droite pour vivre pleinement notre humanité », a fortiori à notre temps marqué par « beaucoup d’ombres, par des situations qui dégradent l’humanité, par un manque de confiance et de perspectives d’avenir ». François insiste sur la contemporanéité du récit dantesque, composé jadis, ce fut une première, en italien et non en latin : « Si Dante raconte tout cela en utilisant la langue du peuple, celle que tous peuvent comprendre l’élevant au rang de langue universelle, c’est parce qu’il a un message important à nous transmettre, une parole qui veut toucher notre cœur et notre esprit, destinée à nous transformer et à nous changer dès maintenant, en cette vie. »
Enfin, le pape prend plaisir à commenter avec un regard très neuf la brève apparition de François d’Assise parmi les nombreux saints évoqués par Dante, marquant leur proximité : « Le premier est sorti du cloître avec les siens, il est allé parmi les gens dans les rues des villages et des villes, prêchant au peuple, s’arrêtant dans les maisons. Le second a fait le choix, incompréhensible à l’époque, d’utiliser la langue de tous pour son grand poème de l’au-delà, et de peupler son récit de personnages, connus et moins connus, mais absolument égaux en dignité aux puissants de la terre. Un autre trait rapproche les deux personnages : l’ouverture à la beauté et à la valeur du monde des créatures, miroir et “trace” du Créateur. »

(1) Les deux précédentes avaient été consacrées à saint Joseph (décembre 2020) et à la crèche (décembre 2019).

Sabine Audrerie

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