Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Journal de Denis Chautard
  • Journal de Denis Chautard
  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
  • Contact

Recherche

Articles Récents

4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 21:15

foucauld icone

« La fraternité n'est pas un de ces bons sentiments chrétiens, une vertu que l'on pourrait inscrire au fronton des églises entre la pauvreté, la chasteté et l'obéissance. Ce n'est pas un produit dérivé de l'amour du prochain, ni même de l'amour de Dieu. La fraternité est le cœur même du christianisme, son origine et sa source. En Christ, Dieu se fait notre frère !

Voilà pourquoi le christianisme est si différent des religions plus anciennes, des religions d'observance, des religions légalistes ou encore des religions de castes, des religions tribales, nationales, etc. Disons pour être honnête que c'est ce qu'il devrait être. Et chaque fois qu'il ne l'est pas, il se trahit et il trahit le Christ. Oui, la tentation est grande sinon de se passer du Christ, du moins de passer par-dessus, afin de retrouver la vieille image d'un Dieu que certes, par convention, on appelle « Père », mais qui reprend rapidement la belle tête altière d'un Zeus tout-puissant régnant dans l'éther des hautes sphères azurées. Toutefois la réalité de l'Incarnation, c'est qu'en Jésus le Christ, Dieu se fait frère. Jésus-Christ fait de tout être humain son frère, sa sœur, et nous le donne comme frère ou sœur. Dans le Christ s'origine toute fraternité.

Le Verbe s'est fait frère, devrions-nous confesser, et c'est par adoption fraternelle que nous devenons les enfants du Père. Si nous tirons le fil de cette fraternité, nous reconnaissons dans la mort de Jésus non pas un déicide, mais bien un fratricide. « Qu'as-tu fait de ton frère ? » demande Dieu à Caïn, à l'aube du récit biblique. Oh surprise ! La question du frère est déjà là, toute rougie du sang d'Abel. L'humanité en son origine, rongée de jalousie, succombe au fratricide. N'est-ce pas là le péché qui nous hante ? Jésus le Christ nous en sauve, Dieu fait frère jusqu'à l'extrême. Cette fraternité qui traverse la mort et le mal en restaure la possibilité.

En Jésus-Christ, frère qui offre à tous l'amour du Père, assassiné par la jalousie des frères qui se croyaient détenteurs exclusifs de la relation avec Dieu, fils relevé de la mort par l'amour du Père, nous traversons le fratricide, nous sommes pardonnés et sauvés. La fraternité incarnée en Jésus-Christ nous sauve définitivement du fratricide, il nous donne une multitude de frères et un Père qui n'est ni maître ni juge, mais un tendre père: «Dites Abba », ce qui signifie papa, ou petit père. Fin des images de Dieu vengeur, fin du Dieu des éclairs, du tonnerre et des victoires. Place au fils humilié, au frère trahi. Place au père inquiet, amoureux, qui s'élance à la rencontre du fils perdu (Le 15, 11-32).

Il arrive que de beaux esprits, épris de figures divines pleines de pureté philosophique, bardées de définitions dogmatiques, pointent d'un doigt accusateur une « dérive » du christianisme qu'ils nomment « fraternisme ». Ce serait un christianisme « horizontal », qui ne prendrait pas en compte la grandeur, la gloire de Dieu, sa transcendance. Mais la transcendance de Dieu, c'est précisément de n'être pas enfermable dans nos définitions. Il échappe à nos mesures de hauteur, de largeur, de profondeur. Il est, ainsi qu'Elie le premier en a la révélation, dans le frémissement du silence (1 R 19, 11-12).

Quand saurons-nous aimer cette terre, ce temps, ce monde, et les hommes et les femmes qui le peuplent comme Dieu les aime ?

Oh ! comme nous aimerions y échapper, tourner le dos à toute cette glèbe et élever notre âme vers les divines perfections. Comme nous aimerions trahir la fraternité humaine pour nous rapprocher de Dieu : « Je ne connais pas cet homme » (Mt 26, 72). Fous que nous sommes ! Ecoutons le Christ notre frère : « Qui me voit, voit le Père » (Jn 14, 9), « Ce que vous aurez fait au plus petit, c'est à moi que vous l'aurez fait » (Mt 25, 40).

Nous ne sommes ni un peuple d'esclaves courbant l'échiné devant un Dieu, ni des enfants craintifs devant un père autoritaire détenteur de la « loi ». Nous sommes les frères et sœurs du Fils bien-aimé, et par lui, nous sommes fils et filles aimés et attendus par un Père d'inquiétude et de tendresse. À charge pour nous de vivre véritablement en frères et sœurs dans la tendresse et l'attention les uns aux autres. »

 

« Anticatéchisme » pour le christianisme à venir Pietro de Paoli (Christine Pedotti)

 

Albin Michel 2013 Pages 107-109

Partager cet article

Repost 0
Published by Denis CHAUTARD - dans foi
commenter cet article

commentaires