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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 08:57

Bonne Fête de « Tous Saints » : « Vivre chaque jour en présence de Dieu ! »

Emmaüs

« Peut-être avez-vous vu le Grand silence, un film de 2006 qui a eu un succès étonnant. Le Grand Silence. On y voit, sans commentaires, sans parole, la vie au quotidien des chartreux de la Grande Chartreuse, près de Grenoble. On voit les moines dans les couloirs se rendre aux offices pour la prière, aux diverses heures du jour et de la nuit, sous le diverses raisons, dans la neige d’hiver, avec les fleurs de printemps, les couleurs d’automne et le soleil d’été pénétrant à plein dans les cellules aux fenêtres grandes ouvertes. On les voit manger, seuls, travailler seuls, à scier le bois, à faire la cuisine, à réparer les chaussures, à tailler un habit neuf pour un nouveau venu dans la communauté, à cultiver le jardin, à se promener aussi aux rares jours prévus pour la détente.

Quelqu’un à qui j’ai parlé de ce film m’a dit : je n’y ai rien compris, il n’y avait pas de parole, pas d’explication. « Mais, ma pauvre dame, répondis-je, il n’y avait rien à expliquer, il suffisait de se laisser porter par les images ». Des images fortes où l’on peut deviner des hommes pleinement de cette vie tout tendus vers l’autre vie, celle que la fête d’aujourd’hui précisément, nous donne à contempler. Et je n’ai pu m’empêcher de penser à un mot que rapporte Maurice Zundel, le prêtre suisse dont je vous ai déjà souvent parlé. Un mot qui lui est venu d’un ami moine. « J’ai autant de dévotion à manger ma soupe qu’à célébrer la messe, lui a dit un jour ce moine. Et Zundel a trouvé un mot admirable. Moi aussi je le trouve admirable. Il met exactement le doigt, me semble-t-il, sur ce que le film cherche à montrer : le côté sacré de la vie. Nous nous sommes trompés de façon radicale lorsque nous avons séparé le sacré de la vie.

Voyez Jésus-Christ, il a pris le pain et le vin, c’est-à-dire les éléments les plus ordinaires du repas, ce qu’il y a de plus quotidien, de plus banal, de plus pauvre pour nous amener à découvrir le côté sacré de la vie la plus pauvre, la plus commune, la plus quotidienne, la plus banale. Nous avons pris ces signes, nous les avons mis à l’écart, derrière les grilles, enfermé dans les églises comme si on ne devait plus les toucher, comme si maintenant le monde sacré était séparé et ennemi du monde profane. Alors que pour les Chrétiens, il n’y a pas de profane. En réalité tout est sacré ! L’univers tout entier, je le reçois comme un cadeau de Dieu. Rien n’existait, ni notre petite planète terre, ni l’univers dans son immensité, si Dieu ne les tient dans l’existence d’instant en instant. Et moi, comment pourrais-je être si Dieu ne me donnait pas d’être, comme une source toujours active, qui me tient sans cesse sur le fil de la vie.

C’est cela que j’ai senti dans le Grand Silence : ces moines qu’ils soient en prière dans leur cellule ou au travail, qu’ils mangent ou s’occupent du jardin et des bêtes, toutes leur vie extérieure semblait illuminée par une lumière intérieure. Soit que nous mangions, soit que nous buvions, dit précisément l’apôtre Saint Paul, nous sommes avec le Seigneur.

Ils nous disent au fond, ces moines, ce qu’est en vérité notre propre vie : une rencontre mystérieuse, mais réelle de plus grand que nous. Toute notre vie – et nous l’oublions, nous oublions le plus souvent l’essentiel – toute notre vie n’a de sens que si elle est la recherche de Celui qui est tout. « Nous n’avons de repos dit le grand Saint Augustin jusqu’à ce que nous reposions en toi, Seigneur ». Et c’est aussi le sens de la fête d’aujourd’hui : les saints nous rappellent que nous sommes en route, pèlerins de l’absolu, vous notre patrie définitive dont la vie ici-bas est comme un avant-goût.

Il y a des hommes qui ont bien compris cela. Parmi eux quelqu’un qui nous est proche, parce qu’il est de chez nous, Robert Schuman. Il a parfaitement compris que sa foi et son engagement ne faisaient qu’un, qu’il ne pouvait pas être chrétien sans l’être là où était sa mission c’est-à-dire en politique puisqu’il était député, mais aussi ministre et président du conseil. Un de ses amis, André Philippe, un socialiste de confession protestante qui fut ministre des finances et de l’économie au temps ou Schuman était aux affaires étrangères dit : « Ce qui m’a frappé en lui, c’était le rayonnement de sa vie intérieure ». Voyez, c’est ce qui se passe au-dedans qui donne du prix, de la saveur à l’extérieur. Jean-Paul II dans un discours de 2002 évoque Robert Schuman comme celui qui a su incarner les valeurs évangéliques dans sa vie politique et y puiser l’inspiration de son engagement public.

Pour nous c’est pareil, quelque soit le métier que nous exerçons, que nous soyons en usine, en entreprise, grosse ou petite, intellectuel ou manuel, à des postes de commandement ou humble travailleur, l’exemple de Schuman ou des moines peut nous inspirer : faire en sorte que toute notre vie soit transfigurée par la lumière d’en haut. Un mot revient sans cesse vers la fin du Grand Silence, comme un leitmotiv, tiré du prophète Jérémie : « Tu m’as séduit Seigneur, et je me suis laissé séduire par toi » (Jr 20,7). Comment mieux dire la relation entre Dieu et moi que par le mode de l’amour ? Dieu n’est-il pas notre Père et nous ses enfants !

François de Sales parle dans un de ses sermons de la Toussaint de la gloire et du bonheur des Saints ? Quelle est-elle cette gloire et quel est leur bonheur ? C’est, dit-il avec Saint Jean, de te connaître toi, le vrai Dieu (17.3). Connaître Dieu tel qu’il est, clairement, sans ombre ni figure, en son être même, lui, la source de toutes choses. Alors aussi toutes choses nous apparaîtront dans leur vérité. Il m’arrive de dire aux enterrements, l’étonnement que doit éprouver celui que nous entourons de notre prière, le frère ou la sœur défunte, de découvrir Dieu, qu’il était si proche de nous et que nous l’apercevions même pas, que nous courions après de veines gloires, alors que lui, le bien suprême, était là, à notre porte, qu’il s’offrait à nous et que nous n’y prenions garde. »

 

Bernard Molter, curé à Sarreguemines (Moselle) est passionné de littérature et de philosophie. Il a consacré de nombreux articles et ouvrages à sa Lorraine .

 

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Published by Denis CHAUTARD - dans foi
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