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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 07:59

 

Passion

Luc 23, 11-12 « Hérode, avec ses gardes, le traita avec mépris ; et, après s'être moqué de lui et l'avoir revêtu d'un habit éclatant, il le renvoya à Pilate. Ce jour même, Pilate et Hérode devinrent amis, d'ennemis qu'ils étaient auparavant. »

Quelques jours plus tôt, cet homme dont on se rit maintenant, entrait à Jérusalem et sa monture foulait les manteaux dont on recouvrait le chemin. Rameaux d'acclamation et blasphèmes de la Passion : le dimanche qui précède Pâques célèbre comme un unique événement gloire et dérision. L'Histoire n'a pas attendu Jésus de Nazareth pour savoir combien les foules sont versatiles... Mais prenons le temps d'interroger cet instinct de dérision.

Un homme seul que l'on vient d'arrêter et que des gardes brutalisent, en s'en moquant : caricature abjecte d'un amour, d'un don, d'une vie violemment objectivée, posée en objet qu'on peut ridiculiser: «Fais le prophète!» «N'es-tu pas le Christ ? Descends de la croix!» Il y a une torture plus féroce que les coups, bourreaux et victimes le savent bien. Plus profond que le coup physique, plus long à cicatriser, est le coup frappé par le rictus de mépris. Des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants sont ainsi humiliés, bafoués, tournés en ridicule, sans autre défense que le silence. Jésus a connu cette brûlure. Celui qui est venu nous rendre notre dignité d'hommes et de femmes libres, est traité avec le degré le plus raffiné du mépris, et les évangiles insistent sur cet aspect de la Passion, comme pour en montrer la souffrance infiniment douloureuse. On peut mépriser quelqu'un de bien des manières : la plus odieuse, la plus lâche aussi, sera de s'emparer de ce que, affectivement, spirituellement, il a de plus intime, pour le tourner en dérision. Avilir le précieux d'un être et le piétiner dans l'éclat de rire gras du sarcasme. «Herode profita de lui pour amuser sa garde : ils lui passèrent un habit somptueux et le renvoyèrent ainsi à Pilate. Et d'ennemis qu'ils étaient jusque-là, Hérode et Pilate, à partir de ce jour, devinrent amis. » Car la dérision est généralement un sport d'équipe : nous en faisons souvent la triste expérience, dans la vie et dans les médias. Quand des rires épais et obscènes saluent le dessin dit humoristique (on oublie que l'humour est fin), où est la vérité de l'être humain? de celui qu'on traîne dans la boue, comme de ceux qui applaudissent servilement ? Je ne suis pas sûre que les braves Romains de la garde aient été spécialement dépravés, ni que les rieurs d'une assemblée, au café, à la télé ou ailleurs, soient tous foncièrement sadiques. Tout ce monde-là, de retour à la maison, est capable de s'attendrir devant le sourire de son petit avec, parfois, un vague remords d'être allé, cette fois, un peu trop loin, ou alors le retournement copernicien, à l'image du centurion au pied de la croix : « Vraiment, cet homme est fils de Dieu. » Mais, le plus souvent, le réflexe fonctionne... dérisoire. Plus sournois que l'instinct de violence qui se réveille à la vue du sang, se tapit le vieux réflexe qui fait hurler avec les loups : il faut une liberté intérieure très forte pour tenir «un contre tous». On ne veut pas avoir l'air faible, ringard... alors on rit avec la foule. Mais était-ce vraiment drôle? Jésus se taisait... Silence de la victime, silence de Dieu. Quand nous accusons Dieu de se taire, d'être absent, indifférent, regardons le Christ. Jésus se tait, ne répond même pas quand Pilate l'interroge. Ce n'est pas mépris (inconnu de l'Innocent), ce n'est pas faiblesse (il reste le «Dieu fort», le Rocher), mais une infinie compassion qui lui fera murmurer : «Père,pardonne. » Il sait ce qu'il y a dans l'homme, non pour juger ni condamner, mais pour réhabiliter, transformer, accomplir.

Seuls compassion et émerveillement feront fondre la dérision. Etre pris aux entrailles par la misère et la beauté de tout être, sans naïveté, ni moralisme. Laisser fondre résistances et peurs pour découvrir que la laideur du monde est le verso d'une fresque qui attend que nous l'achevions, que les couleurs déjà nous sont données: elles chantent au petit matin de Pâques...

SŒUR MARIE

TÉMOIGNAGE CHRÉTIEN

N° 3532 21 MARS 2013

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Published by Denis CHAUTARD - dans foi
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