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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Secrétaire de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier Catholique des personnels de la Préfecture de Police de Paris
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11 mai 2021 2 11 /05 /mai /2021 17:13
Registre des hommages au Brigadier Eric MASSON ce mardi 11 mai à la Préfecture de Police de ParisRegistre des hommages au Brigadier Eric MASSON ce mardi 11 mai à la Préfecture de Police de Paris

Registre des hommages au Brigadier Eric MASSON ce mardi 11 mai à la Préfecture de Police de Paris

Policier tué à Avignon : police meurtrie, foule digne en Avignon ce dimanche 9 mai

Présent dimanche lors de l'hommage rendu à Avignon à Eric Masson, policier tué lors d'une opération anti-drogue mercredi dernier, Jean-Marc Gentil, ancien administrateur général au ministère de l’Intérieur, raconte ce moment de communion.
Il fait un soleil de plomb en ce début d’après-midi du 9 mai dans la Cité des Papes.
Les rues sont presque désertes mais, pressant le pas, des centaines de citoyens ordinaires se dirigent en silence vers l’hôtel de police. Ils se regardent les uns les autres comme pour partager un signe, une fraternité dans la peine. Je suis l’un d’entre eux, venu exprimer mon chagrin et ma fidélité à l’institution policière.
À l’heure dite, 14h, tous sont regroupés sur le boulevard Saint-Roch où les autorités ont interrompu la circulation. Combien sommes-nous, trois mille, quatre mille, plus peut-être, une masse compacte venue de la région.
Les effectifs de police d’Avignon et du Vaucluse sont en petits groupes dans l’enceinte de l’hôtel de police, arborant fièrement des t-shirts aux couleurs sombres qui mentionnent leurs services. Certains se soutiennent d’un geste fraternel.
L’émotion est sincère ; les phrases sont courtes parce que l’heure n’est pas aux longs 
Beaucoup d’anciens policiers sont là aussi qui évoquent leur ancienne fonction. Auprès de moi, j’entends qu’ils se souviennent et insistent sur l’indigence des moyens des services de police, illustration du sentiment d’abandon qui émane de ces anciens gardiens de la paix publique.
Quelques brèves prises de parole de leurs représentants accroissent la gravité de l’instant. Leur émotion et sincère, leurs propos sont entrecoupés de sanglots à peine contenus, leurs phrases sont courtes parce que l’heure n’est pas aux longs discours. Ils ont pris la mesure du sentiment de recueillement qui les environne et évoquent sobrement la personnalité de la victime, courageux, sportif, engagé dans sa mission jusqu’au sacrifice.
L’orateur rappelle qu’à cette heure le coupable de la barbarie n’est pas encore appréhendé ce qui provoque un soupir indigné de la foule.
Comme une ponctuation de chacune des phrases fortes, des applaudissements spontanés et rythmés manifestent l’approbation et le soutien de tous.
Puis, profitant d’une interruption, une voix d’homme, comme venue des solides remparts du XIVème siècle, entame, seul mais parfaitement audible, les premiers mots de la Marseillaise. Immédiatement, tous l’entonnent avec une conviction manifeste et la force symbolique et patriotique qu’incarne ce chant. A cet instant, il est comme un cri un cri de douleur, mêlée de dignité, de solidarité avec la victime et sa famille, de tristesse et probablement de révolte.
Des centaines de bouquets et de gerbes, de bougies, de lumignons et de peluches témoignent d’une affection sincère
L’orateur invite celui ou celle qui ressentirait le besoin de s’exprimer, à le faire spontanément, et l’un des policiers retraités, le ton grave, saisit le micro qui lui est tendu pour lire le texte qu’il avait soigneusement préparé. En peu de phrases, il dit tout du sentiment général, aucune fioriture dans ses propos mais des mots choisis qui traduisent la tristesse et l’indignation.
Enfin, tous sont invités à rendre un dernier hommage plus intime à Éric Masson. Malgré le grand nombre des participants chacun se dirige vers le lieu indiqué avec calme. Aucune précipitation, personne ne cherche à brûler la politesse à son voisin et tous se retrouvent peu à peu, conservant le silence, devant une grande photo de la victime portant un crêpe noir.
On devine qu’elle a été prise lors d’une remise de décorations de la police nationale et l’on aperçoit, autour du cou de ce jeune policier au regard droit, la main d’une petite fille qu’il soutenait de son bras.
Photo de bonheur d’un jour de reconnaissance devenue, en un instant, par le geste d’un criminel, le symbole d’un hommage à une jeune victime de son devoir.
Sur le dallage, des dizaines, peut être des centaines, de bouquets et de gerbes, anonymes ou non, de bougies, de lumignons et de peluches témoignent d’une affection sincère.
Puis chacun se dirige vers le livre de condoléances, toujours en bon ordre dans le calme et le silence ; certains sortent le petit texte qu’ils ont préparé et le recopient sur les feuilles quadrillées, d’une main tremblante.
Le contraste entre la puissance de la foule et la sérénité de son comportement est frappant. Elle est une «force tranquille citoyenne» qui se manifeste, exprimant une colère sourde et une incompréhension devant l’inlassable répétition de ses crimes contre l’autorité publique.
Les célébrations républicaines sont indispensables, bien sûr, mais elles n’effacent pas les insultes que d’aucuns jettent à la face de la police
Certes, mardi 11 mai, un hommage solennel sera rendu à Éric Masson par les autorités de l’Etat, dans la cour de la préfecture du Vaucluse. Ces célébrations républicaines sont indispensables, bien sûr, mais elles sont insuffisantes. Elles ne suffisent plus, en tout cas, à empêcher les drames répétitifs qui endeuillent la police. Elles n’effacent pas les insultes que d’aucuns lui jettent à la face, ni les doutes que certains politiques osent émettre sur sa probité démocratique.
Des locaux de Charlie Hebdo aux trottoirs de Montrouge, de Magnanville à Rambouillet, de la Cour de la Préfecture de Police de Paris jusqu’aux murs du Palais des Papes, coule le sang des policiers.
Ils sont la cohorte des martyrs de la République.
Les visages de tous ces anonymes qui leur ont rendu hommage sont barrés par des masques, on ne voit que leurs yeux. Mais leurs regards parlent, ils interrogent : jusqu’à quand faudra-t ‘il encore subir de tels outrages ?

Jean-Marc Gentil

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