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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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2 janvier 2014 4 02 /01 /janvier /2014 21:37

Vincent MAMBACHAKA

Rencontre avec Vincent MAMBACHAKA à Montbéliard le 29 octobre 2013, à 20h15, organisée par la Commission d'animation missionnaire de l'Eglise Protestante Unie de France - région Montbéliard notes prises par Nicole Maillard-Déchenans. Ces informations datent un peu mais elles permettent d’éclairer l’origine et l’aggravation du drame Centrafricain.

En réalité, Vincent n'a pas fait une conférence à proprement parler, mais il a présenté en le commentant un montage de diapositives sur les conséquences pour la population des exactions commises tous azimuts depuis des mois dans son pays et sur le travail accompli à l'espace Lingatere. Puis il a répondu aux questions. J'ai regroupé par thèmes ce qui a été échangé ce soir-là afin d'en faciliter la compréhension pour ceux qui n'y ont pas assisté.

La Seleka, qu'est-ce ?

Seleka est un mot qui veut dire « alliance », au sens de l'anneau que portent à l'annulaire les époux. La Seleka est composée à 80% de mercenaires soudanais du Darfour et de mercenaires tchadiens et à 20% d'une minorité du Nord, en rébellion et très revendicative. Elle a finalement chassé François Bozizé du pouvoir ce printemps 2013.

Qui finance ces mercenaires ?

Ils se paient eux-mêmes, sur la population et ses biens. Ce sont des seigneurs (saigneurs!) de guerre. La Seleka a détruit en six mois toutes les infrastructures, y inclus hospitalières, tous les services culturels, sociaux, tout ce que nous avions créé, nous les associations et militants, nos radios communautaires pour les agriculteurs... tout... dans tout le pays. Face à ces destructions, des jeunes se constituent en groupes d'autodéfense, il y a partout des tueries...

Il n'y a plus d'Etat, en Centrafrique.

Pourquoi cette rébellion au Nord ?

A l'origine, en 2006, la rébellion du Nord manifestée dans l'UFDR (Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement) fut créée par des notables locaux pour venir en aide aux jeunes abandonnés par le pouvoir central de Bangui. En effet, un projet européen avait été mis en place pour protéger la nature de cette région : l'Europe a formé deux mille jeunes pour lutter contre le braconnage (pratiqué surtout par des Soudanais). Ce programme a été financé pendant trois ans, puis Bangui devait prendre le relais, mais au lieu de cela, a abandonné tous ces jeunes à leur sort... Des Soudanais sont venus piller la région. Des anciens ont alors rassemblé deux à trois mille jeunes dans l'UFDR pour assurer leur protection. En outre, le Nord possède du pétrole, ce qui attise les convoitises.

Quelles sont les principales puissances étrangères qui interviennent en Centrafrique ?

Le Soudan, le Tchad, la France.

Dans les années 1978-79-80, une véritable lutte populaire était née contre Bokassa et la jeunesse était très engagée. Le Centre Protestant pour la Jeunesse à Bangui a joué un rôle primordial dans cet éveil des consciences. Les différentes parties de la population se sont réunies autour d'un programme de développement et de construction du pays. Nous avons alors été les premiers à réinstaurer le multipartisme. Malheureusement, la France et son armée nous ont réinstallé dictateur après dictateur. Aujourd'hui, aucun jeune ne croit en son pays : depuis vingt ans, toutes les initiatives sont systématiquement anéanties.

Le général François Bozizé a pris le pouvoir en 2003 par une rébellion appuyée par le Tchad. L'opposition a accepté d'accompagner ce processus afin d'éviter des dérapages et en outre, à ce moment-là, il existait encore une armée centrafricaine. Malheureusement, au bout de trois-quatre ans, Bozizé a écarté ses compatriotes, instauré un pouvoir « familial » et concentré tous les moyens économiques du pays !

La Chine intervient par des permis miniers et autres. Je crains que l'Arabie Saoudite et le Qatar n'arrivent à leur tour à travers certaines institutions (ONG islamiques) qui s'installent.

L'ONU a organisé de nombreuses visites en Centrafrique, mais elles ont toutes été aussi inutiles les unes que les autres. Pourtant, nombre d'associations humanitaires ou culturelles interpellent la communauté internationale.

En fait, la Seleka est en train de sanctuariser le pays pour en faire le refuge des djihadistes pourchassés dans tous les pays environnants. Par exemple, ceux de Boko Haram poursuivis par l'armée du Nigéria. Ou les Peuls du Nord Cameroun. Ou des Maliens. Tous se réfugient en Centrafrique. Au sud du pays, cela ne va pas mieux, puisque les rebelles du M23 de la République Démocratique du Congo franchissent la frontière vers la Centrafrique... Toute l'Afrique centrale est gravement déstabilisée.

Et les militaires étrangers, français ou autres ?

En Centrafrique, il y a bien 3 000 militaires de la Fomac (Force multinationale de l'Afrique centrale), mais ils ne sont pas équipés !! Or, les 20 000 mercenaires, eux, sont très bien équipés.... Les mercenaires sont censés rendre leurs armes, mais, par exemple, quand des Camerounais de la Fomac essaient de désarmer des mercenaires tchadiens, les militaires tchadiens membres de la Fomac s'interposent et les en empêchent ! L'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) veut mettre en place une mission d'intervention de tous ses pays membres, mais ce n'est pas encore fait.

Environ 700 militaires français sont stationnés en Centrafrique et environ 4 000 sont stationnés à N'Djaména (Tchad). Ils ne sont pas intervenus pour protéger la population des exactions multiples dont elle est victime.

Avant la victoire et la prise du pouvoir par la Seleka, François Bozizé avait, certes, bénéficié de l'assistance des conseillers militaires français, mais. pour sa garde présidentielle !! Quant à Sarkozy, il avait envoyé des militaires français à Bakouma (à l'est du pays) pour. défendre les intérêts d'AREVA et garder les mines d'uranium que l'Afrique du Sud convoitait. Mais AREVA s'est ensuite désintéressé de Bakouma, car le cours de l'uranium a chuté depuis la catastrophe de Fukushima. Le président François Bozizé a alors remis l'exploitation du pétrole et de l'uranium aux Chinois.

Quel rôle le phénomène religieux joue-t-il ?

En Centrafrique vivent ensemble depuis des siècles, sans conflit, environ 90 % de chrétiens de multiples obédiences et 10% de musulmans. Les Soudanais et Tchadiens de la Seleka sont musulmans et s'imposent dans tout le pays. Actuellement, le conflit est encore resté intercommunautaire. Il faut à tout prix empêcher qu'il devienne interreligieux. En effet, les musulmans centrafricains sont là depuis d'innombrables générations et sont autant victimes de la Seleka que les chrétiens. Ces derniers trouvent refuge auprès des Eglises, mais les musulmans autochtones, eux, n'ont pas où se réfugier, comme par exemple les Mororos dont la Seleka vole les bovins…. Quand j'étais adolescent, Bokassa nous a manipulés, nous les jeunes errants et déboussolés, et nous a appelés à taper sur tous les Français que nous croiserions, car il prétendait que si tout allait mal chez nous, c'était parce que la France lui avait supprimé la planche à billets ! Nous avons alors tapé sur tous les blancs rencontrés, sans faire la distinction entre Français, Américains ou je ne sais qui !! Heureusement, quand j'ai connu le Centre Protestant pour la Jeunesse, j'ai pu y être éduqué et devenir un adulte à l'esprit ouvert, soucieux du bien de tous et œuvrant dans un esprit œcuménique au sens large, incluant les musulmans.

Quelle est l'action de l'espace Lingatere ?

A l'espace Lingatere que je dirige à Bangui, nous sommes des comédiens, des musiciens, des danseurs. Nous croyons à l'art et à son pouvoir pour guérir et unir les êtres humains. Nous voulons transmettre aux autres cette conviction. Nous accueillons environ quatre-cents enfants et jeunes garçons et filles sans leur demander de quelle communauté ou de quelle religion ils sont ! Par la création artistique, nous essayons de les aider à revivre et à retrouver l'espoir. Nous organisons aussi des rencontres pour rassembler les gens les plus divers et leur permettre de continuer à se parler : imams, évêques, pasteurs etc. Nous leur disons : « Vous avez mangé ensemble ici depuis toujours. Pourquoi vous laisseriez-vous instrumentaliser par des gens venus d'ailleurs ? » Nous sommes une terre d'accueil depuis la nuit des temps, cela ne doit pas être remis en cause.

L'imam de Bangui très respecté de tous vient de décéder ; c'est son fils qui lui succède. Dans nos Eglises, actuellement, il n'y a plus aucune personnalité forte. Notre pays manque cruellement de leaders charismatiques. L'immense majorité de la population est composée d'enfants et de jeunes qui sont une proie facile pour n'importe quel manipulateur ou trafiquant.

N'êtes-vous pas découragé, n'avez-vous pas envie de baisser les bras ?

Non, je suis optimiste, j'ai encore de l'espoir. Tout est à reconstruire : l'armée, car il nous faut une force de défense, les infrastructures de base, les communes. L'ONU a donné un mandat clair au Conseil National de Transition (CNT) dont je suis un des 135 membres. Le CNT n'émane pas des chefs politiques, mais des forces vives de la nation. Il n'y avait plus de parlement, alors le CNT a été créé en rassemblant des représentants des différentes structures, selon des quotas (religions, syndicats, presse, milieux culturels, jeunesse, femmes, partis politiques y compris la Seleka). Le CNT a une mission législative et parlementaire. Il a voté la Charte constitutionnelle de la transition qui prévoit notamment que les responsables de tueries et ceux qui sont au pouvoir n'auront pas le droit de se présenter à de futures élections, ceci afin de ne pas refaire l'erreur commise en 2003 avec Bozizé. Le Conseil National de Transition doit rédiger et proclamer la nouvelle Constitution de la République centrafricaine.

 

Un grand MERCI à Elisabeth Bauland-Duparc qui m’a transmis les notes de Nicole Maillard-Déchenans

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Published by Denis CHAUTARD - dans paix
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