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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 20:41

Pape François 100 jours

Voilà tout juste cent jours que le cardinal Jorge Mario Bergoglio devenait, à 76 ans, le 265e successeur de saint Pierre, après l’annonce de la renonciation inédite de Benoît XVI, le 11 février 2013.

Très vite, le premier pape venu du Sud a séduit par sa simplicité et sa chaleur, au-delà des cercles des fidèles catholiques, imposant un nouveau style à la papauté.

L’automne devrait être marqué par les premières décisions fortes du pape jésuite, qui a pris jusque-là le temps de la consultation, tout en laissant entrevoir une vision de l’Église plus collégiale.

Un air nouveau souffle sur le Vatican. Même si les anciens se souviennent qu’il en fut de même après les élections de Jean XXIII et de Jean-Paul II, le contraste est saisissant avec les deux dernières années de Benoît XVI, marquées par son affaiblissement physique et un ensablement de la machine vaticane conjugué à une accélération de scandales internes.

D’emblée, les mots du nouveau pape, ses gestes et les symboles qu’il a utilisés ont séduit les foules toujours nombreuses : entre 50 000 et 200 000 personnes affluent à l’Angélus dominical, aux audiences du mercredi et aux célébrations. Au grand dam des services de sécurité qui ne savent plus où donner de la tête pour protéger l’homme en blanc. Il se dit même que, après les appels au pardon lancés par le pape élu, les confessions explosent en Italie. Et plus de sept millions de personnes le suivent sur Twitter.

Dès les premiers jours, celui qui a choisi de s’appeler François a multiplié les gestes aussi anodins qu’exceptionnels

Dès les premiers jours, celui qui a choisi de s’appeler François a multiplié les gestes aussi anodins qu’exceptionnels, payant sa note à la maison d’accueil, prenant le bus avec les cardinaux qui venaient de l’élire, téléphonant à tout va à ses amis d’avant… Récusant les signes que beaucoup estimaient être ceux du pouvoir pontifical (l’appartement du Palais apostolique, la mozette et les chaussures rouges, la croix pectorale d’or), le nouveau pape, qui fréquentait peu le Vatican lorsqu’il était encore le cardinal Jorge Bergoglio, archevêque de Buenos Aires, veut lutter contre l’isolement propre à la fonction. À la Maison Sainte-Marthe du Vatican, où il a choisi de résider, même durant l’été, il partage la vie commune des hôtes du lieu et consulte activement cardinaux, prélats de la Curie, évêques de passage, religieux. Il se soucie également du sort des gardes suisses en faction devant la suite 201 qu’il occupe : on raconte qu’il a proposé à l’un d’eux, fatigué, de s’asseoir…

« Évêque » et « peuple » : ses premiers mots prononcés place Saint-Pierre lors de son apparition à la loggia, le 13 mars à 20 h 24, après un conclave extrêmement rapide, ont donné le ton, introduits par un « bonjour », devenu ensuite le générique de ses interventions publiques.

Au fil de ses homélies quotidiennes à Sainte-Marthe c’est le visage d’une Église qui se dessine

Dans une continuité ratzingérienne sur le fond, il a des mots de pasteur pour s’adresser à tous, et toucher les cœurs. Au fil de ses homélies quotidiennes à Sainte-Marthe, des Angélus, des audiences générales ou particulières, c’est le visage d’une Église qui se dessine. « Missionnaire » tournée vers les « périphéries », pauvre et attentive aux pauvres, ni « ONG », ni « bureaucratie », ni « douane pastorale », ni une « baby-sitter », ni une « élite », l’Église selon le pape François se veut signe de contradiction « urbi et orbi ». Elle condamne la « dictature des marchés et du profit », les « esclavages » contemporains, le « consumérisme », appelle à une « écologie humaine », est en révolte permanente contre toutes les pauvretés, s’exprime avec compassion et miséricorde. Loin des sacristies, des « huiles rances », au milieu de « l’odeur du troupeau ».

Tout cela n’est pas sans semer un certain désarroi à Rome. La douce mise en demeure adressée au puissant épiscopat italien (« Trop nombreux, hein ? ») à l’issue de son Assemblée plénière, la sobriété désormais de mise dans les célébrations, les propos personnels maladroitement relayés par des médias avides, forment un cocktail étonnant pour beaucoup : « Quand va-t-il faire le pape ? » susurrent de nombreux observateurs romains, dénonçant un certain « paupérisme démagogue ».

Curieusement, ce pape qui consulte tant et récuse l’isolement est resté bien seul

Ils ont noté qu’au-delà des courants d’air permanents dont il agite, sciemment, le Vatican, le pape a conservé à ses côtés deux hommes clés et visibles : le cérémoniaire, Mgr Guido Marini, et le préfet de la Maison pontificale, Mgr Georg Gänswein. Le premier guide toujours les pas du pape lors des célébrations. Le clash annoncé entre les deux hommes, compte tenu des préférences notoires de Mgr Marini pour un style fort classique, n’a pas eu lieu. Prudent, le pape sait devoir s’appuyer sur lui, sans pour autant renoncer au dépouillement qui lui est cher. Quant au second, également toujours secrétaire du pape émérite, ceux qui lui reprochent aujourd’hui d’avoir contribué, par excès de protection, à l’isolement final de Benoît XVI s’interrogent sur la pérennité de sa présence.

Curieusement, ce pape qui consulte tant et récuse l’isolement est resté bien seul. Le secrétaire d’État, le cardinal Tarcisio Bertone, désormais ouvertement décrié pour sa gestion passée, est toujours en fonction, même s’il semble sorti des écrans, lui qu’on avait connu omniprésent. La Curie fait son travail, toujours lentement mais sûrement, sans grande coordination, les chefs de dicastèreattendant d’être fixés sur leur sort. Mais ils sont désormais reçus par le pape, rapidement et opérationnellement, ce qui n’était plus le cas depuis bien longtemps.

Aucune nomination, sauf celle, unanimement saluée, du nouveau « numéro deux » de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée, Mgr Carballo (ex-ministre général des franciscains), n’est venue ponctuer ces cent premiers jours.

La clé du pape jésuite est probablement à trouver dans son ascendance spirituelle

Seul, le pape François est donc exposé. La récente polémique médiatique sur le « lobby gay » du Vatican, qu’il aurait évoqué lors d’une audience avec des religieux latino-américains, l’a fait apparaître. Le statut incertain de ses homélies matinales improvisées à Sainte-Marthe, qui donne des sueurs froides à beaucoup, en témoigne : paroles magistérielles ou personnelles ? La clé du pape jésuite, en ces temps de transition et d’attente, est probablement à trouver dans son ascendance spirituelle… et sur son blason, qui manifeste son appartenance à la Compagnie de Jésus. Jeune jésuite, il fut choisi comme provincial, déjà repéré pour son aptitude à gouverner, confirmée à la tête du diocèse de Buenos Aires, puis de l’épiscopat argentin. Or, un provincial jésuite prend son temps avant de décider, mesure les choses à l’aune de la réalité et non pas des idées reçues, écoute et consulte beaucoup. Les décisions n’en sont pas pour autant prises collégialement. Ne jamais discerner dans la précipitation, prendre le temps nécessaire pour ne pas avoir à se déjuger, ne pas confondre agir et activisme, mais aussi la certitude d’être obéi, sont des « marques » jésuites. Tout comme le christocentrisme résolu qui transparaît dans toutes les interventions du pape François, toujours associé à la notion d’un combat spirituel à mener « pour la plus grande gloire de Dieu ».

Le pasteur gouvernant qu’il fut, et qu’il restera, sait aussi que les décisions résolues s’accompagnent du respect intangible des personnes. Qui commandera aussi, probablement, les inflexions pastorales que le pape François pourra mettre en chantier à l’échelle de l’Église universelle, mais sans précipitation ni effet d’annonce.

FRÉDÉRIC MOUNIER, à Rome

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Published by Denis CHAUTARD - dans foi
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