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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 18:10





Ce samedi 13 décembre nous étions soixante dix personnes à braver le froid, le vent glacial et la pluie durant une heure place de Gaulle à Evreux pour protester contre l’injustice de l’enfermement d’hommes de femmes et d’enfants par le seul fait qu’ils sont « sans papiers » ! Après le concert de klaxons d’un cortège nuptial qui quittait la mairie peu de temps avant que nous ne prenions place au pied d’un arbre centenaire, entre la mairie, la médiathèque et le théâtre, le silence s’est rapidement installé. Tout le monde savait parfaitement ce qui était engagé : aucune explication, simplement un mot de notre ami Eric Georges, pasteur de l’Eglise Réformée, pour « ouvrir » ce temps de méditation, de recueillement ou  de prière selon les convictions de chacun.

Le beffroi d’Evreux témoin privilégié de l’histoire de la ville nous accompagnait et sonnait chaque quart d’heure.

La première découverte que nous avons faite ensemble c’est celle de la « force du silence » : sur la place publique cet endroit où l’on ne fait que « passer », cet endroit habité par toutes sortes de bruits : les voitures, les passants qui se saluent et se donnent des nouvelles ou bien occasionnellement les discours officiels ou encore les manifestants qui revendiquent avec l’éclat de leur voix leurs droits, pour la première fois demeurer ensemble une heure en silence est un vrai défi. Cela n’a rien de comparable avec la « minute de silence » dans un stade ou à l’assemblée nationale pour commémorer des personnes décédées ou bien des otages ou les victimes de violences ou de la guerre, minutes qui sont déjà si lourdes de sens !

Pour les chrétiens « Dieu nous parle dans le silence là où les mots ne pourraient pas, Dieu nous parle par son absence, là où les mots n’ont plus de voix… » comme l’expriment si bien  les paroles de cette chanson. Faire silence c’est creuser en soi l’attente. En ce temps de l’Avent et de préparation à Noël, cette attente active prend tout son sens. C’est la venue du « Prince de la paix », de celui qui viendra sécher  les larmes des visages, restaurer la dignité de la veuve, de l’orphelin, des sans papiers et des sans abri.

Le silence, le chrétien le goûte en effet à une double profondeur : D’abord le silence nous permet de nous retrouver nous-même. « Ce silence est l’expression du besoin que l’on a de se taire, de se taire sans plus, pour retrouver le calme et la paix. Dans ce silence, l’homme se concentre sur son cœur intime. Il sera ensuite plus capable de supporter les tracas de la vie. L’homme aspire au silence, comme il aspire au repos, au sommeil.

Au-delà, le silence permet d’entrer dans le « mystère de Dieu ». L’un des membres du Collectif de l’Eure de soutien aux Jeunes scolarisés sans papiers nous a adressé, en réponse à l’invitation au Cercle de Silence d’Evreux, une lettre de Monseigneur Antoine BLOOM, figure de l’Eglise Orthodoxe contemporaine décédé en 2003, lettre dont je vous livre un extrait :

« Combien de gens pourraient trouver leur Dieu si nous ne le cachions pas ! Et non seulement les démunis, les affamés et les humiliés de ce monde mais même ceux vers lesquels, nous semble t’il, Dieu ne se tourne même pas.

Ne pouvons-nous pas saisir cette solidarité incroyable avec celui qui a perdu Dieu même, avec celui qui est dépourvu de Dieu lorsque le Christ sur la croix dit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? 

Y a t’il un athée au monde, et y en a-t-il plus d’un, qui ait pu mesurer la perte de Dieu, l’absence de Dieu qui tue, à la façon du Fils de l’homme et du Fils de Dieu sur la croix ? »

 

La nuit arrivait doucement ce samedi, en la fête de saint Lucie (« Lucie » qui veut dire « lumière ») sur la place De Gaulle à Evreux. Une à une les guirlandes de Noël s’allumaient, Au loin une colonie de pigeons s’envolait devant des projecteurs comme pour nous dire qu’elle partait annoncer la Paix à toute la terre.

Les visages et les vies de tous nos frères étrangers sans papiers : enfants, femmes, hommes, adolescents défilaient devant les yeux de notre coeur.

Savez-vous que soixante dix sages d’Israël (nous dit la légende) ont traduit la Bible de l’Hébreu au Grec. Ils ont interprété la foi des anciens codée dans le langage sacré des Juifs en une langue « populaire », moderne, celle de la « diaspora », celle du peuple dispersé aux quatre coins du monde connu de l’époque.

Nous étions soixante dix ce samedi à Evreux pour accompagner et célébrer ce passage de notre indifférence à la fraternité, de nos peurs et du repliement sur nous même à l’Amour universel de Dieu pour chacun de nos frères !

 

Denis CHAUTARD

Délégué Diocésain aux Migrants

14 décembre 2008

 

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Published by Denis CHAUTARD - dans migrants
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commentaires

Mahina 15/12/2008 00:33

merci pour tout ce "pied de page" que je viens de découvrir...