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  • : Journal de Denis Chautard, Prêtre de la Mission de France, Retraité de l'Education Nationale, Membre de l'Association d'Entraide aux Migrants de Vernon et Aumônier de la Communauté Chrétienne des Policiers d'Ile de France
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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 19:10

Varillon

 

Bien sûr, cela devait arriver. Ce n'est pas la première fois, loin de là. Dès que l'on me demande: «Quel est votre livre préféré?», un titre me vient aussitôt à l'esprit et un auteur. Mais si je le cherche dans ma bibliothèque, ce bouquin, parmi des centaines d'autres, je ne le trouve pas. Pour une raison bien simple et très connue: je l'ai lu et relu puis, un jour, pour convaincre je ne sais qui de son intérêt, je l'ai prêté. Et je ne l'ai plus revu, bien sûr. Mais tant mieux s'il a fait son chemin. Et je vais en parler ici, avec mes souvenirs, pour qu'il le poursuive, si possible. Parce que je crains qu'il soit un peu oublié. Ce livre s'intitule La Souffrance de Dieu, de François Varillon. Le P. Varillon, théologien jésuite, est mort en 1978. Ce livre, paru en 1975, avait connu le succès, dans l'époque heureuse de l'après-Concile. Varillon comptait parmi les hommes qui l'avaient préparé en formant par des conférences, d'une rare intelligence et d'une subtile profondeur, des publics très divers, à ce que j'oserais appeler la vraie vision de Dieu. Il parlait aussi bien à de jeunes ruraux qu'à de grands patrons, à de grands intellectuels qu'à des paroisses ouvrières, circulant un peu partout en France, et finalement à Paris. Réunissant des foules passionnées. Et sans chercher de grands effets oratoires. Parlant posément, clairement, j'allais dire modestement. Je me souviens du soir où il m'a annoncé ce livre. Nous étions en voiture. J'étais allé le chercher à la paroisse de Belleville, où il parlait le dimanche après-midi, presque chaque mois, pour l'amener dîner à la maison, où il m'interrogeait sur l'actualité du monde, qui le passionnait. Et comme je lui demandais sur quoi il travaillait, il m'a lâché: « la souffrance de Dieu ». Il avait publié l'année précédente Humilité de Dieu. Je fus quand même un peu surpris. J'avais encore en tête, un peu, des images habituelles du Dieu tout-puissant. Donc, je vais essayer d'expliquer. Comme il le fit. En quelques lignes. Rude tache. L'idée de puissance est ambiguë. Certes, nous avons, j'avais appris, que Dieu est amour. Mais Varillon allait plus loin. Il disait que nous devions nous convertir à un Dieu qui n'est qu'amour. Et il soulignait: tout est dans le «ne que». Il faut toujours passer par ce qu'il appelait le «feu» de cette négation, qui met la puissance, la sagesse et tout le reste à leur place : ce sont des servantes de l'amour. Et Jésus qui nous a révélé la vérité de Dieu a dit: «Il n'y a pas de plus grand amour que de mourir pour ceux que l'on aime» (Jn 15,13). Ce qu'il a fait.

L'amour n'est donc ni puissance, ni possession, l'amour est dépendant. Comme celui d'une mère qui dit à son bébé: «Tu es toute ma joie.» Donc, si Dieu n'est qu'amour, il est plus dépendant des êtres. Il est un infini de dépendance. Et de souffrance. Et de joie. Exactement comme le père du Prodigue qui, lorsqu'il voit son fils arriver, ne sait pas du tout ce qu'il a dans la tête, quelles intentions l'animent. Il aime, donc il dépend et, à ce moment, il balance entre souffrance et espérance. Il l'a créé, ce garçon. Mais il ne l'a pas enchaîné. Il l'a laissé vivre sa vie, comme on dit. Et ce garçon a erré. L'homme tâtonne. Varillon disait à peu près, autant qu'il m'en souvienne, que Dieu ne peut pas intervenir dans ce tâtonnement. Où serait la dignité de l'homme? Celle-ci est le don de Dieu. Mais l'homme commet bien des erreurs, humanise le monde avec une incroyable lenteur. Et c'est très douloureux. Et Dieu est le premier à en souffrir. Deux phrases pour finir: «L'acte créateur implique le risque de la Croix» (P. Varillon) et «l'Agneau [c'est à dire le Fils] est immolé dès le commencement du monde» (Apocalypse).  

Jacques Duquesne

Ecrivain et Journaliste

Témoignage Chrétien

Supplément au n° 3542

30 mai 2013 page 94

 

La Souffrance de Dieu de François Varillon

Bayard-Centurion 1975 116 pages

 

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Published by Denis CHAUTARD - dans foi
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commentaires

claudine onfray 05/06/2013 21:09


oui si Dieu aime , Dieu ne peut que souffrir


superbes ces livres de ma jeunesse


Dieu incarné vraiment